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Billet de blog 28 juin 2016

Que se passera-t-il après le Brexit? Pour un axe Paris-Berlin-Moscou

Une tempête de commentaires et propositions sévit actuellement, tant en Europe qu'aux Etats-Unis, directement impliqués par l'incartade de leur allié spécial britannique (special relationship).

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Pour le commentateur que nous souhaitons être ici, des journées de 24h ne suffiraient pas pour en prendre un minimum de connaissance afin d'envisager les suites possibles de l'évènement, et moins encore pour en tirer une opinion sur ce que nous souhaiterions voir la France décider. Il convient donc de simplifier beaucoup, quitte à être rapidement démenti par la suite des évènements.

Trois perspectives concernant l'avenir.

Elles sont profondément différentes.

- Selon la première, il ne se passera rien. Tous les intérêts financiers et politiques anglo-saxons, pris de court par un vote inattendu, réagiront de la même façon. Ils feront tout pour ralentir le processus de sortie et le rendre anodin. Rien ne changera en profondeur dans le rôle britannique au sein de l'UE, rôle au service de leurs intérêts.

- Une seconde perspective, renforçant la première et bien plus crédible, prévoit que Washington et Wall Street, qui depuis les années 1950 avaient décidé de mettre l'UE aux services de leurs stratégies géostratégiques et économiques, notamment contre la Russie, mobiliseront tous les moyens dont ils disposent – et ces moyens sont de plus en plus importants- pour que rien ne change. Ils noyauteront les gouvernements et les centres de décision européens afin que ceux-ci, même après le Brexit, restent sous leur contrôle.

- Une troisième perspective est à nos yeux, sinon la plus crédible, du moins la plus sympathique. Le Brexit entrainera une fin accélérée de la puissance américaine. L'UE dominée par les intérêts américains s'effondrera rapidement face aux désirs d'indépendance des peuple. De plus en plus de pays, petits ou même grands, décideront à l'exemple britannique de quitter l'UE et de décider seuls de leurs politiques et de leurs alliances. Ils découvriront qu'ils en sont parfaitement capables. Ce sera aussi en conséquence la fin d'une Otan dominée par les Etats-Unis. Par ailleurs, pour ces derniers, au plan interne, les électorats isolationnistes voire anti-capitalistes finiront par de faire entendre.

Trois choix pour la France

Par ce terme, nous désignons des choix qui, certes négociés par les gouvernements, recueilleraient l'assentiment et le soutien de la majorité de l'électorat.

- Participer à une refonte radicale de l'Union. Il s'agirait d'une fédération européenne véritable, associant les 6 ou 7 pays fondateurs. Par fédération, il s'agirait comme le terme l'indique d'adopter un parlement, un président et un gouvernement fédéral, des législations et administrations pour l'essentiel communes, des politiques communes au plan international, de la défense et du développement. Les Etats-membres conserveraient leurs propres institutions et politiques, sans que celles-ci puissent s'opposer à celle de la fédération.

On objectera en France qu'une telle fédération serait dominée par l'Allemagne. Mais ce serait sous-estimer les ressources propres de notre pays. Jointes éventuellement à celles des pays latins, elles combleraient les lacunes considérables de l'Allemagne, s'il s'agissait de ne pas se borner à l'économie, mais de se donner touts les atouts de la puissance.

- Sortir de l'UE et de l'euro, sur le modèle britannique. Ce que le Royaume-Uni pourra faire, la France, avec des ressources différentes mais très importantes, pourra le faire sans difficulté. L'enjeu consistant à survivre seul mobilisera nécessairement les moyens actuellement inemployés du pays, comme les populations.

- Participer à un axe Paris-Berlin-Moscou. Il est très possible que les gouvernements allemands et russes s'entendent pour signer un nouveau Traité de Rapallo, selon le terme en train de redevenir à l'honneur. Le Traité de Rappalo fut signé le 16 avril 1922 par l'Allemagne de Weimar et l'URSS en marge des accords de Gênes. Il n'eut pas de suite. Beaucoup d'intérêts puissants, en Allemagne et le Russie, envisagent dorénavant cette perspective. Ils pourraient conjuguer leurs forces, hors de l'emprise américaine, pour mettre en valeur les territoires boréales ou polaires, dans la perspective notamment du changement climatique. Par ailleurs, ils pourraient négocier avec la Chine, sur un pied d'égalité, des coopérations multiples au sein du Brics.

Il serait évidemment désastreux pour la France d'être exclue d'une telle alliance. Elle redeviendrait une très petite puissance, malgré ses ressources. Au contraire, dans ce que l'on pourrait appeler un axe Paris-Berlin-Moscou, elle pourrait développer et valoriser dans l'intérêt de tous les ressources potentielles dont elle dispose. Se constituerait ainsi, notamment compte-tenu d'un possible déclin américain, une seconde (derrière la Chine?) voire une première puissance mondiale. Un certain nombre de responsables politiques commencent à s'en rendre compte en France, mais ils se heurtent à un antisoviétisme hérité de la Guerre Froide et soigneusement entretenu par Washington. Un gros effort de communication sera nécessaire pour que ceux favorisant cette solution se fassent entendre.

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