Scop Auvergne-Rhône-Alpes : la grande fusion

16h44, ce jeudi 1er juin 2007, la nouvelle Union régionale des Scop Auvergne-Rhône-Alpes est née. La grande fusion entre l’Union régionale des Scop Auvergne et l’Union régionale des Scop Rhône-Alpes vient d’être adoptée par les 220 coopérateurs réunis à Lyon.

Ils sont venus des quatre coins de la région, de l’Allier et de la Loire, de l’Ain et des deux Savoie, de l’Isère et de la Drôme, de l’Ardèche et de la Haute-Loire, du Cantal et du Puy-de-Dôme, et du Rhône, bien évidemment. Le vote est sans hésitation. La fusion est entérinée à l’unanimité, moins une abstention.

Deuxième région coopérative en France

La salle applaudie, enthousiaste, et on se félicite sur le berceau de la nouvelle Urscop Auvergne-Rhône-Alpes. Guy Babolat, qui fut, d’abord, directeur entre 1990 et 2005, puis, président de l’Urscop Rhône-Alpes entre 2012 et 2016 voit « en cette fusion une formidable opportunité. Nous devenons ainsi, souligne-t-il, la deuxième région française par le nombre de Scop, juste derrière l’Ile-de-France. »
Aujourd’hui, Premier Vice-Président de la Confédération Générale des Scop, où il exerce des responsabilités nationales, Guy Babolat estime « que le mouvement national des Scop sera plus fort si les Unions régionales sont plus fortes. Car, considère-t-il, c’est sur le terrain et dans les unions régionales que l’on peut le mieux développer le mouvement coopératif ».
La promotion du mouvement coopératif est au cœur des débats. C’est l’un des intérêts de la création de grandes régions coopératives. Un mouvement enclenché nationalement suite au grand chamboulement politique des régions françaises qui en 2015 sont passées de 22 à 13. La Confédération Générale des Scops a décidé de s’inscrire dans cette évolution, et les Unions Régionales sont passées de 13 à 9.

Travailler à un projet commun

« Au départ, en Auvergne et en Rhône-Alpes, la fusion n’a pas été un choix. Ce n’était pas une démarche naturelle, explique. Laurence Ruffin, la présidente de l’ancienne l’URSCOP Rhône-Alpes. En fait, nous nous sommes adaptés à la politique adoptée nationalement. »
Des craintes pouvaient exister. La plus grosse des deux Urscop n’allait-elle pas absorber l’autre ? Comment conserver les spécificités des Auvergnats et des Rhône-alpins ? Comment travailler ensemble ? Il fallait que ces questions soient discutées.
Le rapprochement et la fusion devaient procéder d’une dynamique positive. Un comité du rapprochement réunissant des salariés des deux Urscop ainsi que des coopérateurs élus des deux régions a donc été mis en place il y a un an. De nombreuses réunions ont eu lieu. « L’objectif était de travailler sur l’intérêt que chacun, Auvergnats ou Rhône-alpins pouvaient retirer de cette fusion, » indique Laurence Ruffin.
Les réunions se sont déroulées dans un esprit d’ouverture. Et très vite il est apparu que la fusion pouvait être un atout pour le mouvement coopératif. Une mutualisation des moyens, la fusion des deux équipes des Urscop Auvergne et Rhône-Alpes augmentent les moyens et les compétences de la nouvelle structure unifiée. C’est important pour le développement régional du mouvement coopératif.
« Par ailleurs, note Laurence Ruffin, créer un comité d’administration, avec deux types d’approche c’est aussi un enrichissement. D’autant que cette mise en œuvre de la fusion apporte du sang neuf dans les instances de concertation et de coordination de l’Urscop au niveau régional. »
A la nouvelle région correspond de nouvelles relations organisationnelles. Il faut à la fois assurer la représentation de tous les territoires dans les instances représentatives, et, autant que faire se peut, la parité. Il faut aussi travailler avec des objectifs et une pratique commune. Il a fallu œuvrer à la conception d’un projet et de règles partagées.

