La France : vers une démocratie «illibérale» ?

Le 4 février 2019, le parquet de Paris a voulu perquisitionner les locaux de Mediapart. Perquisition politique dans les locaux d'un média dont les informations dérangent ?

La perquise

Cette tentative de perquisition (qui est en soi une nouvelle « affaire ») a fait d'emblée l'objet sur le site de Mediapart d'un article et d'une conférence de presse de la rédaction, a été largement relayée par la sphère médiatique française publique comme privée, et a été largement commentée par l'opposition.

Cette démarche du parquet s'inscrivait dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte pour atteinte à la vie privée dans l'affaire Benalla, suite aux révélations de Mediapart le 31 janvier.
L'article souligne qu'une telle démarche a lieu « pour la première fois dans l’histoire de Mediapart » (c'est-à-dire depuis 2008).
Et ceci alors même que Rémy Heitz, l'actuel procureur de Paris nommé en novembre 2018, a été choisi avec soin par Emmanuel Macron. 

Une question reste entre autres à résoudre (dont je n'ai pas la réponse) : pourquoi le parquet a-t-il lancé cette perquisition, alors qu'il savait pertinemment que, faute de décision conjointe du JLD (Juge des Libertés et de la Détention) autorisant à procéder à une perquisition sans l'accord de la personne, Mediapart allait s'y opposer, tout en lui donnant le retentissement médiatique maximal ?

mediapartconf


La loi sur le contrôle des médias

Cette interventionnisme du gouvernement fait penser à la loi dite « contre les fake news », à savoir la loi sur la lutte contre la manipulation de l'information promulguée le 22 décembre (qui comprend en fait deux lois : une loi tout court pour les élections en général, et une loi dite « organique » pour les élections présidentielles).

Le texte

Cette loi vise les périodes électorales, et est censée combler les lacunes des textes existants (loi du 29 juillet 1881, code électoral, loi de 2004 pour la confiance dans l'économie numérique) en matière de propagation de nouvelles par les réseaux sociaux, et tout particulièrement dans le cas d'une plateforme de communication « contrôlée […] par un État étranger ou placée sous l'influence de cet État ».
Elle vise donc en premier chef d'une part les trolls et les bots lancés sur les réseaux sociaux par la Russie, d'autre part les médias financés par la Russie (à savoir RT France et Sputnik).

Admettons que la législation puisse avoir besoin de se mettre à jour pour tenir compte de l'influence qu'ont prise les réseaux numériques.
Mais les dispositions ont à juste titre inquiété les partisans de la liberté de la presse.
Ainsi, la possibilité d'un recours en référé lorsque « des allégations ou imputations inexactes ou trompeuses d'un fait […] sont diffusées […] par le biais d'un service de communication au public en ligne ».
Ou l'article disposant que « Le Conseil supérieur de l'audiovisuel peut rejeter la demande […] d'une convention si la diffusion du service de radio ou de télévision comporte un risque grave d'atteinte […] au caractère pluraliste de l'expression des courants de pensée et d'opinion »

fake-news

« Allégations inexactes » ?

Pour s'en tenir à l'actualité de ces jours-ci, les médias français ont repris l'information du Sunday Times selon laquelle un plan secret d'évacuation de la Reine est prévu en cas d'émeutes, si la Grande-Bretagne et l'UE ne parvenaient pas à un accord d'ici fin mars pour le Brexit. Cette information est certes destinée à montrer les risques qu'encourent les vilains peuples qui veulent quitter l'UE, mais comment nos chers médias feraient-ils pour attester de sa véracité si on le leur demandait ? Et comment le juge des référés pourrait-il se prononcer sur l'authenticité d'une telle information en 48 heures, sauf à exciper de la fiabilité -ou non- du premier média publicateur, ce qui ouvre la porte à toutes sortes d'appréciations plus ou moins arbitraires ?

Conseil supérieur de l'audiovisuel ?

Cette instance n'est peut-être pas garante d'une objectivité idéale en matière politique, dès lors que la moitié de ses membres (3 sur 6) sont désignés par président de l'Assemblée nationale, l'autre moitié par le président du Sénat, et son président par le président de la République (ainsi l'actuel président vient d'être nommé le 2 février par Emmanuel Macron).

