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Billet de blog 15 sept. 2013

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Double Palme au président de l'Observatoire National des Cultures Taurines : II

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[Suite du billet consacré à la Palme Godwin]

La Palme de l’incohérence

Lorsqu’il est question de l’opposition à la corrida, André Viard, le président de l’ONCT, brandit toujours la « légalité » de la corrida, et l’« illégalité » des actions des anti-corrida, lesquels, c’est bien connu, sont de dangereux terroristes.

Il s’exclame ainsi, toujours dans son éditaurial du 5 septembre « Depuis quand le soutien à l'illégalité est-il devenu une vertu citoyenne ? », et fustige les « comportements délictueux ». Ou, quelques jours avant, il stigmatisait le « mépris de l'ordre et de la loi » des opposants à la corrida, avant de conclure solennellement « Un ordre républicain ne peut se montrer ni laxiste ni lâche, sous peine de faillir à sa mission ». Ou, encore quelques jours avant, il trompetait « l'Observatoire National des Cultures Taurines insiste auprès des pouvoirs publics sur la nécessité de verbaliser et de sanctionner les comportement déviants ».

M Viard serait-il un légaliste pur et dur ?

Pas exactement.

Illustration 1

Remarquons en passant que le président de l’ONCT se pose à répétition en spécialiste de la loi, mais on lit dans son billet, à propos de l’expulsion des militants ornithologistes du CABS par le préfet des Landes, qu’il prône cette « jurisprudence nouvelle mise en place par la Préfecture des Landes ». Parler de « jurisprudence » à propos d’une décision de l’administration en dit long sur sa compétence…

Rappelons, également en passant, que durant un siècle, jusqu’à la loi dérogatoire de 1951, les corridas ont été organisées en France dans l’illégalité. Les organisateurs de corridas se sont notamment illustrés dans le Sud-Ouest, dans les années 1880 et1890, en désobéissant ouvertement à la loi, en refusant d'appliquer les circulaires ministérielles, en méprisant les arrêts de la Cour de cassation, en s'opposant à la maréchaussée et même à l'armée.

Mais tenons-nous en au présent : dans ce même éditaurial du 5 septembre, M Viard condamne les « anti chasse à l'ortolan » au nom de « l’art de vivre de nos régions », se félicite que la Préfecture des Landes ait « expulsé du département quelques activistes anti chasse à l'ortolan », et dans sa conclusion revient sur « le gavage des ortolans » au nom de « la liberté culturelle ».

Bref, le président de l’ONCT prend sans ambiguïté la défense du braconnage de l’ortolan.

Activité parfaitement illégale(1), qui ne fait l’objet d’aucune dérogation officielle, mais simplement d’une tolérance administrative, les forces de l’ordre ayant pour consigne par la Préfecture (et donc l’Intérieur) de ne pas verbaliser, ceci aussi bien sous les gouvernements de gauche que de droite. Exactement comme ce fut le souvent le cas pour la corrida avant 1951, notamment durant la première moitié du XXe siècle.

Les ortolans capturés sont engraissés dans l’obscurité durant un mois, puis noyés (dans l’Armagnac dit-on) avant de faire l’objet d’un juteux trafic.

Ce braconnage est bien entendu dans le viseur de la Commission européenne, qui a émis début 2013 une « mise en demeure », première étape de la phase pré-contentieuse, laquelle débouche, en l’absence de réponse satisfaisante, sur la saisine de la Cour de Justice de l’Union Européenne, avec à la clé amendes au frais du contribuable français.

La LPO, et le CABS mentionné plus haut, intervenaient encore cette année pour repérer les pièges illégaux, et d’une part les signaler à la gendarmerie, d’autre part en rendre compte à la Commission européenne, au nom de l’intérêt de ces oiseaux au déclin inquiétant.

On aura compris que M Viard, qui réside à Vieux-Boucau dans les Landes, fait partie de ceux qui mettent la tradition culturelle avant la loi républicaine. Comme d’autres mettent la religion avant la loi.

Quand on lit dans son billet, à propos du CRAC « Une semaine il défie le droit, la suivante il en appelle à lui. Heureusement, personne n'est dupe de ce double langage », on ne peut qu’en sourire.

