Igor Kolomoisky

Si nous faisons figurer dans notre rubrique Invité du mois ce personnage peu rassurant qu'est Igor Kolomoisky, ce n'est par dévotion à son égard, mais parce qu'il pourrait jouer un rôle important dans le nouveau gouvernement ukrainien, en tant que mentor politique et financier du nouveau président de l'Ukraine, présenté comme novice, Volodymir Zelinsky.

Sur Kolomoisky on pourra lire Wikipedia

Jusqu'à ces élections, Washington et le Pentagone avaient enrôlé l'Ukraine, à la suite de la pseudo révolution de Maidan suscitée par eux, au premier rang du combat  qu'ils mènent depuis des années contre la Russie. Certes le Département d'Etat américain avait déclaré se féliciter de la victoire de Zelinsky, mais usages diplomatiques obligeant, ils ne pouvaient faire autrement. Autant que l'on puisse juger aujourd'hui, le duo Komoloisky-Zelinsky ne reprendra pas la même politique. On notera cependant que Moscou a manifesté une prudente réserve concernant les perspectives d'un rapprochement avec Kiev.

C'est pourquoi il faut aujourd'hui essayer de prévoir ce que sera la politique proposée à l'Ukraine par l'oligarque multimilliardaire qu'est Igor Kolomoisky. On notera avec intérêt qu'il s'est toujours affiché comme Ukrainien et Juif. Il entretiendra certainement de bonnes relations avec Tel Aviv. Mais va-t-il pour autant reprendre à son compte la politique très pro-américaine de Netanyahou ?

Dans l'immédiat, la question que se posent beaucoup de citoyens ukrainiens est de savoir s'il voudra faire quelque chose pour permettre à l'Ukraine de sortir du bourbier où elle s'était enfoncée. Celui-ci est caractérisé par une corruption généralisée à tous les niveaux de l'Etat, l'incapacité de mettre en place des entreprises productives efficaces, un gaspillage des quelques ressources et en résultat un des plus bas niveaux de vie des pays voisins, à peine supérieur à celui des Etats africains.

En construisant son empire industriel et commercial, Kolomoisky ne s'était pas différencié de ses concurrents oligarques. Il avait mis la main sur les secteurs les plus rentables résultant de la privatisation de l'ancienne économie socialiste.  Il s'était seulement montré plus habile en diversifiant ses investissements, ne se limitant pas aux domaines de l'industrie métallique et de l'énergie. Le groupe économique dit Privat Group qu'il possède regroupe plus de 100 entreprises diverses dans des douzaines de sphères économiques. Beaucoup sont basées à l'étranger (off-shore) et font appel à un réseau d'obscures intermédiaires qui ne se feront jamais connaître du futur gouvernement ukrainien.

Au plan politique, il a toujours voulu se donner un rôle. Il avait très largement financé les campagnes de Viktor Yushchenko, puis de Yulia Tymoshenko. Ensuite, il avait demandé et obtenu en 2014 d'être nommé président de sa région natale de Dnepropetrovsk. Dans le même temps, il s'était donné une force paramilitaire privée anti-russe qui a joué et joue encore un rôle non négligeable dans l'actuelle guerre du Donetsk. Il a toujours été bien reçu dans les pays occidentaux, non seulement à Tel Aviv mais en Suisse où il possède des résidences, ainsi qu'à Londres où il s'était rendu récemment. 

Volodymyr Zelensky est maintenant à la tête d'un pays de 13 millions d'électeurs. Il a promis dans sa campagne de mettre fin à la corruption et au pillage des ressources nationales. Il ne tentera de le faire que si Kolomoisky, dont il est partout  présenté comme la « puppet », y trouve intérêt. Il n'est pas impossible que ce dernier, dans la seconde partie de sa vie, veuille jouer un rôle politique honorable. Ceci d'autant plus qu'Israël, dont il resté très proche, voit certainement en lui un atout  sérieux au service de sa politique, tant internationale qu'économique.

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