Médias contrôlés par un État étranger ?

RT France et Sputnik ont au moins un mérite : ils assument leur dépendance financière et éditoriale vis-à-vis de Moscou. Tout en préservant habilement une certaine liberté de parole, la propagande à la soviétique ayant laissé la place au soft power.
Et c'est le gouvernement Macron, de par la façon dont il a traité le mouvement des Gilets Jaunes, aidé par les médias mainstream ( enroués à force de répéter « le mouvement s'essouffle » ou « la manifestation a dégénéré »), qui a déroulé un tapis rouge à ces médias, maintenant bien implantés dans les esprits de la « France périphérique ».

Mais tant qu'à faire, on aimerait que soient également ciblés par la loi les médias possédés par des milliardaires, la sphère Arnault-Bolloré-Bouygues-Dassault-Drahi-Lagardère-Niel-Pigasse-Pinault n'étant pas nécessairement plus favorable au peuple français que la « russosphère »… Les rédacteurs et les éditorialistes mainstream écarteront cette remarque d'une pichenette en se drapant dans leur libre arbitre (auquel ils tiennent d'ailleurs sûrement avec sincérité, c'est un débat d'une autre nature), et pourtant on ne peut qu'être étonné de voir les titres de la plupart des médias français apparaître, se mouvoir et disparaître de concert, tout comme un banc de poissons (médias publics inclus).

Allo, Laurent Mauduit ?...

Les récentes réflexions de M Macron sur les médias

Les révélations du Point

Emmanuel Premier avait invité le 31 janvier une poignée de journalistes triés sur le volet pour un entretien à la Cour. Une première depuis le début du quinquennat, qui a dû grandement flatter les invités de BFMTV (possédé par Drahi), Libération (possédé aussi par Drahi), Le Figaro (possédé par Dassault), Le Point (possédé par Pinault) ou Paris Match (possédé par Lagardère).
Ils ont donc tous relayé avec révérence les messages du souverain.
Tous, sauf Beretta, qui s'est autorisé à dégainer deux articles iconoclastes sur le site de son journal, Le Point (dont il faut reconnaître que c'est un des médias mainstream les moins pires). Ces articles n'ont évidemment pas échappé à Laurent Mauduit.

On peut lire dans l'article intitulé Macron : « Éric Drouet est un produit médiatique » :

  • « Pour [Macron], c'est à partir d'avril ou mai 2018 que "l'éditorialisation de la vie politique a changé" ».

Chacun a en tout cas en mémoire que c'est grâce au chœur des médias français qu'il a été élu en mai 2017, que l'Assemblée nationale a suivi en juin 2017, et qu'il a pu mener souverainement sa première année de mandat. Le facteur catalytique du désamour des médias, quelles que soient ses racines, a été l'affaire Benalla en juillet 2018. Et ce n'est pas la révélation du comportement de Benalla en lui-même, qui a provoqué cette crise, mais c'est la réaction de l'Elysée, d'abord bêtement jupitérienne, puis stupidement provocatrice.

  • « Les quotidiens, quels qu'ils soient, ne font plus l'actualité, constate-t-il. Ils suivent les chaînes d'information en continu qui, de plus en plus, suivent les réseaux sociaux. Or, vous pouvez manipuler les débats. […] cela veut dire que l'une des fonctions qu'ont les journalistes qui est justement de hiérarchiser ce qui, dans l'information, est accessoire et ce qui est important ou a du sens a été abandonnée. […] Or, dans l'affaire Benalla comme Gilets jaunes, la fachosphère, la gauchosphère, la russosphère représentent 90 % des mouvements sur Internet. […] Ce mouvement est fabriqué par des groupes qui manipulent, et deux jours après, ça devient un sujet dans la presse quotidienne nationale et dans les hebdos. »

On espérait qu'Emmanuel Premier aurait appris quelque chose de l'affaire Benalla puis de la crise des Gilets Jaunes. On voit qu'il n'en est rien. Il se présente comme la pôvre victime de « la fachosphère, la gauchosphère, la russosphère », et convoque donc les médias mainstream pour leur suggérer d'y mettre bon ordre. Non pas sur le mode autoritaire, nous ne sommes plus sous De Gaulle ou Pompidou, mais certainement avec l'aisance relationnelle qu'on lui connaît et qui lui a valu de gravir si vite autant d'échelons.

