Lyon: «Scop dans ma ville», première

Près de 400 coopérateurs se sont rassemblés ce samedi 11 novembre à Lyon pour la première du Festival "Scop dans ma ville". Une initiative organisée par le Comité Départemental des Scop du Rhône et appelée à se reproduire. Avec des manifestations de ce type, les coopérateurs souhaitent faire connaître plus largement au grand public leur mouvement.

Avec Alex, la cuisine est devenue tout à la fois itinérante et coopérative. « C’était, il y a trois ans, explique le jeune homme, avec un peu de colère dans la voix. A l’époque, je voulais créer une entreprise dans le secteur de l’alimentation responsable. Personne, mais vraiment personne, que ce soit à la Chambre de Commerce et d’Industrie ou, plus largement dans n’importe quelle institution, personne ne m’a informé de l’existence des Scop. C’est comme si la coopération, ça n’existait pas. Pas de présentation en fac ou au lycée. Lorsque, j’ai suivi un stage de formation destiné à informer les candidats à la création d’une entreprise, toutes les formes d’entreprises furent évoquées : SARL, auto-entrepreneur… sauf le statut des Scop. Je ne me souviens plus précisément comment j’ai découvert les Scop, mais c’était, vraiment ce que je recherchais. »

C’est avec une camionnette et deux collègues qu’il se lançe dans l’aventure coopérative en mai 2015 en ouvrant « La Cuisine itinérante ». Depuis, la coopérative a prospéré. Elle faisait travailler 18 employés au mois d’octobre dernier. Dix autres devraient être embauchés au mois de décembre.
Devenu un militant du mouvement coopératif, Alex a tiré quelques leçons de cette mésaventure. Pour lui, pas de doute, et son expérience le confirme, la Scop est la bonne formule entrepreneuriale. Il estime qu’elle pourrait intéresser assez largement parmi les candidats à la création d’entreprises. D’où l’intérêt d’en assurer la promotion ainsi que celle du mouvement coopératif qui la porte.
C’était l’objet du premier Festival, « Scop dans ma ville », organisé ce samedi 11 septembre à Lyon.

32 Scop mobilisées

Dans la salle de La Ficelle, située sur les hauts du quartier de la Croix-Rousse, Boulevard des Canuts plus précisément, l’ambiance, est pour ce premier rendez-vous, chaleureuse, amicale et sympathique. Près de 400 coopérateurs et amis des Scop se sont, ainsi, retrouvés pour un après-midi et une soirée festifs, mais aussi des rencontres et des échanges.
Trente-deux Scop du département du Rhône, sur la centaine que compte le territoire participent à la manifestation. Chacune présente ses activités. Elles sont diverses, comme le sont les Scop. Informatique, finances solidaires, épiceries, commerce équitables… sont au rendez-vous.
Des débats animent l’après-midi. Terre de Liens explique son action, l’intérêt qu’il y a à collectiviser financièrement la terre pour permettre à de jeunes agriculteurs tournés vers une nouvelle forme d’agriculture de s’y installer. Bref, les débats vont bon train et l’ambiance est excellente.

« Ce type de manifestations est destiné à développer et à promouvoir le mouvement des Scop », souligne Laurence Ruffin, la présidente de l’Union régionale des Scop Auvergne-Rhône-Alpes. Peut-être aussi à en changer l’image.
« Les Scop ne trouvent le chemin des médias, se désole Elisa, que lorsqu’une entreprise ferme et que les salariés souhaitent la reprendre. Mais, ce n’est pas ça les Scop. Les reprises ne représentent que 10% de la création des Scop chaque année. Des jeunes décident ensemble de la création d’une Scop, des associations, de plus en plus souvent, choisissent le statut Scop. Aujourd’hui, c’est cela la réalité Scop »

Donner de la lumière au mouvement coopératif

Alors, un Festival comme celui-ci est bienvenu. « C’est, se félicite Alex, une forme heureuse de publicité. » Le jeune homme insiste. « Il faut rompre, affirme-t-il, avec nos campagnes traditionnelles si l’on veut attirer l’attention sur cette forme d’entreprenariat. Il faut donner une dimension festive à nos manifestations. C’est l’une des façons de renforcer le sentiment d’appartenance des acteurs au mouvement Scop. Il faut que les coopérateurs soient fiers de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font, auprès de leurs familles, auprès de leurs amis, plus largement encore. Et, ajoute Alex, un festival, n’est-ce pas un bon moyen pour ce faire connaître du grand public. »
Elisa, chargée de communication à l’Urscop approuve, tout en soulignant « que le rôle de la structure régionale est plus précisément de cibler les personnes susceptibles de créer un Scop et de les accompagner ». Une nécessité, bien évidemment, mais elle reconnaît aussi, « que pour élargir la notoriété du mouvement Scop, pour que les Scop deviennent visibles, il faut d’autres types d’interventions. »
A Lyon, le Festival « Scop dans ma ville » entend bien donner de la lumière au mouvement coopératif.

Sur le terrain : les comités départementaux

Le comité des Scop du Rhône a bien l’intention de poursuivre dans la ligne. A vrai dire, on peut dire que c’est grâce au comité du Rhône que ce rassemblement a pu être organisé.
Au départ, l’idée était portée par cinq ou six coopérateurs qui ont mobiliser 32 Scop pour la tenue du Festival. Une manifestation, sans doute, plus difficile à programmer auparavant, avant l’existence des comités départementaux de Scop.
La mission essentielle des Unions régionales des Scop consiste à encadrer juridiquement, et concrètement, la reprise d’entreprises sous forme de Scop ou bien la création de Scop. Elle assure parfaitement cette forme de développement du mouvement Scop.
Mais, la récente mise en place de comités territoriaux, plus proche des préoccupations des coopérateurs, mais aussi plus tournés vers le grand public permet des actions favorisant plus facilement la promotion du mouvement en direction du grand public.


« La plus grande innovation de la période »


Les comités territoriaux sont nés dans certains départements, comme l’Isère, de la volonté de coopérateurs de se donner les moyens de faire connaître et promouvoir le mouvement Scop. L’initiative a paru intéressante et correspondre à un besoin de l’époque, une période où le modèle coopératif suscite de plus en plus d’intérêt. Une autre manière de travailler, plus démocratique ; une autre manière de partager la richesse produite, plus juste ; une maitrise de l’outil de travail et de donc des conditions de travail, voilà qui parle de plus en plus aux salariés et, en particulier aux jeunes en ces temps d’intensification du travail, de souffrance au travail, de précarité généralisée, de confiscation des richesses, de misère grandissante. « Aujourd’hui, face à cette situation, la plus grande innovation, affirme Alex, c’est la Scop. » Et les coopérateurs, tiennent à le faire savoir, largement.
D’abord initiative de terrain, les comités départementaux ont gagné toute leur place lors du dernier Congrès de la Confédération générale des Scop tenu à Strasbourg au mois d’octobre dernier. Sans doute, sont-ils diversement développés sur le territoire national. Reste qu’ils devraient connaître une réelle poussée dans les années à venir et devenir l’un des fers de lance du développement du mouvement Scop.
A Lyon, le lancement a eu lieu ce 11 novembre avec le premier festival « Scop dans ma ville ». Une initiative destinée à devenir une série avec un renouvellement annuel. Comme un lieu d’échanges et de rencontres pour ancrer les Scop dans la ville et dans la vie.

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.