Confinement et violences domestiques

En cette période de confinement prolongé, quelle est la conduite à tenir en cas de violences domestiques vécues ou observées ?

Position du problème

Parmi les effets collatéraux du confinement, l'un est particulièrement inquiétant : le confinement des femmes et/ou des enfants avec un homme sujet aux violences.

Le fonctionnement humain n'est pas manichéen : il n'y a pas d'une part les bons, de l'autre les méchants.
Les traits de personnalité pouvant être à l'origine de maltraitance d'autrui sont pluriels. Chaque être humain est une mosaïque dont chaque fragment peut revêtir toutes sortes de couleurs. Les comportements peuvent varier en intensité, peuvent dépendre du contexte, peuvent être influencés par des substances comme l'alcool…

Mais des circonstances exceptionnelles comme celles que nous vivons, à savoir la proximité imposée 24 heures sur 24, sans sorties, sans contacts directs avec les autres, peuvent à l'évidence générer de graves déviances au sein d'un foyer. 

C'est donc avec raison qu'hier 12 avril, le JT de 20 h de France 2 attirait à nouveau l'attention sur la question des violences domestiques, soit envers les femmes, soit envers les mineurs.

Le sujet mettait à juste titre l'accent sur les violences physiques, qui sont bien entendu les plus préoccupantes.

Signalons qu'il existe à côté de cela d'autres formes de violences : les violences ne sont pas forcément physiques, et pas forcément bruyantes.
  • Les mauvais traitements des femmes peuvent inclure des violences psychiques (cris, insultes, menaces, abus de pouvoir…) ou sexuelles.
Toutes ces maltraitances sont favorisées par la position dominante de l'homme d'un point de vue physique, mais également encore trop souvent "socio-culturelle" et économique.
  • Les mauvais traitements des enfants peuvent inclure également des violences psychiques (cris, insultes, menaces, punitions incohérentes…) ou parfois sexuelles, mais également des négligences graves.
Ces maltraitances sont encore plus favorisées par la vulnérabilité de l'enfant sur tous les plans. Notons qu'elles peuvent être exercées par les hommes, mais également par les femmes, malgré leur bienveillance "naturelle" envers les enfants, en cas de certains troubles de la personnalité ou de circonstances particulièrement difficiles.

En cette période exceptionnelle de confinement prolongé, nous pouvons être témoins, dans notre proche environnement, de "signes" inquiétants.
Il peut s'agir de signes franchement anormaux, comme des cris ou des bruits inhabituels, ou parfois de femmes ou de mineurs présentant des lésions visibles à répétition quand on les croise. Il peut éventuellement s'agir d'enfants à la présentation particulièrement négligée, ou se déplaçant de façon incontrôlée en s'exposant à des risques.

Alors que devons-nous faire ?

• 1 : Dans la mesure du possible, prenons directement des nouvelles de cette famille, sur un mode associant la bienveillance à la fermeté, soit à l'occasion d'une rencontre fortuite dans les parties communes, soit carrément en sonnant à leur porte en cas de manifestations bruyantes, histoire de montrer que nous sommes attentifs.

• 2 : Et, si on craint d'être soi-même l'objet de représailles, faisons un signalement. Bien sûr, autant les signalements "anonymes" sont considérés comme normaux dans d'autres pays, voire même considérés comme des actes civiques (par exemple aux USA), autant en France ce n'est pas dans la culture, en tout cas ça ne l'est plus depuis l'époque que l'on sait. Mais il faut savoir prendre du recul vis-à-vis des stigmates de l'histoire quand les circonstances le demandent.

Y a-t-il des risques de signalements infondés ? Oui, bien entendu, rien n'est jamais clair à 100 %. Et vu la grande complexité des relations familiales, en cas d'intervention des forces de l'ordre, même la victime, femme ou mineur, pourra dire qu'il ne se passe rien de grave. Mais entre risquer de signaler par excès et "faire l'autruche", il faut évidemment privilégier la première alternative. Il appartiendra aux services publics de faire la part des choses. Et dans tous les cas ceci incitera l'éventuel auteur de violences à se contrôler.

Marche à suivre ?

La marche à suivre n'est pas toujours d'une limpidité lumineuse quand on examine le web.

Dans la séquence du JT de France 2 que nous mentionnions, même Bruno Solo, pourtant sincèrement investi dans la question, n'est pas clair quand il dit « il y a des numéros d'urgence qui ont été mis en place, 199 évidemment pour les enfants, 114 pour les femmes ».
Ce ne sont pas des numéros d' « urgence »  stricto sensu, mais admettons que le 119 pour les mineurs puisse être considéré comme tel, puisque disponible 24h sur 24. Et le 114 est un numéro très particulier, destiné aux personnes qui ne peuvent pas s'exprimer par oral (par exemple des femmes craignant d'être surprises par leur conjoint).