Et on peut lire dans l'article intitulé Macron : Élysée Confidential :

  • « Emmanuel Macron se dit "inquiet du statut de l'information et de la vérité" dans notre démocratie. Selon lui, il est urgent de rétablir des "tiers de confiance" et "accepter la hiérarchie des paroles" »
    [...]
    « Il y a des activistes politiques qui ont été formés à manipuler les réseaux sociaux, souligne-t-il. Les chaînes d'info considèrent que ce qui fait événement sur les réseaux sociaux doit être relayé à l'antenne. Et ce qui fait événement sur les chaînes d'info se retrouve deux jours plus tard dans la presse écrite. Or, à l'origine, les réseaux sociaux sont manipulés par les extrêmes qui se surmobilisent. »
    [...]
    « les violences des samedis qui sont, à ses yeux, des violences organisées par l'extrême droite comme l'extrême gauche et qui ont « dès le début instrumentalisés cette affaire »
    [...]
    « Comment recrédibiliser les médias et faire la part du vrai et du faux ? s'interroge-t-il. "Le bien public, c'est l'information. [...] Il faut s'assurer qu'elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l'information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. Cette rémunération doit être dénuée de tout intérêt. Mais quelque part, cela doit aussi venir de la profession." »

Miniver

ministry-of-truth
Le 20 novembre 2018, au nom du groupe La France Insoumise, Michel Larive présentait à l'Assemblée une motion de rejet au texte de loi visant à lutter contre la manipulation de l’information. Il s'y inquiétait de « la mise en place d’un "Ministère de la Vérité ou de la Censure" ».

Le 4 février, dans Le Point, un éditorial d'Étienne Gernelle, directeur de l'hebdomadaire, titrait Macron ou la tentation de la « Pravda », et relevait qu'au cours de la rencontre rapportée plus haut, « le président de la République a exprimé une vision de l'information étonnamment orwellienne ». Plus loin, il enfonçait le clou : « on songe à 1984, de George Orwell, et à la description qui y est faite du "Miniver", ou ministère de la Vérité, en réalité un organe de mensonge d'État » (tout en précisant qu'on n'en est qu'à « un mini-Miniver »).

François Guizot

François GUIZOT François GUIZOT
Outre la référence géopolitique à la Pravda et la référence fictionnelle au Miniver, permettons-nous une référence historique française. En effet, les propos d'Emmanuel Macron évoquent quasiment à la lettre les réflexions de François Guizot, qui investit la vie politique du XIXème siècle à partir de 1814, se prétendant « au centre », ni du côté de l'absolutisme monarchique ni du côté de la démocratie républicaine, et qui fut ministre sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), avant de se faire expulser par la révolution de 1848.

Il a régulièrement fait part en frissonnant des dérives auxquelles la liberté de la presse pouvait mener le petit peuple ignorant. Citons par exemple :

Quelques idées sur la liberté de la presse, François Guizot, 1814 :
« Quand les lumières sont encore très peu répandues, la licence de la presse devient donc un véritable obstacle à leurs progrès; les hommes peu accoutumés à raisonner sur certaines matières , peu riches en connaissances positives, reçoivent trop facilement l'erreur qui leur arrive de toutes parts, et ne distinguent pas assez promptement la vérité qu'on leur présente ; de là naissent une foule d'idées fausses, indigestes, de jugements adoptés sans examen, et une science prétendue d'autant plus fâcheuse , que, s'emparant de la place que devrait tenir la raison seule, elle lui en interdit longtemps l'accès. C'est de cette science si mal acquise que la révolution nous a prouvé le danger; c'est de ce danger que nous devons nous défendre. »

Discours du 3 mai 1819 de François Guizot à la Chambre des députés :
« Si une garantie n’était exigée des journaux, il serait très facile de s’en servir pour entretenir et pour répandre, dans une classe nombreuse de bons citoyens, des préventions et des erreurs dangereuses non seulement pour l’intérêt public, mais pour les intérêts de ceux-là mêmes qui seraient le plus enclins à les adopter aveuglément »

Discours du 8 novembre 1830 de François Guizot à la Chambre des députés :
« Le cautionnement [la caution que tout propriétaire de journal devait déposer en hypothèque] garantit que les éditeurs des journaux sont des hommes qui appartiennent à une classe un peu élevée dans la société, et il prouve l’importance de l’opinion qu’un journal représente, le prix que cette opinion attache à être représentée. Le cautionnement a pour objet de placer la direction et la responsabilité de la presse périodique dans une sphère élevée, d’empêcher que la rédaction ne puisse tomber dans les mains du premier venu ».