La dynamique territoriale

Bien évidemment, le siège de l’Urscop Auvergne-Rhône-Alpes sera situé à Lyon. Pas question pour autant de fermer le siège auvergnat implanté à Beaumont. Les deux équipes travailleront en collaboration. Avec, par exemple, une plus grande utilisation de la vidéo-conférence. Il est même envisagé dans le cadre du renforcement du mouvement coopératif d’ouvrir deux autres agences dans la région. On évoque Grenoble et Chambéry. Une dynamique s’inscrivant dans une volonté de territorialisation.
Cette politique de territorialisation a été décidée au niveau national. Il s’agit pour le mouvement coopératif de développer son action au plus près du terrain, pour le rendre plus pratique, plus performant mais aussi plus visible. L’Isère avait été retenue comme un territoire test dans cette stratégie. L’Urscop Auvergne-Rhône-Alpes compte 9 territoires.

Une fusion bénéfique

La grande fusion devrait, donc, être tout bénéfice pour les coopérateurs auvergnats et rhône-alpins. Laurence Ruffin « a confiance dans la dynamique engagée. Et puis, souligne-t-elle, nous partageons la même vision, les mêmes valeurs et les mêmes pratiques que l’on travaille dans une Scop du Puy-de-Dôme ou une Scop de l’Isère, une SCIC du Rhône ou une Scop Cantal ou de la Drôme. »
Ces grandes régions coopératives, les coopérateurs les voient « comme des tremplins, pour mieux assurer la promotion du mouvement coopératif. »
La fusion ne devrait, donc, pas poser de problèmes insurmontables. Tout n’est pas réglé. Mais les fondations du projet et du travail en commun sont avancées. Même si les uns et les autres demandent à être complétés et consolidés dans les mois à venir. « Très vite, nous allons rentrer dans les sujets d’amélioration, explique Laurence Ruffin. Et ça, ça donne envie ». En ce 1er juin, la confiance et l’enthousiasme sont de mise.

595 Scop et SCIC, 8105 salariés

La nouvelle Union Régionale des Scops Auvergne-Rhône-Alpes, c’est désormais 595 Scop ou SCIC. Le Rhône et l’Isère se taillent la part du lion avec 131 pour le Rhône et 106 pour l’Isère. Moins peuplés, plus ruraux, les autres départements comptent aussi leurs Scop et leurs SCIC : 47 pour la Drôme, 46 pour le Puy-de-Dôme, 32 pour la Savoie, 28 pour l’Ardèche, 25 pour la Loire, 22 pour la Haute-Savoie, 15 pour l’Ain, 14 pour l’Allier, 10 pour la Haute-Loire, 6 pour le Cantal. 8105 personnes travaillent dans une Scop ou dans une SCIC dans la nouvelle région. Les deux équipes de salariés, l’une basée à Lyon, l’autre à Beaumont comptent, en tout, 35 personnes.
Régionalement, la nature des Scop s’aligne sur l’évolution nationale. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, les Scop se répartissent entre 32% dans les services, 20% dans le BTP,15% dans la culture et la communication, 9% dans l’industrie et la mécanique, 7% dans les énergies, l’eau et les déchets, et 4% dans l’informatique.
Sur l’année 2016, 47 Scop ont été créées dans la Région Auvergne-Rhône-Alpes, soit une augmentation de 5% par rapport à 2015. 13 l’ont été en Auvergne, 34 en Rhône-Alpes. 23 correspondent à des créations, 13 à des transmissions d’entreprises, 7 à des transformations d’associations en Scop et 4 à des reprises d’entreprises en difficulté. Ce qui dessine un paysage régional s’alignant sur les dynamiques nationales.

Création: vers les 70 Scop par an


A travers la fusion et la politique territoriale du mouvement coopératif, les coopérateurs comptent porter la création de Scop sur la région Auvergne-Rhône-Alpes d’une cinquantaine ces dernières années à 70 par an prochainement. La région s’inscrirait ainsi dans les objectifs nationaux de la Confédération Générale des Scop définis au congrès de Strasbourg en octobre dernier. Les congressistes se sont alors fixés comme but de franchir, en quatre ans, le cap de 70 000 emplois coopératifs au niveau national contre 52 000 aujourd’hui. La longue et difficile marche des Scop continue. Elle passe aujourd’hui par la régionalisation et la territorialisation. La nouvelle Urscop Auvergne-Rhône-Alpes s’est mise en ordre de marche.

 

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