Alma : la Scopette, c'est la vedette

La coopérative vient de fêter ses 40 ans. Avec 160 collaborateurs, dont 80 à Grenoble, Alma est l'une des plus importantes de la région. Elle y joue un rôle moteur et d'entrainement. L'esprit coopératif, la culture Almatienne, c'est ici, toute une histoire. Et les almatiens aiment ça.

Elles n'ont pas encore de nom. Ce pourrait être Scopette « Santé », Scopette « CFAO »... Mais, qu'importe . Elles vivent leur vie. Autonomes et solidaires. Ainsi, vont les Scopettes chez Alma.

Ici, dans cette entreprise de haute-technologie, implantée dans la banlieue de Grenoble, l'esprit coopératif imprègne la culture, la vie, les décisions, les relations, jusqu'au développement technique de l'entreprise.
La Scopette est née de la Scop comme un prolongement, un approfondissement, un enrichissement de la vie coopérative. Une réussite pour l'entreprise, un plus pour les salariés.

 La Scopette, ou, plus précisément les Scopettes sont nées de l'histoire même d'Alma.

En 1979, des chercheurs de l'université scientifique de Grenoble, créaient une entreprise avec l'intention d'ancrer dans le tissu industriel local les résultats des recherches menées à l'université. Dès l'origine, les fondateurs de l'entreprise adoptent un statut coopératif avec la volonté de favoriser l'épanouissement des personnes, les performances de la structure et sa pérennité à long terme dans un environnement fortement concurrentiel.

Une entreprise de hautes performances

Alma fait ses premières armes dans le développement et l'édition de CFAO pour la découpe, la tôlerie et la robotique. L'entreprise fournit des logiciels de découpe de haute performance pour l'industrie textile, pour les chantiers navals de Saint-Nazaire, pour Alstom, entre autres... Dans ces domaines, Alma figure aujourd'hui, dans le Top 4 mondial.

C'est le résultat d'un travail intensif à l'international dès le départ, avec la création de filiales à l'étranger, mais aussi des points de vente de logiciels assurant l'installation et la maintenance. Aujourd'hui, Alma est présente avec deux filiales en Allemagne, une filiale en Italie, au Brésil, en Chine, au USA, en Espagne et à Singapour.

Le groupe emploie, en 2020, 160 collaborateurs, dont 80 en Isère, avec des bureaux à Nantes, Lyon, Paris et Tarbes, 7 filiales et 15 revendeurs à l'étranger. Son chiffre d'affaires est de 10M€ dont 28% sont réalisés à l'étranger. La Scop Alma appartient à 95 associés. Les deux tiers des salariés sont des ingénieurs.

L'histoire d'une diversification

Si l'édition de CFAO pour la découpe, la tôlerie et la robotique demeure l'un des points forts de l'entreprise, d'autres activités s'y sont greffées, au fil de l'histoire. Dans un judicieux souci de diversification d'une part, pour amortir une baisse des commandes entraînée par la crise à la fin des années 2000, d'autre part.

D'autres secteurs ont vu le jour avec le temps : la conception, le déploiement et la maintenance d'infrastructures informatiques ; le développement et l'intégration d'applications collaboratives et de partage d'information ; l'intégration et l'édition de logiciels pour établissements hospitaliers et pharmacies.

L'informatique et la haute-technologie font l'unité. Les spécificités font la diversité. De l'unité découle la Scop. Des diversités naissent les Scopettes.

L'autonomie des Scopettes

Chaque secteur d'activité rassemblent entre 10 et 30 salariés, pour la plupart ingénieurs ou techniciens. Ce sont eux qui forment la Scopette de ce secteur. En fait, ce sont eux qui collectivement décident du fonctionnement, des perspectives, de la dynamique du secteur dans lequel ils travaillent. Ainsi, ils réfléchissent ensemble aux évolutions techniques à apporter, aux contrats à passer, mais aussi aux évolutions à conduire afin de faire croître et performer l'activité de leur secteur. La Scopette devient ainsi un lieu vivant d'élaboration technique, de décisions pour les perspectives de développement.

Tous les trois ans, l'équipe de la Scopette fait un bilan avec son responsable, construit un projet pour les trois nouvelles années, projet validé par l'équipe qui valide, également, la confiance au responsable de la Scopette.

Une autonomie de gestion accordée à la Scopette et à ses membres qui va se traduire par une appropriation collective des résultats financiers engendrés par l'activité de la Scopette. Ces résultats seront, pour partie, partagés par les associés de la Scopette. L'année où une Scopette est particulièrement performante, ses membres en récoltent les fruits.

