Perspective de milices civiles armées en garde des frontières

L'intention prêtée à Donald Trump d'encourager la mise en place de milices civiles dans les Etats fédérés le désirant a suscité ce que l'on qualifiera de réactions mitigées

Les unes condamnent ce qui serait selon elles une atteinte aux libertés fondamentales reconnues par les Etats-Unis. Les autres l'approuvent en constatant que même en construisant des barrières renforcées sur les 3.500 km de frontière avec le Mexique, des migrants déterminés n'ont pas de difficultés à les franchir. Ces milices seraient prises en charge non par le budget fédéral, mais par celui des Etats.

 La Garde Nationale non plus qu'un recours à l'US Army seraient inefficaces, sauf à ce qu'elles fassent systématiquement usage de leurs armes, ce qui  provoquerait des  morts et blessés sans décourager les migrants les plus déterminés.

Mais en quoi des milices civiles pourraient-elles mieux protéger les frontières, même en intervenant en profondeur de celles-ci, c'est-à-dire sur quelques 50 km au moins ?  Il est évident que ces milices seront armées, y compris d'armes semi-lourdes, comme l'ont montré des vidéos, et qu'elles n'hésiteront pas à s'en servir. Des bains de sang pourraient en résulter, sans compter le fait que certains migrants s'armeront eux aussi.

Dans l'ensemble cependant la perspectives de la mise en place de milices civiles armées semble bien accueillie, si grande est la peur d'une invasion de « latinos », hommes et femmes, sans qualification, illégaux car non autorisés, qu'il faudra prendre en charge et dont la dispersion dans des zones végétales et économiques déjà fragiles accentuera les difficultés actuelles. D'ores et déjà,  l'existence de dizaines de milliers, sinon davantage, de personnes  provenant d'Amérique Centrale et déjà prêtes à entrer aux Etats-Unis, en traversant le Mexique, ne peut qu'inquiéter les Américains du Nord.

Un incident survenu sur la frontière mexicaine, à l'intérieur des Etats-Unis, dans l'État du Nouveau Mexique, a impliqué une milice de civils, regroupant selon propres dires d'anciens policiers et d'anciens combattants, mais aussi du  service fédéral de la police des frontières (Border Patrol), et diverses autorités et groupes institués. Des membres de la milice United Constitutional Patriots – qui se dit composée d'anciens policiers et d'anciens combattants, – a intercepté et gardé sous surveillance un groupe massif d'immigrants illégaux après leur entrée aux États-Unis près de la ville de Sunland, Nouveau Mexique.

L'American Civil Liberties Union a écrit une lettre aux autorités de l'État pour dénoncer la milice dont l'action “sape les efforts légitimes des responsables de l'application de la loi de notre État pour assurer la sécurité des familles au Nouveau Mexique”. “Nous ne pouvons permettre que des milices racistes et armées kidnappent et détiennent des demandeurs d'asile”.

L'équipement en armes de guerre étant très aisé et la formation de milices étant une tradition aux USA, et particulièrement dans la zone Sud, la présence de la milice UCP et les évènements en résultant  ne sont pas une surprise.

Il semble que les milices civiles armées, pourraient avoir établi une certaine coordination avec l'administration Trump elle-même, au-delà des contacts sur le terrain avec divers services de sécurité. Donald Trump avait  récemment observé qu'un climat de grande tension civile existait aux Etats-Unis, et qu'il était prêt, dans certaines circonstances, à faire appel à des  soutiens populaires disposant de capacités d'intervention Il semble très possible que Trump envoie des encouragements indirects aux miliciens pour que ceux-ci assurent effectivement des “missions” de surveillance et fassent sentir leur présence aux démocrates et à tous les groupes opposés à sa politique.  

En Europe ?

Les Etats européens ne sont pas encore confrontés à des flux migratoires d'une telle importance qu'ils doivent envisager la construction de murs de long de leurs frontières extérieures. Certains cependant ont commencé à le faire, notamment la Hongrie. A plus forte raison, ils n'envisagent pas de mettre en place des milices civiles armées destinées à renforcer la police et l'armée aux frontières. Mais la situation pourrait changer à l'avenir, si une forte immigration, provenant notamment d'Afrique sub-saharienne, menaçait l'Europe.

Il faut rappeler à cet égard que la population africaine  actuelle est de 1,5 millard de personnes et pourrait atteindre, compte tenu d'une forte natalité encore incontrôlée les 4 milliards en 2100 2). La perspective, parfois envisagée par certains Européens, d'investir en Afrique pour y retenir les populations, n'aurait qu'un effet limité.  La désertification prévue du continent résultant du réchauffement climatique, mais aussi le développement en cours de mouvements terroristes islamiques noirs, n'ont rien d'encourageant.

Références

1) Voir WSWS Armed militia detaining asylum seekers at gunpoint along US-Mexico border
https://www.wsws.org/en/articles/2019/04/20/bord-a20.html

2)  http://lapopulation.population.city/world/af

 

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