En 30 ans, Le Relais, groupe coopératif crée 2200 emplois solidaires

Un emploi créé par semaine depuis 1984. Une nette accélération depuis cinq ans, avec deux emplois créés par semaine. L’aventure commencée avec une poignée d’hommes, il y a près de trente ans dans un espace discret à proximité de la commune de Bruay-La-Buissière dans le Nord – Pas-de-Calais essaime aujourd’hui jusque sur le continent africain.

Le Relais, groupe coopératif, a fait travailler 2200 salariés en 2012, dont près de 450 en Afrique. Avec près de 90 000 tonnes de textiles collectées, soit 55% de la collecte nationalement, il est le Premier acteur de la collecte, du tri et de la valorisation textile en France.

Aujourd’hui, comme hier, explique son créateur Pierre Duponchel, « l’objet social de l’entreprise est de lutter contre l’exclusion par la création d’emplois ».

 

Pulls, chemises et pantalons défilent sur le tapis roulant. Celui-ci, placé en hauteur, domine l’atelier. Isabelle, Sandra, Martine….s’activent. Elles sont une dizaine tout au long de la chaîne. Là-bas, à l’autre bout de l’immense atelier aménagé dans un hangar, un autre tapis roulant, de la même manière, avance à vive allure.

Chemises, pantalons, torchons, volent. Avec habileté, les trieuses envoient les pièces récupérables dans un conteneur, les pièces à réutiliser dans la filière Métisse dans un autre, celles qui ne peuvent être recyclées et doivent être détruites dans un autre encore. L’atelier de tri, c’est le cœur du complexe du Relais installé à Bruay-La-Buissière. Le tri du textile, c’est le moteur du groupe coopératif.

 Des solutions au chômage de masse

 Une poignée d’hommes déterminés a créé le Relais en 1984 avec la conviction que pour lutter contre l’exclusion qui s’installait dans le paysage économique et social, il fallait promouvoir une activité économique efficace et performante capable de fournir une solution aux milliers de personnes laissées sur le bord de la route par la crise économique.

 Déjà, celle-ci frappait fort dans le Pas-de-Calais, au coeur du bassin minier. La fermeture des mines avait meurtri profondément ce pays devenu « le pays des fermetures d’usines. » Le chômage de longue durée, puis l’exclusion, se sont, durablement, installés dans villes et villages.

« Avec la création du Relais, nous nous sommes lancés dans un défi, explique Pierre Duponchel, son créateur. L’entreprise devait nous permettre de lutter contre l’exclusion par la création d’emploi ». 30 ans plus tard : mission accomplie.

 Au départ, l’objectif était, grâce à des activités économiques, de permettre à des personnes sans emploi de se réapproprier le travail et de reprendre le chemin d’une entreprise classique. Le Relais, aujourd’hui assure toujours cette fonction.

 Mais les responsables du Relais ont vite constaté que cette action serait insuffisante face à une crise économique sans fin. « Comment pouvions-nous dire à gens qui avaient travaillé six mois, un an, deux ans, chez nous, confie Pierre Duponchel, d’aller chercher du travail ailleurs, alors que pertinemment nous savions qu’il n’y en avait pas, qu’ils n’en retrouveraient pas et que de nouveau ils étaient condamnés à l’exclusion. Très vite nous avons cherché à créer des emplois pérennes pour répondre à ces besoins. »

 Aujourd’hui, parmi l’ensemble des salariés du Relais, les situations sont diverses. Certains demeurent dans l’entreprise quelques mois, un ou deux ans, avant de trouver un emploi ailleurs, d'autres y sont depuis le début. 60 % des salariés bénéficient de CDI, 40% de contrats d’insertion.

 La récupération textile : un vivier d’emplois

 C’est cette volonté d'offrir des solutions de court, moyen ou long terme, selon les personnes, qui poussa au développement du Relais. En quelques années Le Relais qui n’était au départ qu’une entreprise de récupération locale à Bruay-La-Buissière, s’est étendu pour devenir aujourd’hui le premier acteur de la collecte, du tri et de la valorisation textile en France.

 Cette filière dispose d’un double avantage pour répondre aux objectifs des créateurs du Relais : mener concrètement la lutte contre l’exclusion.

 D’une part, de nombreux emplois ne demandant pas une grande qualification peuvent y être proposés. C’est l’opportunité d’y faire travailler des personnes demeurées trop longtemps éloignées du monde du travail. 

 Par ailleurs, avec le temps, la filière de la récupération textile s’est affirmée comme une filière d’avenir. Cette activité s’inscrit dans une tendance de fond de notre époque. Elle est donc, et le développement du groupe coopératif le confirme, un vivier d’emplois.

 En 2012, en France, 145 000 tonnes de textiles ont été collectées sur les 700 000 tonnes mises sur le marché. Le chiffre est impressionnant. C’est peu pourtant. En vérité, deux kilos de vêtements, linge de maison et chaussures par an et par habitant sont collectés en France. La moyenne dans les autres pays d’Europe est de cinq kilos. En Allemagne, la collecte atteint, même, neuf kilos par an et par habitant.

 Au côté d’une population de plus en plus sensible à l’importance écologique de ce tri et de cette récupération, les pouvoirs publics ont pris, ces dernières années des mesures pour favoriser cette activité. La valorisation des textiles récupérés est soutenue depuis quelques années par l’éco-contribution textile. La prestation de collecte est un service totalement gratuit pour les collectivités locales et les citoyens. Ce service est rétribué par l’éco-contribution aux entreprises qui le prennent en charge. A ce titre, le Relais perçoit 69€ par tonne triée. Cette mesure a été à l’origine d’une nette progression des tonnages collectés et triés ayant entraînée une augmentation de 68,5% en cinq ans pour le Relais. Avec une répercussion importante sur les entreprises de la filière en terme d’emplois, et pour le groupe coopératif la création de 560 emplois durables.

