Piratage par les Russes. De qui se moque-t-on?

Dans un article bien documenté daté du 21/10, auquel nous renvoyons, l'analyste financier et expert en gestion de données américain Keith Binkly se demande pourquoi les pouvoirs publics et les médias des Etats-Unis agitent l'opinion à propos d'un possible piratage (hacking) par les Russes des e-mails d'Hillary Clinton, ainsi que d'autres documents concernant la campagne électorale de celle-ci.

 

Il rappelle que le hacking provenant des Russes, comme d'ailleurs des Chinois, a toujours existé depuis les débuts de l'Internet. Ceci est parfaitement connu de tous ceux qui aujourd'hui agitent le chiffon rouge pour déconsidérer Donald Trump au prétexte des informations qu'il recevrait en provenance des Russes.

Les services secrets savent évidemment que le hacking, d'où qu'il provienne, est si l'on peut dire consubstantiel à l'Internet. Il frappe tous les Etats, toutes les banques, toutes les entreprises disposant d'un minimum d'informations sensibles. Les espions, les intérêts économiques, les criminels y ont toujours eu recours. Ils le font plus que jamais.

Les cibles, Etats et entreprises, sont elles aussi très au courant du phénomène. Leur première précaution consiste à mettre en place des pare-feux plus ou moins complexes pour s'en protéger. Si elles ne le font, pas, ce sont elles et non les hackers qui sont poursuivies pour manque de sécurité, y compris devant les tribunaux. Les mêmes cibles ne se bornent pas à se protéger. Elles font en retour appel aux hackers, notamment à ceux appartenant à leurs propres services, pour attaquer les concurrents. Rappelons à cet égard que la National Security Agency (NSA), sans mentionner d'autres services, dispose de moyens considérables lui permettant d'espionner et de hacker le monde entier, y compris soyons en certain le présent modeste article.

Bien évidemment, les opinions publiques, mal au fait de ces pratiques, y compris aux Etats-Unis, ignorent pratiquement tout des arcanes de la cyberguerre se déroulant en permanence. Il est alors facile aux manipulateurs d'opinion de prétendre que tel ou tel Etat est responsable de piratages mettant en danger la sécurité générale.

Dans le cas de l'état de pré-guerre contre la Russie se développant de plus en plus par le fait de Washington, prétendre que Moscou est responsable de piratages susceptibles de mettre en cause le bon déroulement des élections présidentielles américaines relève de l'enfance de l'art. Si par ailleurs ce sont les lobbies militaires et économiques organisant la campagne d'Hillary Clinton qui dénoncent le piratage russe, la manoeuvre est particulièrement payante. D'une part, se plaindre de piratages russes permet à cette dernière d'éviter de répondre aux accusations de plus en plus précises et fondées dont elle est l'objet. D'autre part, en affirmant que Donald Trump bénéfice des piratages russes et n'est donc qu'une « pupett » de Poutine, permet de détourner de lui de nombreux électeurs horrifiés de sa trahison.

Keith Binkly se refuse donc à se demander si des hackers russes sont à la source des dernières révélations pouvant gêner Hillary Clinton. Certains le sont surement. Mais ils ne sont pas les seuls, par contre on n'en parle pas. Ce dont il faut se rendre compte, et les naïfs Européens en premier lieu, est beaucoup plus simple. L'establishment américain est si inquiet de ce que pourrait être une victoire de Trump qu'il n'hésite pas à employer tous les « coups tordus » contre lui. La pseudo révélation du hacking russe en fait partie.

Nous pouvons penser que nous n'aurons pas à attendre longtemps pour apprendre que tous les vols massifs de données et dénis d'accès dont l'on parle beaucoup en ce moment sont aussi le fait des Russes, et par conséquence servent les intérêts de Donald Trump. Haro sur celui-ci. Et vivement Clinton qui nous débarrassera une bonne fois des agressions de l'ours russe.

Référence

Keith Binkly 21 octobre 2016
The Russians Have Been Hacking Us For Years, Why Is It a Crisis Now?

 

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