Depuis plusieurs années déjà devant les menaces de fermeture de leur entreprise des salariés réagissent en optant pour la création d’une Scop.
Parfois, la décision est prise dans une situation difficile, dans une entreprise en difficulté où les salariés sont acculés à faire des choix de dernière minute.
D’autres fois, c’est la volonté d’une communauté de travail de s’opposer à la fermeture d’une unité de production, rentable localement, mais jugée de trop dans la stratégie internationale d’une multinationale qui engrange de substantiels bénéfices par ailleurs.
Dans tout les cas, la création d’une Scop est un combat. C’est un acte de résistance de la part de la communauté de travail. C’est aussi, de plus en plus, une adhésion à une autre manière de concevoir le travail, les rapports au sein d’une entreprise, la répartition des pouvoirs et de la richesse produite. L’esprit coopératif souffle sur les braises de la crise économique.


Le succès de la souscription des ouvrières textiles de la Scop les Atelières de Villeurbanne qui ont rassemblé plus de 650 000€ en trois semaines atteste de ce souffle coopératif. La Scop condamnée début mars est de nouveau sur les rails après avoir fait sauter l’obstacle financier.

L'engagement des syndicats

My Ferry Link, Scop de 600 salariés fait naviguer depuis août 2012, entre Calais et Douvres, trois des navires de l’ancienne compagnie Sea France. Elle est sous la menace d’une condamnation de ses activités par la commission anglaise de la concurrence. La décision doit être donnée  début mai.

Le Berlioz et le Rodin, deux navires de la compagnie My Ferry Link qui assurent la traversée entre Calais et Douvres

 Les navires de la Scop My Ferry Link assurent la traversée entre les ports de Calais et de Douvres

A Docelles dans les Vosges, la plus vieille usine de France née en 1478, une papeterie spécialisée dans la production de papiers spéciaux est menacée de fermeture. Le groupe finlandais UPM a fait ce choix dans le cadre de sa stratégie internationale. Localement, les experts affirment la viabilité de l’entreprise, une unité moderne ayant bénéficié il y a sept ans d’un investissement de 26 millions. Quatre-vingt-quatre salariés sont porteurs d’un projet de reprise du site dans le cadre d'une SCOP. Début mars, la direction du groupe finlandais UPM a refusé la proposition des ex-salariés de Docelles, malgré le soutien des collectivités dont bénéficient ceux-ci.

Une situation qui rappelle étrangement celle de l’usine de Stora Enso de Corbehem dans le Pas-de-Calais en 2006. C’était une autre multinationale finlandaise de la papeterie qui annonçait alors la fermeture de l’entreprise nordiste dans le cadre de sa stratégie internationale. Pourtant, l’usine locale est rentable. Les ouvriers proposent un projet de reprise en Scop très élaboré. C’est la naissance de l’association des Géants de Papier Solidaire. Après, dans un premier temps, avoir laissé penser qu’elle céderait l’unité de production aux ouvriers pour un coût raisonnable, la multinationale, lorsqu’elle s’aperçoit que le projet de la Scop a bien des chances d’être mené à son terme, revient en arrière et augmente ses prétentions financières à un niveau impossible à atteindre pour les promoteurs de la Scop. Après des licenciements, l’unité Stora Enso de Corbehem a poursuivi son activité à vitesse réduite. Elle est de nouveau sous la menace d’une fermeture totale.

Pourquoi, assez systématiquement, dans de telles situations, les multinationales ou les grands groupes font-ils tout pour faire échouer les reprises et la création de Scop ? Peur de la concurrence, même si celle-ci n’est que marginale ? Ou bien crainte que l’esprit et la perspective Scop, de la prise en main des unités de production par les travailleurs eux-mêmes ne s’affirment trop fortement rendant visible et audible de nouveaux horizons sociaux et politiques ?

Dans tous ces combats pour la création de Scop, les syndicats jouent désormais un rôle actif. On peut ici, sans aucun doute, noter un changement d’état d’esprit. Pour les syndicats aussi, la Scop est devenue un combat.

 

Le tribunal de commerce en arbitre


Il est d’autres combats mois durs mais qui eux aussi doivent être livrés par les salariés lorsqu’ils veulent prendre en charge leur entreprise menacée de fermeture ou de liquidation. Bien souvent, c’est au tribunal de commerce que se livre la bataille

Ainsi, les 37 salariés de l’entreprise SET (Smart Equipment Technology), basée à Saint-Jeoire-en-Faucigny (Haute-Savoie) ont-ils pu reprendre leur entreprise, début 2013 après une décision de la cour d’appel de Chambéry alors que quelques mois plus tôt le tribunal de commerce d’Annecy avait refusé cette solution.

A Bayonne, en avril 2013, le tribunal de commerce s’est prononcé pour la reprise sous forme de Scop par 35 des 49 salariés des laboratoires Bioluz.

On peut penser que, dans ces situations conflictuelles, la future loi de l’économie sociale et solidaire pourra jouer un rôle. En effet, bien souvent l’obstacle à la constitution d’une Scop est d’ordre financier. Il faut que les coopérateurs réunissent les fonds pour la réalisation de l’opération qui souvent dépassent les capacités des salariés. La possibilité de créer à l’avenir des Scop d’amorçage, qui pourront avancer une partie des fonds au moment de la reprise et donner du temps à la Scop pour les remboursements semble de nature à favoriser la création de Scop.

De l’association à la Scop

Si la création de Scop est parfois un combat, dans la plupart des cas ce n’est pas vrai. L’esprit coop souffle au nom des principes et des valeurs dans bien des secteurs de la société. Ainsi, des associations choisissent-elles le statut Scop pour poursuivre leurs activités. Elles y voient le moyen de mieux impliquer leurs salariés dans la vie de l’entreprise en leur confiant des responsabilités partagées.

Les nouvelles Scop sont principalement issues de créations ex nihilo d’entreprises (60 %), de transformations d’associations (25 %), de transmissions d’entreprises saines (9 %) ou encore de reprises d’entreprises en difficulté (6 %).

Début 2013, le Grefo à Villeneuve d’Ascq dans le Nord, créé en 1972 par différents partenaires dont des syndicats, entrait dans le monde des Scop. L’association avec 85 salariés permanents et 12 agences dans le Nord a connu un développement continu depuis création.

A Epinal, toujours début 2013, l’ODCVL, une association issue de l’Education populaire suivait le même chemin. Employant plus de salariés permanents, près de 900 en période de vacances, avec 11 centres d’hébergement accueillant 25 000 personnes par an l’association faisait aussi le choix Scop.

Les créations de Scop en eaux calmes représentent 80% du total des créations. Pour autant, les prises de responsabilités collectives, les débats démocratiques au sein de l’entreprise, les décisions dépendantes des fluctuations économiques,…la vie d’une Scop, avec ses réussites mais aussi ses difficultés est un combat de tous les jours. Mais un combat collectif…et cela change tout.

 

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