Rappelons qu’un autre grand défenseur de la corrida, Manuel Valls, alors que le Conseil constitutionnel se penchait sur la constitutionnalité de l’exception corrida du code pénal, avait le 11 septembre 2012 insisté sur BFM-TV : « C’est une culture qu’il faut aussi préserver […] Il y a des traditions qui existent, et notamment dans le sud de la France, et qu’il faut préserver […] On a besoin de ses racines, ne les arrachons pas ! ».

Cependant, le même Manuel Valls déclarait le 7 mai 2013 sur France-Inter à propos de la Corse « C'est la région d’Europe où il y a le plus d'assassinats et de meurtres, et vous voudriez que le Ministre de l'Intérieur nie cette réalité, qui est enracinée dans la culture corse ? ».

Ahem… On dirait que l’incohérence est une tradition ininterrompue, chez les aficionados.

A propos, le président de l’ONCT, s’il prend soin de caser toutes les trois phrases le mot « violence » ou « casseurs » dès qu’il est question des opposants à la corrida, incite régulièrement à demi-mots ses ouailles à la brutalité. Rien que dans l’éditaurial dont nous parlons, il en appelle à « la justice » « avant [que les aficionados] ne cèdent à la tentation de règler le problème à l'ancienne, c'est à dire en éteignant les lumières avant la baston », ou encore à propos du braconnage de l’ortolan, il se félicite de l’expulsion des militants ornithologues étrangers par la Préfecture « avant que la population ne se charge de le faire à sa place et sans ménagement ».

Et quelques jours plus tôt, sur le site officiel de l’ONCT , il promettait « Si les arrêtés municipaux ne sont pas respectés, [la permissivité] sera peut-être demain à l'origine d'un bain de sang, si les aficionados perdent patience et décident de prendre leur défense en mains. »

Aaah, un bon bain de sang !... Pas à dire, il sait parler aux aficionados, leur président !!

Allez, juste un petit dernier pour la route.

Le président de l’ONCT ouvre son billet du 5 septembre en fustigeant « les casseurs belges et parisiens » et « les activistes italiens et allemands », de même qu’il dénonçait récemment « les barbares venus de la région parisienne » (j’avoue qu’à choisir, j’aime autant être Conan le Barbare que sa contrepèterie si bien incarnée par M Viard).

On en conclut logiquement qu’il respecte au moins les opinions des Landais sur ce qui se passe dans les Landes. A fortiori les opinions d’élus locaux.

Encore raté.

Il nous précise que les deux élues municipales de Dax (rejointes depuis par un troisième) qui avaient affiché leur opposition à la corrida, ne font qu’accréditer « l'image d'une démocratie déboussolée » et cautionner des « comportements délictueux » sans « comprendre à quel point on les manipule ». Il consacre d’ailleurs son éditaurial du 9 septembre à fulminer contre elles.

Bref, le président Kim Il Viard accepte toutes les opinions de la part des citoyens landais…  à l’exception de celles qui ne se calquent pas sur les siennes.

Nul doute qu’il va féliciter le maire de Dax pour l’exclusion de la majorité municipale des 3 élus EELV contrevenants (exclusion au prétexte de leur participation le 8 septembre dernier à une manifestation qui aurait franchi le périmètre sacré de 500 m imposé par un arrêté municipal).

En conclusion

Le président-fondateur de l’association de lobbying tauromachique autoproclamée la plus importante de France réussit l’exploit, en un seul billet, de démontrer son manque dramatique de repères éthiques et de cohérence cognitive.
Et les deux Palmes qui lui sont décernées sont aussi un hommage à la façon dont il rend généralement compte de la réalité. Rappelons qu’en français un « canard » ne désigne pas seulement un palmipède, mais aussi une information mensongère (et jadis une publication spécialisée dans ce type d’information).

Enfin bon, le monde de la tauromachie française étant ce qu’il est, il a le président qu’il mérite.

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(1) : La capture et la destruction d'ortolans sont interdites, au niveau européen depuis la Directive européenne de 1991 redéfinissant la liste de l’Annexe I de la Directive Oiseaux de 1979 (dont la date butoir de transposition en droit national était en principe le 31/07/1992), et au niveau national depuis l'arrêté ministériel du 17 avril 1981 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire, puis par les arrêtés qui suivront. Le code de l’environnement allait être créé en septembre 2000, et les restrictions concernant les espèces protégées allaient être inscrites dans sa partie législative (à savoir l’article L411-1, qui reprenait les disposition de l’ancien article L211-1 du code rural). Le Bruant ortolan figure toujours sur le dernier arrêté ministériel en date de 2009.

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