A Villeneuve, banlieue lilloise, l’une des plus grosses associations de formation en France: le CREFO choisit l’option Scop

Le choix de la transformation de l'association CREFO en une société coopérative est le fruit d'une volonté politique. Cette transformation vise à répondre aux enjeux de développement envisagés par les dirigeants du CREFO.

A l'origine de ce choix, il y a eu un processus de maturation au sein du conseil d'administration. Au terme de ce processus et de discussions qui ont duré une année, le conseil d'administration en est arrivé à la conclusion que la forme juridique associative n'était pas la plus adaptée pour la poursuite du développement du CREFO.

 Aujourd'hui, du fait de son chiffre d'affaires et de l'importance des équipes, le CREFO est une véritable PME.

Dans le secteur de la formation, qui est un secteur très atomisé, c'est même une entreprise moyenne. Parmi les 40 000organismes de formation professionnelle continue du secteur privé, lucratif ou non, il existe une centaine d'organismes qui réalisent un chiffre d'affaires de 6 millions d'euros ou plus. C’est le cas du CREFO.

Aujourd'hui, le CREFO est à la fois trop petit et trop gros. Il doit poursuivre son développement pour assurer sa pérennité. On est là aux limites de la forme juridique associative. Le conseil d'administration peinait à se renouveler. Au fil du temps, il n'y avait plus qu'un administrateur au titre des personnes morales fondatrices, les autres étant des personnes qualifiées, qui siégeaient là à titre personnel. Dans le même temps, dans la gouvernance associative, les salariés sont minoritaires alors que ce sont eux qui font fonctionner l'entreprise.

Comme il n'était évidemment pas question de vendre l'entreprise ou de dissoudre l'association, les administrateurs bénévoles ont considéré à un moment qu'il était plus sain de confier la gouvernance de cette PME et de ce projet de développement aux salariés.

Pas question pour autant pour le conseil d'administration de se désintéresser de la suite du projet. Le fil rouge de cette aventure doit se poursuivre et l'association groupe CREFO, rassemblant les anciens administrateurs qui le souhaitent, continuera à être représentée dans la gouvernance de la coopérative CREFO.

 

Administrateurs et salariés : un consensus partagé

 

Cette transformation ne pouvant être envisagée que sur la base d'un consensus largement partagé, à la fois par le conseil d'administration et l'ensemble du personnel, le temps fut pris d'en discuter.

Pour les salariés, comme pour les administrateurs, le processus a duré un an.

Un an de réflexions avec les instances représentatives du personnel, de réunions avec l'ensemble des salariés. Des réunions auxquelles participait la quasi‐totalité des salariés.

Ces réunions ont permis de clarifier la démarche liée au projet, mais également de répondre aux interrogations et aux inquiétudes des salariés.

Pendant un an, le président de l'association et le directeur général sont allés à la rencontre des salariés sur les différents sites pour leur présenter la réflexion du conseil d'administration et les raisons pour lesquelles celui‐ci considérait que la pérennité et le développement de l'entreprise CREFO étaient mieux assurés avec un statut coopératif qu'en conservant la forme associative.

Les 85 salariés en poste ont donc eu le choix. Souhaitez‐vous adhérer ou non au projet de transformation de l'association en SCOP ? Souhaitez‐vous devenir sociétaires de cette coopérative ou en rester simplement salariés ?

Quasiment les deux tiers des salariés, 50 sur 85, dont l'encadrement dans son ensemble ont fait le choix de la transformation en coopérative. Le choix est également majoritaire chez les non cadres. Il ne s'agit pas ici d'une transformation en coopérative liée à des difficultés de trésorerie ou d'activités. Le CREFO est en croissance, il n'a pas de difficultés financières et il est en plein développement. En dix ans, il a quasiment doublé son chiffre d'affaires. Il investit énormément en recherche développement en diversifiant son catalogue de formations et en allant sur de nouveaux champs professionnels.

 

La transformation permet de conserver les agréments, habilitations et de reprendre les actifs

 

Sur un plan formel, à l'issue de l'ensemble de ces réunions d'information et de formation, une assemblée générale extraordinaire de l'association a décidé de poursuivre le processus de transformation sous réserve qu'il y ait une majorité du personnel favorable au projet coopératif et prête à s'y engager.

 Après la consultation du personnel, une nouvelle assemblée générale extraordinaire a acté le principe de la transformation et permis aux salariés prêts à s'engager dans le projet coopératif d'adhérer à l'association d'origine.

 Enfin, une troisième assemblée générale extraordinaire organisée le 10 novembre 2012, avec les anciens et les nouveaux adhérents décida de la transformation de l'association CREFO en SCOP

SA CREFO et adopta les statuts de la nouvelle société.

Lorsqu'une association se transforme en SCOP, cela n'implique pas la constitution d’une nouvelle personne morale. La société coopérative issue de la transformation, reprend les actifs de l'association, ses agréments, habilitations et conventions. Sa durée de vie est de 99 ans à compter du 25 juin 1972, date de la création de l'association.

C'est d'ailleurs parce qu'elle a repris les réserves et les fonds associatifs de l'association, que la coopérative a été créée avec un capital variable de départ relativement modeste, 40 000 euros, les parts sociales des 50 salariés sociétaires ayant été fixées à un mois et demi de salaire versé sous la forme d'une retenue mensuelle de 2 % pendant quatre ans environ.

