Inculture taurine

Tout est dans le titre.

En 2011, la corrida avait été recensée dans l'inventaire du Patrimoine culturel immatériel (PCI) français du Ministère de la Culture.
Le 1er juin 2015, la Cour d'appel administrative (CAA) de Paris constatait : « la décision d'inscription de la corrida à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France doit être regardée comme ayant été abrogée ».
Le 27 juillet 2016, le Conseil d'État déclarait irrecevable le pourvoi de l'ONCT (Observatoire national des cultures taurines) et l'UVTF (Union des villes taurines de France) contre cet arrêt de la CAA.

Suite à chacune de ces deux décisions, le petit monde de la corrida s'est mis à piauler des sornettes.
 
Voici deux petites interventions de Corentin Carpentier, président des Jeunes Aficionados Nîmois.
Deux séquences tirées du 19/20 Pays gardois de Fr3 Languedoc-Roussillon, l'une début juin 2015, l'autre début août 2016.
Deux séquences tournées devant les arènes de Nîmes, avec à l'arrière-plan de la première le bronze que les aficionados ont coulé en hommage à Montcouquiol.
Bref, deux séquences de 22 secondes où le pitchoun répète les mêmes bêtises, mais avec une chemise différente.
 


 

 
Dans la première, on a : « la France a signé en 2003 la Convention de l'Unesco sur le PCI, et il est inscrit dans cette Convention qu'on peut retirer un patrimoine culturel seulement s'il a disparu ».

Dans la deuxième, on a : « en 2005 la France a signé et ratifié la Charte du PCI, et dans cette Charte il est inscrit que pour radier une culture du PCI il faut avoir constaté sa disparition ».
 
Passons sur le fait que ce n'est ni en 2003, ni en 2005 que la France a approuvé la Convention de 2003, mais en juillet 2006 ; et passons sur l'emploi du terme « charte ».
Mais le petit Corentin tient décidément à exposer son amusante inculture.
 
1. Non seulement il confond deux processus :

- le processus national (ici français) de recensement à l'inventaire du PCI, simple préalable ;

- le processus international d'inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l'Unesco (ou sur la Liste de sauvegarde urgente), qui est le véritable processus officiel, opéré par le Comité intergouvernemental de sauvegarde du PCI lors de ses sessions annuelles.
 
2. Mais de plus, il dit des sottises.

- Premièrement, à l'échelon national, il n'existe aucun cadre procédural contraignant concernant la gestion par les pays de leurs listes d'inventaires. L'article 12.1. de la Convention de 2003 énonce simplement « Pour assurer l’identification en vue de la sauvegarde, chaque Etat partie dresse, de façon adaptée à sa situation, un ou plusieurs inventaires du patrimoine culturel immatériel présent sur son territoire. Ces inventaires font l’objet d’une mise à jour régulière. », point barre.

- Deuxièmement, à l'échelon de l'Unesco, il n'est nullement fait mention dans la Convention elle-même des conditions de retrait d'une pratique culturelle.
Et dans les Directives opérationnelles pour la mise en œuvre de la Convention de 2003, le paragraphe 40 stipule « Un élément est retiré de la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par le Comité lorsqu’il estime qu’il ne remplit plus un ou plusieurs des critères d’inscription sur cette liste ». Donc, même des pratiques inscrites sur la liste officielle de l'UNESCO pourraient être retirées.
 
Le pitchoun a une excuse : son maître à penser est André Viard, président de l'association de lobbying taurin intitulée « Observatoire National des Cultures Taurines ».
Cette association s'est en effet fendue :

- d'un communiqué début juin 2015, en réaction à l'arrêt de la CAA, où on peut lire : 
« conformément aux termes de la Convention de 2003 ratifiée par la France, seule son extinction dans les faits peut entraîner la disparition du PCI d’une culture inventoriée. »

- d'un communiqué fin juillet 2016, en réaction à la décision du Conseil d'État, où on peut lire :
« conformément à la convention de l'UNESCO de 2005, l'unique possibilité existante pour retirer une culture inscrite du PCI est de constater la disparition de celle-ci ».
(on note en prime les mêmes approximations fluctuantes, avec la « convention de l'UNESCO » qui passe en 2005, alors qu'elle a été adoptée par la Conférence générale de l'Unesco en 2003 puis est entrée en vigueur en 2006).
 
Décidément non, la culture n'est pas le fort des « addictionados ».

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