Belgique: plus de 40 000 adhésions en moins de 100 jours pour la renaissance d’une banque coopérative

En moins de 100 jours, plus de 40 000 coopérateurs ont adhéré au projet. « Nous préparions le lancement d’une banque coopérative en Belgique depuis deux ans, souligne Bernard Bayot, l’un des initiateurs. Nous avions bien noté qu’il, existait une forte demande. Les gens nombreux souhaitent que leur engagement dans une banque corresponde à des valeurs de solidarité collant à l’économie réelle, loin du monde de la spéculation. Nous sommes toutefois surpris par la mobilisation et par l’ampleur du mouvement. » Soixante et une organisations divers, associations, syndicats s’étaient engagées dans l’opération lancée le 24 mars à Bruxelles. Elles sont plus de quatre-vingt dix aujourd’hui. Pour tous, individus qui cotise 20€ pour une part sociale, ou organisations, l’ambition est « de mettre la société au cœur de la banque. » Un vent nouveau souffle sur le monde bancaire belge.

 Le lancement public de l’opération a eu lieu à Bruxelles. Une centaine de personnes participaient à la manifestation. L’ambiance était à l’optimisme et à la mobilisation. Sans doute l’est-il plus encore aujourd’hui !

.Simplicité, participation, solidarité : « Créer un peu de bonheur avec l’argent »

 Le 24 mars, une minute après son ouverture, une première inscription avait lieu sur le site de New B.

 Avec 20 €, Fran Michiels Etterbeek, étudiante en biologie de 21 ans, présente ce jour-là au lancement, a acheté la première part de la coopérative New B. « Je n’ai pas encore beaucoup d’argent, expliquait alors la jeune fille. Les banques, la crise, ça agite ma tête. A l’université je suis responsable d’Oxfam. Nous y avons un magasin. Ce qui me séduit dans ce projet, c’est qu’enfin existe une banque durable, efficace, proche de nos pratiques. Avec les grandes banques, c’est complexe, lointain. L’idée d’une banque claire, revenant à la base, ou chacun sait ce qui se passe, cela va être positif », estime la jeune étudiante.

 Un avis partagé par l’ensemble des nouveaux coopérateurs. Ainsi, Maai Vandenplas, sage-femme à Louvain  qui « cherche une banque de ce type depuis quelques années. C’est intéressant de savoir à quoi sert notre argent, mais aussi de participer ». Mais aussi, Etienne Bedoret, travailleur en santé mentale à Bruxelles, qui considère « qu’il est important de créer une coopérative locale afin de rapprocher la banque de l’économie réelle. Cette banque permettra de récréer de la relation, du service,  et ne sera pas seulement un distributeur de produits. » Etienne espère aussi « que cette banque coopérative permettra de financer des projets de sociétés : éoliens, solaires… Ce doit être, estime-t-il, un outil de solidarité destiné à recréer un peu de bonheur avec l’argent ».

On est, décidemment, à mille lieux de l’optimalisation ou de la fraude fiscale qui font le quotidien des banques capitalistes et la crise dans nos sociétés. La NEW B assume ses valeurs et les coopérateurs y adhérent.   

 NEW B : des valeurs revendiquées

 « Les adhérents à NEW B  souhaitent, explique Bernard Bayot, Président de la coopérative New B et directeur du Réseau Financement, la création d’une banque coopérative qui sert l’intérêt général. Ils veulent une banque participative, transparente, sobre et simple qui investit dans l’économie réelle. Refusant toute spéculation, elle proposera des produits et services simples à comprendre. Elle bannira toute dépense ostentatoire ou salaire hors de proportion. La banque mettra en place des solutions innovantes pour que ses clients puissant s’impliquer. Elle veillera à rechercher une réponse à leurs besoins plutôt que de profit à tout prix. »

« En inscrivant dans son ADN ces valeurs, mais d’autres encore telles que l’insertion sociale à travers des centaines d’associations et des dizaines de milliers de coopérateurs, la sécurité, la durabilité, l’innovation, la diversité, la proximité, New B, précise Bernard Bayot, veut devenir une banque qui compte, offrant à ses clients-coopérateurs tous les produits qui leur sont utiles. »

 La nouvelle banque coopérative belge devrait voir le jour au mois de juillet, à Bruxelles, au cours de la première assemblée générale des coopérateurs. New B est pour l’instant une coopérative instituée pour mener la campagne et la mobilisation en vue de cette création d’une banque coopérative. Depuis mai 2011, un groupe d’une dizaine de banquiers et d’experts de la société civile, ont réalisé une étude de faisabilité d’une telle banque. Ils ont conclu que le projet était tout à fait réalisable si la banque acquérait suffisamment de clients et de capital et si les conditions de marché le permettaient.

L’objectif, pour rendre le projet possible, était, le 24 mars, de rassembler 10 000 coopérateurs donnant chacun 20€ au terme d’une campagne de 100 jours. C’est chose faite et bien au-delà. D’ici fin juin, plus de 60 réunions auront été tenues dans de nombreuses villes belges avec, à chaque fois, une participation estimée entre 60 et 120 personnes.

 Coopératives bancaires : le retour

 L’intérêt pour l’initiative est immense. La petite musique coopérative que les promoteurs du projet avaient perçu se révèle être un mouvement de fond. Une révolution en Belgique. Ou plus précisément un renouveau.

Car si la Belgique ne dispose plus d’aucune banque coopérative ce ne fut pas toujours le cas. En effet, ce modèle était très répandu il y a encore une vingtaine d’années dans la société belge. Chaque secteur disposait de sa banque coopérative : les catholiques, les socialistes, les paysans,… Des banques qui comptaient chacune 800 000 coopérateurs. Elles ont toutes disparues à la fin des années 80 ou au début des années 90.

« L’idée s’est imposée à l’époque, que la banque à papa, c’était terminée, explique Bernard Bayot, qu’il fallait des rendements à deux chiffres, des produits innovants,… » Syndicats, coopérateurs, personnes ne s’est alors levé contre cette idéologie libérale. Celle-ci a triomphé faisant place nette. Même les banques publiques se sont fondues dans le milieu capitalistique.

Les socialistes ont vendu la Codep à Delta Lyod. Le mouvement chrétien a conduit Bacob à s’allier avec le Crédit communal de Belgique pour former Dexia. Cera, une banque coopérative des milieux ruraux crée en 1860, a été transformée en une holding de banques classiques sous le nom KBC. 

Du côté des banques publiques, l’évolution a été la même. La Caisse Générale d’Epargne et de Retraite a fusionné avec la Générale de Banque pour devenir Fortis. Le Crédit Communal avec Bacob a donné Dexia. Le Crédit à l’Industrie et le Crédit professionnel ont été privatisés. Ainsi ont disparu toutes les banques dont les activités profitaient plus ou moins à l’intérêt général.

 C’est bien pour rétablir l’intérêt général au service de la société et des citoyens dans le milieu bancaire que New B a vu le jour. Le mouvement d’adhésion à la nouvelle coopérative semble bien indiquer que la société civile et une partie des citoyens belges attendaient ça. L’esprit coopératif est de retour dans le système bancaire belge.

 Pour plus d’informations : http://www.jeprendspart.be    et   http://www.nord-social.info/

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