Le conseil d'administration de la société coopérative est composée de 15 membres, élus en assemblée générale, dont 10 salariés et 5 associés extérieurs (dont 3 personnes morales, l'Union régionale CFDT, l'association groupe CREFO et ID Formation). L'Urscop, qui a accompagné le processus de transformation sur le plan juridique, fait également partie des associés extérieurs même si elle n'est pas représentée au CA.

L'ancien directeur général, Georges Malolepszy a été élu PDG de la SCOP SA CREFO. Sur le plan de la gouvernance, le conseil d'administration se réunit tous les deux mois et les décisions importantes sont prises en assemblée générale de l'ensemble des sociétaires, laquelle se réunit une fois par an en session ordinaire. Quant aux institutions représentatives, sous le régime de la délégation unique, elles perdurent bien évidemment dans la nouvelle entité.

 

CREFO : l'histoire d'un développement continu

Créée en 1972, l'association CREFO (Centre de Recherche et d'Etudes en Formation et Organisation), vient de fêter ses quarante ans en faisant le choix de se transformer en coopérative, en SCOP. Cette transformation est intervenue le 1er janvier. La nouvelle coopérative reprend l'ensemble des brevets et des conventions de l'ancienne association.

En effet, la personne morale antérieure demeure. Juridiquement, la coopérative CREFO est créée pour 99 ans à compter du 25 juin 1972, date de création de l’association.

 L'histoire du CREFO mérite d'être contée. Elle est largement en phase avec les évolutions du monde de la formation et de la situation de l'emploi. L'association a été créée dans la foulée de la Loi Delors de 1971 sur la formation continue, loi issue d'un accord national interprofessionnel signé en 1970 par les partenaires sociaux, organisations syndicales et patronales.

La formation continue est alors définie tout à la fois comme un outil d'adaptation des salariés aux aléas des évolutions du monde du travail (on est alors en période de plein emploi et le chômage est relativement limité, moins de 400 000 demandeurs d'emploi) et comme un moyen de développement personnel et de promotion sociale.

 

Quatre partenaires président à la création

 

Quatre partenaires sont à l'origine de la création du CREFO : l'union régionale CFDT Nord – Pas‐de‐Calais et trois mouvements d'éducation populaire : Culture et Liberté, Peuple et Culture et la Fédération Léo Lagrange. L'association

CREFO s'inscrit alors pleinement dans le mouvement d'éducation permanente.

Ses promoteurs ont assez rapidement la vision des enjeux des restructurations qui commencent à poindre dans les premières années de la crise qui suivent le premier choc pétrolier. Ils comprennent et anticipent la nécessité de mettre sur pied des parcours de formation pour des gens qui ont quitté l'école prématurément et qui n'ont pas forcément une formation et un niveau de qualification suffisant pour leur permettre de trouver un emploi.

Animé au départ par des bénévoles, le CREFO se renforce assez rapidement avec des salariés, des professionnels de la formation. « Le premier métier des formateurs du CREFO, explique Georges Malolepszy, ancien directeur général de l'association, devenu aujourd'hui PDG de la SA SCOP CREFO, c'était la formation aux savoirs de base et aux compétences clés. On était alors plus sur le champ de l'éducation permanente que sur celui de la formation continue. Par la suite, le CREFO a développé des formations dans le champ sanitaire et social, notamment aux métiers d'aide ménagère et d'employée familiale, qui commençaient à émerger, ce que l'on appelle aujourd'hui les services à la personne ».

 

Par la suite, à côté de ces deux secteurs, avec l'accroissement du chômage, le CREFO s'est doté d'un département « orientation et mobilité professionnelle, accompagnement au retour à l'emploi » lorsqu'il a été amené à répondre à des politiques publiques visant à former ceux qui avaient perdu leur emploi pour les aider à en retrouver un ou à se réorienter vers d'autres activités professionnelles.

Avec l'élection de François Mitterrand, la politique de formation professionnelle devient un outil au service de la politique  pour lutter contre le chômage des jeunes.

Le CREFO continue à se développer avec le souci, au début des années 2000, de diversifier ses activités et son catalogue de formations professionnelles dans les secteurs de l'hygiène et de la propreté (agents d'entretien) et les métiers de la prévention et de la sécurité (agents de sécurité et assistance aux personnes et risque incendie).

Aujourd'hui, le CREFO dispose de 18 agences (soit une superficie de 9 000 m² de locaux). Il est présent sur les 15 bassins d'emploi du Nord – Pas‐de‐Calais. Il emploie 85 salariés permanents (en CDI), une quinzaine de formateurs en CDD et une centaine de formateurs occasionnels, des professionnels du secteur qui interviennent ponctuellement dans une formation du CREFO.

Ses formations et ses prestations (par exemple la réalisation de bilan de compétences) s'adressent aussi bien à des demandeurs d'emploi qu'à des salariés ou à des entreprises, voire à des collectivités désireuses de former leur personnel à des métiers particuliers ou à qualifier leurs salariés sur des compétences spécifiques.

Son siège social se situe dans la zone d'activités des Prés à Villeneuve d'Ascq dans un immeuble de 1 200 m², dont un tiers pour l'administration, les deux tiers pour son centre de formation, le plus important de la région avec notamment un appartement et une cuisine pédagogique pour les formations d’aide à la personne ou encore des ateliers techniques pour celles qui ont trait aux métiers d'hygiène et de sécurité.

 Plus de renseignements et d'informations:

- Crefo 

Nord-social.info

 

 

 

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