mot de passe oublié
1 euro 15 jours

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Accédez à l'intégralité du site en illimité, sur ordinateur, tablette et mobile à partir d'1€.

Je m'abonne
Le Club de Mediapart jeu. 29 sept. 2016 29/9/2016 Dernière édition

Fact checking : Jacques Attali est-il fiable ?

Jacque Attali est connu pour se poser en professeur hautain vis-à-vis de ses contradicteurs. Malheureusement pour lui, une intervention télévisée ce 5 septembre ne laisse le choix qu'entre deux hypothèses :

- soit il ment de façon éhontée,

- soit il ne connaît rien à l'Union Européenne.

A chacun de conclure.


 Ce-soir-ou.jpg

La rentrée n'a pas que des mauvais côtés : c'est le retour de Ce soir (ou jamais).

Hélas, peut-être pour auto-illustrer le thème de cette première émission de septembre (la rentrée la plus catastrophique de la Ve République), Fred Taddéi a démarré d'emblée sur le bouquin de Mlle Massonneau-Trierweiler. Ce soir (ou jamais) est un talk-show dont on attend qu'il évacue la mousse de l'actualité, pas qu'il la fasse encore plus mousser.

Des invités (Jacques Attali, Mara Goyet, Coralie Delaume, Etienne Chouard) ont heureusement balayé d'un revers de la main ce non-événement.

Marcel Gauchet, décevant sur ce coup, nous a joué l'air de "ça ne devrait pas avoir d'importance mais ça va en avoir".

Rober Hue a parlé pour ne rien dire. Tout au long de l'émission, sa capacité à parler pour ne rien dire a juste été époustouflante. Et pourtant j'ai à priori de la sympathie pour un fils d'ouvriers. Quand je pense qu'il a été président du PCF...

Cécile Philippe parle aussi pour ne rien dire, mais on va dire que c'est ce qui la définit.

On aurait d'ailleurs aimé que M Hollande, au sommet du Conseil de l'OTAN, balaie aussi d'un revers de main la question du chef adjoint du service politique d'Europe 1 (on a les journalistes qu'on mérite) sur le bouquin de son ex-compagne, au lieu de se croire obligé d'y répondre en se drapant dans sa dignité.

 

Mais venons-en aux propos de Jacques Attali, plus loin dans l'émission, à l'occasion d'une controverse avec Étienne Chouard. 

Attali-05-09-2014.jpg

 

La confrontation était intéressante. Jacques Attali a ses entrées dans le monde économico-politico-médiatique, dont il est un habitué de longue date. Étienne Chouard a acquis sa cyber-notoriété grâce à ses prises de positions documentées pour le "non", lors du référendum de 2005 sur le traité établissant une constitution pour l'Europe (qui connut le destin que l'on sait). C'était une des occasions où l'on avait pu constater, en ce début du XXIe siècle, qu'Internet pouvait l'emporter contre les médias dominants.

Étienne Chouard, à 1:02:20, critique durement la Banque Centrale Européenne "dont la lutte unique est contre l'inflation, et quand on se bat contre l’inflation, on le paie en chômage".

Je ne m'engagerai pas dans un débat sur la validité de la courbe de Phillips (relation inverse entre inflation et chômage) telle que popularisée par Samuelson et Solow ou revisitée par Friedman et Phelps. Observons toutefois que la stagflation qui s'installa au cours des années 70 a contredit cette courbe, et que la globalisation et la financiarisation de l'économie ont généré des facteurs de variation, tant de l'inflation que du chômage, qui invalident une relation linéaire, fût-elle verticale. Anatole Kaletsky, éditorialiste économique du Times, l'a illustré (4:25) lors de la conférence inaugurale de l'Institute for New Economic Thinking (“Economics in Crisis and The Crisis in Economics”) à Cambridge, en avril 2010.

Mais je voudrais simplement me concentrer sur la réponse de M Attali, qui interrompt d'emblée M Chouard :

"mais c'est le contraire, mais c'est le contraire, c'est écrit dans les statuts"

É. Chouard continue :

"la BCE, elle se bat juste contre l'inflation"

J. Attali rétorque :

"Absolument pas ! si vous aviez lu son statut, vous sauriez que la mission de la BCE c'est de lutter contre l'inflation ET pour la croissance"

É. Chouard s'en étouffe : "pas du tout, …pas du tout, …mais enfin c'est une blague ,…vous n'avez pas de quoi vérifier, là ?… c'est extravagant", cependant que J. Attali assène, imperturbable "vous n'avez pas lu les statuts, … je vous renvoie aux statuts, …vous n'avez pas lu les statuts …", puis enchaîne :

"Les statuts de la BCE prévoient clairement que la mission de la BCE est de lutter contre l'inflation dans le cadre du préambule du même traité qui définit la banque centrale qui lui même donne comme mission de lutter contre le chomage et pour la croissance. C'est écrit noir sur blanc."

Ah, chouette, chacun nous renvoyant aux mêmes textes précis, on va pouvoir savoir qui dit n'importe quoi. En voiture !