Toutes pour une, Une pour toutes

 Pour partie seulement, car la règle de la Scop demeure la loi de l'appropriation collective. Et les résultats globaux de la Scop sont bien partagés par l'ensemble des associés de la communauté. En effet, 85% des résultats d'Alma sont mutualisés indépendamment des Scopettes. Il n'empêche que l'esprit Scopette descend jusqu'au plus près de la décision technique, de l'initiative de groupe et marque profondément l'esprit Almatien.

Toutefois, lorsque les membres d'une Scopette envisagent un investissement lourd ce sont l'ensemble des associés de la Scop qui en décident par vote en assemblée générale. Ainsi, la proposition de rachat d'une entreprise en Allemagne pour en faire une filiale a été imaginée par les membres de la Scopette CFAO, mais votée par l'ensemble des associés en assemblée générale.

La rémunération coopérative

L'entreprise étant particulièrement performante, « les salaires collent au marché,  explique Sylvain Cathebras, le chargé de communication de la Scop. Mais, les associés préfèrent privilégier l'aspect variable de la rémunération. »

Comme dans toutes les Scop, une partie des bénéfices, ici 30%, alimente les réserves impartageables. Elles sont destinées à conforter la santé financière de l'entreprise et à favoriser l'investissement. Alma faisant preuve d'une bonne santé économique et commerciale, avec 1,8 M€ de bénéfice en 2018, elle dispose d'importants moyens d'investissement mis au service de la dynamique de l'entreprise.

60% des bénéfices sont redistribués aux salariés, ce qui conduit, compte tenu de la bonne santé de la Scop, à une participation de l'ordre de 3 à 4 mois de salaire par an. A Alma, il y a une assez grande différence entre salaires et revenus. La hiérarchie des salaires va de 1 à un peu plus de 3, mais après primes, intéressement, participation, la hiérarchie des revenus va de 1 à 2,4 contre 1 à 8 dans des PME comparables.

Enfin, les 10% des bénéfices restant sont versés sous forme de dividendes rémunérant les parts sociales. Tous les salariés sont associés au bout d'un an de présence et deviennent citoyen almatien. La part sociale est de 20€ et le ticket d'entrée est de 5 parts soit 100€.

Pour les coopérateurs, tous les mois, 1% du salaire est automatiquement versé pour alimenter le capital de la Scop. Les retraités demeurent des associés. Les personnes quittant l'entreprise partent avec le capital accumulé sans plus-value possible.

Un rôle d'accompagnement

L'esprit coopératif, la culture almatienne, est fortement marquée par cette relation salariale. Sylvain Cathébras, souligne, « que dans ce milieu constitué de techniciens et d''ingénieurs, l'intérêt pour la créativité dans son travail, sa maîtrise, l'appétence technique, sont très sensibles. Ce qu'offre la vie de la Scop, où l'on peut proposer des initiatives, des nouveautés, de nouvelles méthodes de travail fortement apprécié. »

« Ici, on accepte une moindre rémunération que celle qui pourrait être obtenue dans une start-up au bénéfice de cette participation coopérative. » Et celle-ci, ne s'arrête pas là.

En effet, les Almatiens, souligne encore le chargé de communication, « sont tout à fait conscients de faire partie du mouvement coopératif, même s'il ne sont pas forcément militants. » Des membres d'Alma participent à la vie et à l'animation du Comité territorial des Scop sur le département de l'Isère, mais aussi de l'Union régionale des Scop.

« Alma, précise Sylvain Cathebras, a toujours voulu joué un rôle d'accompagnement. Elle a, ainsi, apporté son soutien à des initiatives coopératives. Nous avons pu aider au financement de Scop en devenir. »

L'exemple le plus frappant est visible à deux pas des locaux d'Alma avec le camion restaurant du Bon Sens des Mets. « Les personnes à l'initiative de ce restaurant sur roues sont venus nous voir pour qu'on les aide à se transformer en Scop, précise le chargé de communication. Désormais, ils sont 5 en activités dont 4 associés. Leur camion restaurant est installé sur le terrain d'Alma, à côté de nos locaux. Les Almatiens trouvent là leur cantine, ainsi que les salariés d'autres entreprises de la zone d'activité sur laquelle est implantée la Scop ». Avec leur activité traiteur, les coopérateurs du Bon Sens des Mets développent, également un service de livraison à l'extérieur.

Ainsi, l'esprit coopératif irradie aussi bien les activités professionnelles des salariés que la vie sociale à l'intérieure de la Scop, mais aussi marque ses nombreuses interventions externes dans la région grenobloise, où la Scop bénéficie d'une certaine réputation.