Voici un tableau que j'espère clair, recensant les services à contacter en cas de maltraitances domestiques, aussi bien :
- pour les victimes,
- pour les témoins ou les voisins.

PRÉCISIONS sur les coordonnées indiquées sur ce tableau

I - Situations préoccupantes non urgentes

  A - Contact verbal

    1 - Maltraitance de femmes

3919 : Femmes Violences Info.
Ce numéro est actuellement accessible du lundi au samedi de 9 h à 19 h (NB : les sites institutionnels ne sont guère brillants : on y trouve des jours d'accès dissemblables, pas actualisés, voire contradictoires sur la même page !)
C'est une plate-forme téléphonique soutenue par le ministère ou le secrétariat d'État en charge des droits des femmes et gérée par la Fédération nationale solidarité femmes.

    2 - Maltraitance de mineurs

119 : Allo enfance en danger.
Ce numéro est accessible 24h/24 7j/7.
Il est géré par le GIP (Groupement d'intérêt public) "Enfance en Danger", constitué par l’État, les départements, et des associations.
Les écoutants tentent d'évaluer la situation, donnent des conseils, et transmettent les données recueillies à la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) du département, service chargé du recueil et du traitement des alertes données sur des situations d’enfants en danger.

    3 - Dans les deux cas, s'il y a des éléments concrets suffisamment inquiétants :

Les victimes ou les témoins peuvent joindre le commissariat de police ou brigade de gendarmerie le plus proche.
On peut sur ce site de l'Intérieur obtenir les coordonnées, en fonction de son lieu de résidence :
- des commissariats de police,
- des brigades territoriales autonomes (BTA) de gendarmerie,
- des brigades de proximité (BP) de gendarmerie (qui composent les communautés de brigades, "Cob").
Dans tous les cas, les services contactés croiseront nos informations avec les antécédents du foyer signalé, ou avec d'autres signalements concomitants.

  B - Contact écrit en ligne

    1 - Maltraitance de femmes

https://www.service-public.fr/cmi : Signalement en ligne de violences.

Il y a une ambiguïté malencontreuse à  propos de ce numéro : la formulation complète est « Signalement en ligne de violences sexuelles et sexistes ».
Les violences sexuelles sont des violences à connotation sexuelle (agression sexuelle, viol…), et les violences sexistes sont les attitudes, propos et comportements fondés sur les stéréotypes de genre, ayant pour objet ou pour effet d’inférioriser les femmes (insultes, harcèlements…)
Dans le cas qui nous préoccupe, il est plus généralement question de violences qu'on pourrait qualifier de "conjugales" ou "domestiques", incluant également au sens large les violences physiques et psychiques exercées sur sa conjointe.

Cette plate-forme gratuite et anonyme fonctionne 24h/24, 7j/7. Elle permet aux victimes ou aux témoins de dialoguer en temps réel par tchat avec un ou une policière ou gendarme.

    2 - Maltraitance de mineurs

https://allo119.gouv.fr/recueil-de-situation : Formulaire Enfance en danger.

Cette page, comme le numéro 119, est géré par le GIP "Enfance en Danger".
Ce formulaire n'est pas anonyme. Des professionnels répondent dans un deuxième temps à son auteur.

II - Situations urgentes (nécessitant une intervention immédiate)

  • 17 : Police secours, en cas de violence ou d'agression en cours. 

  • 15 : SAMU, en cas de besoin médical urgent si on observe ou si on craint une situation de détresse vitale.

  • 18 : Pompiers, en cas de situation de péril concernant les personnes (comme une femme paniquée sur un balcon) ou les biens (comme une odeur de brûlé inquiétante).

  • 114 : https://www.appel.urgence114.fr 
Il y a là aussi une ambiguïté malencontreuse à  propos de ce numéro :
- au départ, il a été mis en place à l'intention des personnes sourdes et malentendantes, et et toujours présenté comme tel sur son site.
- mais en fait, il est également destiné aux personnes en détresse qui préfèrent ne pas s'exprimer oralement, comme une femme ou un mineur en situation de danger craignant d'être entendu par la personne violente.
Ce numéro est accessible à partir d'un mobile via l'appli Urgence 114, ou d'un ordinateur.
Il permet notamment de communiquer par SMS ou tchat, et est accessible 24H/24, 7J/7.

Bon confinement à toutes et à tous, et soyons solidaires ! 

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