 

Article 127 du TFUE (Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne), dans le cadre du chapitre "Politique monétaire" :

1.   L'objectif principal du Système européen de banques centrales, ci-après dénommé «SEBC», est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l'Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l'Union, tels que définis à l'article 3 du traité sur l'Union européenne. Le SEBC agit conformément au principe d'une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, en favorisant une allocation efficace des ressources et en respectant les principes fixés à l'article 119.

2.   Les missions fondamentales relevant du SEBC consistent à:

- définir et mettre en œuvre la politique monétaire de l'Union ;

- conduire les opérations de change conformément à l'article 219 ;

- détenir et gérer les réserves officielles de change des États membres ;

- promouvoir le bon fonctionnement des systèmes de paiement.

 

Article 282 du TFUE, dans le cadre de la section "La banque centrale européenne") :

1.   La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales constituent le Système européen de banques centrales (SEBC). La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales des États membres dont la monnaie est l'euro, qui constituent l'Eurosystème, conduisent la politique monétaire de l'Union.

2.   Le SEBC est dirigé par les organes de décision de la Banque centrale européenne. L'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de cet objectif, il apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l'Union pour contribuer à la réalisation des objectifs de celle-ci.

 

Chapitre II (Objectifs et missions du SEBC) du Protocole n°4 sur les statuts du Système européen de banques centrales et de la Banque Centrale Européenne (annexé au TUE, traité sur l'Union européenne et au TFUE, traité sur le fonctionnement de l'Union européenne).

Il reprend simplement l'article 127 du TFUE ci-dessus :

Article 2 : Objectifs

Conformément aux articles 127, paragraphe 1, 282, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, l'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l'Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l'Union, tels que définis à l'article 3 du traité sur l'Union européenne. Le SEBC agit conformément au principe d'une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, en favorisant une allocation efficace des ressources et en respectant les principes fixés à l'article 119 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.

Article 3 : Missions

3.1.   Conformément à l'article 127, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, les missions fondamentales relevant du SEBC consistent à:

- définir et mettre en œuvre la politique monétaire de l'Union ;

- conduire les opérations de change conformément à l'article 219 dudit traité ;

- détenir et gérer les réserves officielles de change des États membres ;

- promouvoir le bon fonctionnement des systèmes de paiement.

 

Il apparaît donc clairement que "l'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix". Mais alors à quoi se réfère M Attali quand il dit que cet objectif s'entend "dans le cadre du préambule du même traité qui définit la banque centrale qui lui même donne comme mission de lutter contre le chomage et pour la croissance" ? On se demande, car les préambules du TEU ou du TFEU ne font aucune référence à la BCE. Allez, soyons beau joueur, et admettons que Monsieur le donneur de leçons se soit emmêlé les pinceaux et ait voulu faire référence à l'article 3 du TUE, auquel se réfèrent l'article 127 du TFUE et l'article 2 du Protocole n°4 lorsqu'ils précisent : "Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l'Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l'Union, tels que définis à l'article 3 du traité sur l'Union européenne"

Cet article 3 du TUE énonce notamment dans le 1er alinéa de son paragraphe 3 : "L'Union établit un marché intérieur. Elle œuvre pour le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social".

Mais cet article, s'il fait (abstraitement) mention de la "croissance économique" et du "plein emploi", est invoqué sous la réserve capitale : "sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix". Ce qui en bon français signifie "sans faire tort à, sans renoncer à, sous réserve de" (voir "B" de http://www.cnrtl.fr/definition/préjudice).

 

Donc les statuts de la BCE sont clairs : sa priorité est de lutter contre l'inflation, point barre.

Chouard : 1 - Attali : 0

 

Devant un tel aplomb à mentir, le pauvre Etienne Chouard, qui contrairement à Jacques Attali n'est pas rompu à ce genre d'exercice, en reste interloqué.

Dame, quand Attali le roi des Huns assène son point de vue, il n'est pas question que les Hautres s'expriment.

Etienne Chouard est meilleur à l'écrit qu'à l'oral, comme en général ceux qui attachent plus d'importance au contenu de ce qu'ils disent qu'à la manière dont c'est dit. Je n'ai donc, à titre personnel, aucune leçon à lui donner ;-) !

Cet échange m'a furieusement rappelé le débat entre ouiouistes et nonistes ayant précédé le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen...

Enfonçons le clou en citant Jacques Attali dans cette même émission trois-quarts d'heure plus tôt (19:57) : "Il y a un tel sentiment de rage contre la classe politique, gauche et droite confondues, qui ne sait pas expliquer l'Europe. Moi je suis pour l'Europe, mais on l'explique affreusement mal."

Heureusement, des gars honnêtes et compétents comme lui vont réconcilier les Français avec l'Europe.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

D'accord avec tout sauf
Chouard 1 Atalli 0

Parce qu'avec toute l'influence Attali (nombre de passages et enfûmages télé , Gouvernementaux, vististes du soir, etc.....son Sarko-Vallso-Lepeno-Holandisme) c'est un -10000 son score.