Sauf à bombarder l'Iran, Donald Trump n'a plus aucune arme contre elle

L'Iran, présentée par Donald Trump durant sa campagne et les premiers mois de sa présidence comme l'ennemi à abattre, est plus forte que jamais. Trump a épuisé ses dernières armes contre elle.

 Evidemment, on voit ceci avec satisfaction au Kremlin pour qui l'Iran est un élément essentiel de l'axe dit chiite comprenant l'Iran, la Syrie, le Hezbollah et dans une large mesure l'Irak, le Liban et le Yémen. que la Russie soutient face au front sunnite des Etats pétroliers mené par Riyad lequel est encore mais de moins en moins contrôlé par Washington.

Les seules armes restant à Donald Trump sont des « sanctions » à l'encontre des Etats et des entreprises continuant à se procurer du pétrole iranien, principale ressource de Téhéran. Mais le principal résultat de celles-ci a été d'unifier autour du président Rouhani et des Gardiens de la Révolution tous les mouvements qui hésitaient encore à s'engager complètement contre l'Amérique. Certes, ces sanctions ont considérablement abaissé le niveau de vie de la population. Mais dans l'ensemble celle-ci n'a pas voulu tenter de renverser le président Rouhani pour mettre à sa place un gouvernement docile à l'égard des Etats-Unis. Au contraire elle s'est rangée derrière Rouhani.

Avec l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, dont Donald Trump vient de se retirer (JCPOA), les Etats européens signataires de cet accord ont confirmé leur soutien à l'Iran. Ils tiennent compte des preuves incontestables reconnues au plan international selon lesquelles l'Iran a scrupuleusement tenu ses engagements. Malgré le fait qu'aujourd'hui Téhéran annonce ne plus vouloir respecter des clauses mineures de cet accord, les Etats européens continuent à lui apporter leur soutien.

En Mai 2018, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a énuméré douze conditions pour conclure un « nouvel accord » avec l'Iran, comportant des demandes sur le volet nucléaire, comme la fin de la prolifération balistique et de l'implication iranienne dans les conflits au Moyen-Orient. Il est clair que Téhéran ne peut accepter aucune de ces conditions, qui mettent directement en cause la sécurité iranienne. Elle est convaincue de son droit imprescriptible aux technologies nucléaires à usage civil ou pour la recherche scientifique. Se doter de missiles est sa protection contre toute attaque venant des alliés de l'Amérique au Moyen-Orient.

Mike Pompeo avait ajouté qu'en cas de refus, de nouvelles « sanctions » renforcées seraient appliquées. Celles-ci à terme, même si elles provoquent une gène momentanée n'inquiéteront aucunement Téhéran. Les besoins en pétro-énergies de diminueront pas rapidement et le pétrole iranien ne manquera pas de nouveaux clients. D'ores et déjà la Chine, manquant de telles ressources, a décidé d'en acquérir d'importantes quantité provenant de l'extraction iranienne.

Dans l'immédiat, on peut se demander si Donald Trump ne fait pas tout ce qu'il peut pour contraindre l'Iran à devenir un pays complètement nucléaire. On ne voit pas ce qu'il y gagnerait, sauf à se donner un prétexte pour bombarder les sites nucléaires iraniens. Mais cela, comme nous l'avons rappelé en introduction, Moscou ne le permettrait pas.

 

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