 Un groupe coopératif d’envergure nationale…et internationale

 Une longue allée traverse la zone d’activité industrielle du Possible à Bruay-La-Buissière. Au bout, le coeur de la zone, c’est le centre du tri. Tout du long, des bâtiments se succèdent. Ce jour-là, au centre de l’allée, quatre jeunes femmes sortent de la boutique Ding Fring, où sont vendus les vêtements récupérés. Les visiteurs sont nombreux qui vont de boutiques en boutiques à la recherche de bonnes affaires. Un peu plus loin, dans un immense bâtiment, les clients trouveront les stocks de linge. Un peu à l’écart, un atelier de transformation de peinture est un héritage des débuts de l’aventure du Relais. Une cantine, un centre administratif, d’autres bâtiments encore complètent le décor. L’activité est quotidienne et intense sur l’espace historique du groupe coopératif.

 A Bruay La Buissière, mais aussi sur l’ensemble du territoire national, le groupe coopératif le Relais, c’est une ruche d’activité avec 28 Relais locaux, 14 centres de tri, 70 boutiques Ding Fring, 16 000 conteneurs, 600 véhicules. Avec 90 000 tonnes, il assure 55% de la collecte textile en France. Dans son activité le Relais est partenaire de plus de 1000 associations et opérateurs privés.

 Sur les chaînes de tri, les textiles collectés, selon leurs particularités, leur degré de conservation, prennent des chemins différents. 59,9% sont réutilisés, essentiellement vendus dans les boutiques Ding Fring, 9% servent à la fabrication de chiffons d’essuyage, 9% sont définitivement éliminés. Les 22,1% restant sont transformés en matière effilochée qui sert à la fabrication du Métisse, un isolant conçu à partir de cette opération de récupération textile fabriqué dans une usine de Billy-Berclau dans le Pas-de-Calais. Cet isolant de récupération est une innovation mise au point par les équipes du Relais.

 Outre, cette activité nationale, le groupe coopératif a exporté son expérience et s’est implanté dans trois pays africains au Burkina Faso, à Madagascar et au Sénégal. Une partie des vêtements récoltés en France sont exportés en Afrique. A ce jour, le Relais a créé dans ces trois pays plus de 450 emplois directs et plus de 3500 emplois indirects. De nombreux projets de développement dépendent sur place des activités de récupération textile : coopérative apicole, ferme de Spiruline, centre de formation pour orphelins au Burkina Faso ; production automobile, coopérative de riz et offre hôtelières solidaires à Madagascar. Cultures maraîchères au Sénégal.

 L’Union des Scop du Relais : valeurs coopératives

 D’abord entreprise d’insertion, Le Relais dont la vocation déclarée est d’être une Entreprise à But Socio-économique (EBS), un statut qui n’existe pas encore, a pris le virage coopératif au début des années 2000. Les différents centres ont alors adopté le statut Scop, le groupe devenant un groupe coopératif, l’Union des Scop du Relais. Il compte, aujourd’hui, 12 Scop.

 « La Scop, explique Pierre Duponchel, est le statut qui correspondait le mieux à ce que nous voulions faire, à la manière dont nous voulions vivre le travail et l’entreprise. C’est ainsi que nous l’avons adopté. Car avec la souplesse coopérative nous avons pu conforter nos modes de fonctionnement et la philosophie qui préside à ceux-ci. »

 « Dans les Scop du Relais, contrairement à d’autres Scop, aucun dividende n’est distribué. Ce n’est pas parce que l’on est sociétaire que l’on gagne plus, précise le Pdg. Tous ceux qui travaillent bénéficient du travail collectif de la même manière. » Un accord de participation permet de distribuer, les années où cela est possible, une partie des bénéfices à part égale aux salariés. Une année, la participation a représentée l’équivalent d’un mois de salaire. Bien, évidemment, ce n’est pas tous les ans possibles, mais, « en moyenne, depuis 10 ans, Pierre Duponchel, estime, que la participation annuelle représente 80% d’un salaire mensuel. » Cette participation est calculée à partir des activités globales du groupe et non pas centre par centre.

 Toutefois, comme dans l’ensemble des Scop, seule une partie des bénéfices, 50% au relais sont répartis entre les salariés. Les 50% restant sont réinvesti dans le groupe pour promouvoir son développement et la création d’emplois.

 L’esprit Scop, c’est aussi la démocratie très forte qui joue à plein dans les différentes structures du Relais. Un modèle d’entreprise, soulignent les responsables, qui place l’économie au service de l’homme. Des écarts de salaires réduits de 1 à 3 témoignent du fort engagement solidaire inspirant la communauté des travailleurs du Relais.

 Dans l’Union des Scop du Relais, les valeurs coopératives portent les activités et les hommes.

 Jean-Paul BIOLLUZ

 

 


 

 

Entre 2007 et 2011, l’activité du Relais a connu une importante croissance. La mise en place de l’éco-contribution textile lui a donné un coup d’accélérateur.

 En France :

 De 2007 à 2011 le chiffre d’affaires a augmenté de 143%, les investissements de 454%, les collectes de 53,2%, les emplois de 45%.

Le chiffre d’affaires est passé de 33106 K€ en 2007 à 80460K€ en 2011.

 Les collectes sont passées de 42892 tonnes en 2007 à 65705 tonnes en 2011.

 Les effectifs sont passés de 1251 personnes en 2007 à 1812 personnes.

 En Afrique :

 Les effectifs sont passés de 114 en 2007 à 273 en 2011 et à près de 450 aujourd’hui.

 

Pour plus d'informations sur l'économie sociale et solidaire: nord-social.info

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