Donc l'histoire se répète : ceux qui souhaitent gouverner sans s'encombrer du petit peuple poussent des cris d'orfraie face aux réseaux sociaux, tout comme il y a deux siècles leurs prédécesseurs en poussaient face à une presse trop libre.

 

La loi sur la restriction des manifestations

Un autre texte qui porte à polémique est la proposition de loi visant à prévenir les violences lors des manifestations et à sanctionner leurs auteurs, dite « loi anti casseurs ». 

Ce texte, initié en juin 2018 par la droite (à savoir par Bruno Retailleau et le groupe LR du Sénat), a été mis en avant par le gouvernement après avoir été mis de côté en octobre dernier.
Il a été un peu tempéré (suscitant donc l'indignation de la droite, qu'on retrouve enfin telle qu'on la connaît), mais fait toujours l'objet de contestations de la part des partis de gauche, ainsi que de réticences de la part de nombreux médias, notamment concernant l'interdiction administrative (= décidée par le Préfet) de manifester.

Là aussi, d'autres textes ont suscité des polémiques analogues dans l'histoire française, y compris dans l'histoire récente :

François Mitterrand le 29 avril 1970 © Jean-Paul Richier

Et un certain nombre de députés de LREM ont même pris leur distance vis-à-vis de cette proposition de loi (par exemple Matthieu Orphelin, Sonia Krimi, Aurélien Tache, Delphine Bagarry, Martine Wonner…). Les députés En Marche ne seraient-ils pas tous des godillots ?

En Marche © Jean-Paul Richier

La frange contestataire de LREM, elle-même hétérogène, avait déjà timidement fait parler d'elle, par exemple à propos de certaines mesures sociales, à propos du dossier immigration, ou encore à propos de la laïcité. Au terme de la déculottée que le mouvement des GJ a imposé au gouvernement, elle s'exprime avec un peu plus d'assurance, mais reste minoritaire, et se défend d'être un mouvement « frondeur ».

Frondeur © Jean-Paul Richier

Bref, ce texte repasse aujourd'hui à l'Assemblée et va être adopté, même si le Palais Bourbon souhaite ne plus passer pour la « chambre d'enregistrement » de l'exécutif.

Euh, et les perquisitions à La France Insoumise ?...

On lit dans l'article de Mediapart consacré à sa perquisition :
« Mediapart, indigné de cette manœuvre, a refusé la perquisition »
« Mediapart ne compte pas se laisser intimider par les protagonistes de cette affaire ni par le parquet. »

Rappel

Les mauvais esprits se rappelleront les perquisitions menées en octobre 2018, ayant mobilisé des dizaines de policiers pour passer au peigne fin les sièges de deux partis d'opposition (La France insoumise et le Parti de gauche) et les domiciles de neuf personnes (dont Mélenchon).

Une telle procédure aurait eu lieu au Venezuela, les médias français auraient sauté en l'air en poussant des cris d'orfraie, mais là ils s'étaient contentés de passer en boucle et de commenter en boucle les réactions de Mélenchon. Les réactions de ce dernier n'étaient certes pas toutes forcément adaptées, mais on aurait aussi aimé entendre davantage nos médias sur l'opportunité d'un tel déploiement de force dans le cadre de deux enquêtes préliminaires ouvertes par le parquet de Paris, l'une sur l'emploi d'assistants d’eurodéputés, l'autre sur les frais de campagne lors de la présidentielle.

Et Mediapart, comment avait-il traité l'affaire ?