 Mouvement coopératif : fier d'en être

 L'esprit coopératif, la culture almatienne, s'est forgée, renforcée, épanouie avec le temps. Un petit tour dans les locaux et quelques discussions de bureau en bureau suffisent à s’en convaincre.

Sylvain travaille à Alma depuis 30 ans. « Nous étions 12, lorsque je suis entré. A l'époque, je cherchais surtout un emploi. Ce qui m'a plus c'est la possibilité d'implication et de participation qui existe dans la Scop. Je ne suis pas venu à Alma pour les valeurs coopératives. Aujourd'hui, je suis très attaché à celles-ci. »

Raphaël, 26 ans est entré à Alma il y a deux ans. « Avant, j'ai travaillé un an et demi dans une start-up à Lyon. Elle a fermé. Ici, même si je suis dans le technique, j'apprécie de savoir ce qui se passe. La semaine où je suis arrivé, j'ai participé à mon premier vote. Il s'agissait de savoir si la Pdg pouvait partir 6 mois en disponibilité sans être remplacée. Autorisation accordée. »

Pascal insiste sur « l'importance de l'investissement à travers les Scopettes mais aussi de l'intérêt d'avoir une vision globale de ce qui se passe dans la Scop. Avec l'âge, note-t-il, on a des priorités qui changent. Ainsi, aujourd'hui, pour moi, c'est important de participer à la vie de l'entreprise, à la vie locale, à l'économie sociale et solidaire. Avant, tout cela m'était inconnu. Je l'ai découvert en arrivant ici, il y a 6 ans. »

 « On apprend ce qu'est une Scop au fur et à mesure des AG, souligne Alain. Parfois, nous décidons en votant de financer des projets dans l'économie sociale et solidaire. On pense que les entreprises qui ont bénéficié de ces financements participeront à leur tour à ce mouvement. »

Gérard apprécie « la vie à Alma, les règles, l'aide extérieure apportée à d'autres coopératives, à l'ESS. Je suis fier de ça » affirme-t-il. Autour de la table, un avis partagé par les cinq Almatiens participant à la discussion.

Exporter l'esprit coopératif

Emmanuel est de retour à Grenoble. En 2009, c'est au Brésil qu'il atterrit pour développer un point de vente et une filiale d'Alma.
« Comme dans toutes nos initiatives à l'étranger j'ai emmené avec moi l'esprit coopératif, la culture Alma. Transparence, entretien d'embauche avec l'équipe, participation aux activités, aux décisions et aux bénéfices, c'est la marque Alma que nous vendons à l'étranger. Peu de temps avant mon retour, j'ai reçu une personne pour un entretien d'embauche. Je lui ai proposé que celui-ci ait lieu avec l'équipe. Elle a été séduite par la démarche et par l'état d'esprit. Engagée sur un autre emploi, dans une autre entreprise, elle a finalement choisi Alma do Brasil pour y travailler ».

« A l'étranger, dans les entreprises rachetées nous insufflons la culture almatienne, souligne Sylvain Cathebras . Par ailleurs, nous ne remontons aucun dividende des filiales étrangères. Les rachats correspondent au souhait d'accroître, ainsi, l'expertise de l'entreprise. Au-delà de l'esprit coopératif, que nous faisons partager aux salariés des filiales se pose la question de la transformation de la filiale en société coopérative. Souvent, à ce stade, les difficultés naissent de l'état de la juridiction dans le domaine coopératif dans ces différents pays. »

Touche pas à ma Scop

Cette extension maîtrisée renforce le groupe coopératif. Pour accompagné sa dynamique et sa croissance, Alma devrait construire un nouveau bâtiment juxtaposant le site actuel. Ouverture prévue à l'horizon 2021. « Au-delà de nos propres besoins, souligne Laurence Ruffin, la Pdg de la Scop, nous aimerions aller plus loin, pourquoi pas en hébergeant ou en accompagnant des structures innovantes. Ce projet souligne la volonté d'ancrage territorial de la Scop et sa détermination à contribuer, avec ses partenaires et clients, à des projets dans la métropole grenobloise ».

La réussite d'Alma intéresse à l'extérieur. Pas une semaine ne se passe sans qu'une proposition de rachat ne pointe le nez. Mais les Almatiens ne sont pas prêts à vendre leur art de vivre au travail et dans l'entreprise, la maîtrise dont ils disposent de l'avenir de l'entreprise et partant de leur propre avenir. Pas de doute, Alma n'est pas à vendre. Et l'avis est unanime : « Touche pas à ma Scop ».

Jean-Paul BIOLLUZ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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