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Billet de blog 10 févr. 2014

ONU, Vatican et mineurs : pan sur la tiare !

Dans la France actuelle, où les églises sont désertées et où le christianisme ne persiste guère que par ses fêtes donnant lieu à des jours fériés, on oublie trop souvent de quoi est capable l'Église catholique lorsqu'elle détient un certain pouvoir. Rien que sur la question des mineurs, le rapport publié par l'ONU le 5 février 2014 est accablant.

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La Convention Internationale des Droits de l'Enfant (CIDE) est une convention de l'ONU, ratifiée par la plupart des États, visant à protéger les droits de mineurs de 18 ans.
Ces États doivent soumettre périodiquement un rapport rendant compte de l'application de cette Convention au niveau national.
Ces rapports sont examinés par le Comité des Droits de l'Enfant (CRC, Committee on the Rights of the Child), constitué de 18 experts indépendants.

Durant la dernière session du CRC à Genève en janvier dernier, les rapports de 5 pays étaient examinés, dont le Vatican.
Le statut du Vatican à l'ONU est assez particulier : l'État du Vatican (territoire et institutions) est représenté par le Saint-Siège (pape et gouvernement pontifical), qui a statut d'État non membre ayant mission d'observation permanente. Le Saint-Siège a qualité à ratifier Conventions et Traités. 
Les conclusions du CRC ont été publiées mercredi 5 février 2014, pour l'instant seulement en anglais. Celles concernant le Saint-Siège sont consultables ici.

Le Saint-Siège en prend plein la tiare (enfants isolés, exploités, abusés physiquement ou sexuellement, conséquences sanitaires des dogmes en matière de sexualité et de procréation chez les adolescent(e)s…), et se voit rappeler quelques Conventions sur les droits de l'homme qu'il n'a pas ratifiées (par exemple la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, dont les islamistes aiment à rappeler que le Vatican n'est pas État partie).
Comment le Vatican a-t-il réagi à ce rapport ?
Mgr Silvano Tomasi, observateur permanent près de l'ONU à Genève, déclarait dès mercredi dans une interview à Radio Vatican que ce rapport déformait les faits « On dirait quasiment que le rapport était préparé à l'avance », a fait savoir Mgr Silvano Tomasi,  « Le document (de l'ONU) ne semble pas à jour ».
Il rappelait benoîtement (françoisement ?) que les « principes que le Saint-Siège défend » sont « des principes et des valeurs qui constituent le vrai bien-commun de la famille humaine ».
D'ailleurs pour ne prendre l'exemple le plus récent, c'est sans ambiguïté que le Vatican s'est ingéré dans les affaires françaises en prenant parti pour « La Manif pour tous » du 2 février dernier contre le projet de loi sur la famille et le pseudo-scandale du genre à l'école. Par parenthèse, on a vu maintes images de jeunes enfants dans les rangs des manifestants, instrumentalisés par leurs parents.

On aura compris que l'Église détient une bonne foi(s) pour toute la Vérité, et que ce ne sont pas les normes humaines, fussent-elles des conventions internationales, qui vont faire la loi !
Il est habituel de nos jours de fustiger la prétention de certains islamistes à vouloir imposer leurs normes divines aux sociétés. Il ne faut pas pour autant oublier que si l'Église catholique romaine n'avait pas été mise hors d'état de nuire en Europe (à commencer par sa fille aînée), elle n'aurait rien à envier aux islamistes les plus intégristes.
 
Vendredi 7 février, le père Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, publiait une réponse, retransmise par le site d'actualités de celui-ci sous le titre Réponse sans concession du père Lombardi au rapport de l'ONU. La situation y était plaisamment inversée, le Vatican y devenant une pauvre victime du vilain ONU. On y retrouvait les éléments de langage de Mgr Tomasi, le père Lombardi feignant de se demander si le rapport « n’a pas été pratiquement déjà écrit avant l’audition ». Et le Comité des Droits de l'Enfant y était bien entendu dûment disqualifié.

L'article fanfaronnait aussi « Dernière estocade et non des moindres, "les observations du Comité dans divers domaines semblent aller au-delà de ses compétences" considère le porte-parole du Pape. "Elles interfèrent avec les positions doctrinales et morales de l’Eglise catholique" concernant "la contraception ou l’avortement, l’éducation dans les familles ou la vision de la sexualité humaine." »
On peut à cet égard reconnaître au Saint-Siège le mérite d'avoir annoncé la couleur dès sa ratification de la Convention en 1990, en indiquant dans ses réserves qu'il interprétait le concept de « planification familiale » comme désignant seulement les « méthodes naturelles de planification familiale »  


Dans un entretien à l'hebdomadaire Famille Chrétienne, Mgr Tomasi conclut que « les lobbies homosexuels […] ont eu une influence sur le rapport final ».
L'observateur permanent du Saint-Siège près de l'ONU a la mémoire courte. Les associations qui sont intervenues lors de la session de janvier étaient essentiellement des associations de victimes, comme l'association américaine The Survivors Network of Those Abused by Priests, soutenue par le The Center for Constitutional Rights, comme l'association européenne Survivors Voice-Europe, ou comme des associations de victimes mexicaines.  
 
Bref, l'Église catholique romaine aime donner des leçons à la terre entière, mais n'aime pas du tout en recevoir. A lire les réactions de ses chargés de com', on sent que les autorités pontificales brûlent d'envie de faire un bel autodafé avec les 18 membres du satané Comité pour les droits de l'enfant, et son damné rapport !
On pourra prendre connaissance d'extraits traduit en français du rapport des Comité des Droits de l'Enfant à propos du Vatican dans mon billet adjoint : « ONU, Vatican et mineurs : extraits du rapport ».

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