Si le jour même Antton Rouget s'en était tenu à un exposé des faits documenté, Pauline Graulle avait titré Perquisition à La France insoumise: Mélenchon politise l’affaire, laissant entendre que le fond de l'affaire n'était pas politique.
Et, ironie du sort, Fabrice Arfi, le premier journaliste de Mediapart impliqué dans l'enquête sur Benalla, avait alors maladroitement cautionné (en tout cas dans l'esprit de maints lecteurs) les perquisitions visant la France Insoumise. Il avait en effet signé deux jours plus tard un article titré Perquisitionné, Jean-Luc Mélenchon tord les faits et la République, et surtout cosigné trois jours plus tard (avec hélas Antton Rouget, et Michel Deléan) un article titré Les premières découvertes des perquisitions Mélenchon.

Cet article révélait donc « de surprenantes découvertes » :

  • « La première est la proximité de Jean-Luc Mélenchon et de la communicante Sophia Chikirou, au cœur des investigations, qui se trouvait au domicile de l’ancien candidat mardi matin à l’aube. »

mediapartcloser

  • « La seconde », continuait l'article, « est la découverte de plus de 12 000 euros en liquide au domicile d’un des plus anciens proches du leader insoumis » 
          
    Vous vous rendez compte, 12 000 €, alors que le pôvre président de l'Autorité des Marchés Financiers (organisme administratif agissant au nom de l'État) ne perçoit que 19 914 €/mois, et en brut !

Force est de reconnaître que si je n'étais pas « lié » à Mediapart par mon blog, j'aurais songé à quitter le navire...
Que Mediapart (ou certains de ses dirigeants) soit idéologiquement opposé à LFI et Mélenchon, pourquoi pas, c'est son droit, mais disons qu'il y a des manières de le faire clairement et correctement.
Bon, heureusement, dans un article du 17 octobre, François Bonnet, un des fondateurs de Mediapart, avait consacré un article sur « cette anomalie française : un parquet toujours assujetti au pouvoir exécutif », confirmant « les soupçons sur l’impartialité de la justice ». 

Alors ?

Pauline Graulle va-t-elle titrer « Perquisition à Mediapart : Plenel politise l’affaire ? »

Fabrice Arfi va-t-il titrer « Perquisitionné, Edwy Plenel tord les faits et la République ? »

Et au fond, si les policiers avaient disposé d'une décision du JLD leur permettant de pénétrer de force dans les locaux de Mediapart, peut-être aurait-on entendu Fabrice Arfi vitupérer « le Journalisme, c'est moi ! », ou Edwy Plenel fulminer « ma personne est sacrée ! »tongue-out

 

Bref,

Et ce même 4 février, tout ce que trouvait à faire la patrie-des-droits-de-l'homme, c'est de s'ingérer dans les affaires intérieures du Venezuela, déclarant par la voix d'Emmanuel Premier « La France reconnaît Juan Guaido comme "président en charge" pour mettre en œuvre un processus électoral. »

guidomacron

Le Venezuela est en proie à des difficultés majeures, pour partie en rapport avec la gestion économique et monétaire du pays par le régime chaviste trop axée sur la rente pétrolière, mais également dues à la politique délibérée des États-Unis depuis des années pour éliminer un régime qui lui tient tête, avec la mise en oeuvre d'un blocus financier et commercial délétère. Fin 2016, un excellent article retraçait son parcours semé de convulsions, lesquelles allaient s'aggraver avec l'arrivée début 2017 de Donald Premier au pouvoir.

Divers pays du monde instrumentalisent cette crise pour régler leurs comptes politiques et géopolitiques, avec notamment d'un côté le triangle Trump-Bolsonaro-Duque, de l'autre côté le triangle Poutine-Erdogan-Rohani.
La France, ainsi que maints autres États européens, se déshonore en s'immisçant ainsi dans les affaires intérieures d'un pays. Bien entendu, ce sont les droits de l'homme et seulement les droits de l'homme qui suscitent cette mobilisation internationale inédite, et surtout pas le fait que le Venezuela dispose des plus importantes réserves de pétrole au monde...
Ce pays en grande difficulté économique et politique a peut-être besoin d'une médiation, mais certainement pas d'injonctions attisant le risque de guerre civile.

Que M Macron s'occupe donc plutôt de son pays, si toutefois il parvient un jour à le comprendre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.