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Billet de blog 18 mars 2014

Le président Hollande et les animaux

François Hollande, avant de tâter le cul ou le museau des vaches au Salon de l'Agriculture qui s'est tenu du 22 février au 2 mars 2014, avait pris soin de brosser les agriculteurs dans le sens du poil. Du coup le sort des animaux a été évacué d'une chiquenaude.

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On nous permettra de revenir sur les propos du président de la République François Hollande tenus il y a 3 à 4 semaines. On n'est pas obligé, surtout quand on doit bosser, de suivre le rythme infernal de l'actualité pour réagir aux problèmes de fond ;-)

Le président Hollande s'était donc longuement exprimé dans un entretien paru la veille de sa visite rituelle au Salon de l'Agriculture,  dans l'hebdomadaire "La France Agricole"

Ses efforts ont été couronnés de succès, puisque sa visite au Salon s'est déroulée sans anicroche.

Faut-il légiférer sur le statut de l'animal ?

A cette question, François Hollande a répondu :

 « Notre pays a le don d'ouvrir des débats pour nous opposer fébrilement... […] A juste raison beaucoup d'efforts ont été réalisés pour le bien-être animal sans qu'il soit nécessaire de le traduire par une loi. Dans le code rural notamment, l'animal est déjà considéré comme un être sensible. Pourquoi ajouter d'autres considérations ? »

Remontons en 2012, lorsque François Hollande était candidat à la présidence de la République et répondait aux questions des organisations.

Réponse à 30 Millions d’Amis :

« Sur le principe que soulève la question de donner une place juridique aux animaux, je ne peux qu’être d’accord avec vous. […] Cette distinction [entre les animaux et les objets] est un pas très important dans la reconnaissance de la spécificité animale. [...] nous pourrions par exemple faire une distinction entre l’animal et les choses, comme en Allemagne et donner la possibilité d’introduire des distinctions spécifiques pour les animaux. »

Réponse à L214 (30 mars 2012), signée par la responsable du Pôle Environnement et la déléguée à la biodiversité de son équipe de campagne :

« Aussi, François HOLLANDE souhaiterait également, si les Français lui en donne la responsabilité, réfléchir à la définition d’un nouveau statut juridique de l'animal qui reflète les vérités scientifiques ainsi que l'évolution de la perception des animaux dans la société. Il nous paraît nécessaire de réformer le Code civil afin que ce dernier ne définisse plus l'animal par son utilisation, en tant qu'objet patrimonial, mais bien comme un être sensible. »

Avec la pommade en prime : « Il va de soi que l’association L214 comptera, si les Français élisent François HOLLANDE à la Présidence de la République, parmi les interlocuteurs privilégiés des services de l’Etat compétents en matière de protection animale. »

Même réponse à La Fondation Droit Animal, éthique et sciences (2 mai 2012), signée ici par le candidat lui-même :

« Aussi, je souhaiterais également, si les Français m'élisent à la Présidence de la République, définir un nouveau statut juridique de l'animal qui reflète les vérités scientifiques ainsi que l'évolution de la perception des animaux dans la société. ll me paraît nécessaire de réformer le Code civil afin que ce dernier ne définisse plus l'animal par son utilisation, en tant qu'objet patrimonial, mais bien comme un être sensible. »

Sans oublier la pommade : « Il va de soi que la Fondation Droit Animal Ethique et Sciences doit compter parmi les interlocuteurs privilégiés des services de l'Etat compétents en matière de protection animale. »

Un autre homme politique fit une carrière locale en Corrèze avant d’accéder aux hautes fonctions de l’État : il s’agit d’Henri Queuille, président du Conseil sous la IVème République. On lui attribue plusieurs aphorismes, dont l’impérissable « Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. »

Notons que François Hollande a eu un illustre prédécesseur qui fit une carrière locale en Corrèze avant d’accéder aux hautes fonctions de l’État. Et qui nous démontra que l'illustration de cet aphorisme n'est pas l'apanage de la gauche.

Appâter les électeurs avec des promesses et ne pas les tenir, bon, ça fait partie du jeu électoral. Mais renvoyer dans les cordes les défenseurs des droits des animaux en les disqualifiant sèchement (« Notre pays a le don d'ouvrir des débats pour nous opposer fébrilement...»), c'est pour le moins déplacé.

La promotion de nouveaux modèles de production et de l’agriculture biologique.

Autre extrait de l'entretien du président Hollande à La France Agricole, pour illustrer l'aphorisme attribué à Queuille :

« le ministre de l'Agriculture a décidé, avec son collègue de l'Environnement, d'introduire un régime plus simple pour accélérer les décisions de modernisation de certaines d'exploitations. Il a commencé par le plus difficile : l'élevage porcin où les projets d'investissement vont relever d'une procédure d'enregistrement et non plus d'un mécanisme d'autorisation. Cela représente un gain de quatre à six mois. Nous irons dans la même voie pour d'autres productions. »

Nous avions parlé de cette « simplification » administrative pour les élevages porcins. 

Or, en 2012, on pouvait lire dans la promesse n° 6 du candidat François Hollande :

 « J’encouragerai la promotion de nouveaux modèles de production et de l’agriculture biologique.  »

Mais ce qui compte manifestement, c'est de générer par tous les moyens une offre à même de répondre à une hypothétique demande.

Et si la France est déjà le troisième producteur de porcs de l'Union européenne, la Chine est premier consommateur mondial de viande de porc, et le premier importateur de porcs de l'UE (près de 30%).

François Hollande précise : « La Chine, c'est d'abord un marché considérable qui va s'ouvrir à l'agriculture française à condition que nous soyons présents […] J'ai agi pour que le marché de la charcuterie chinois soit désormais ouvert aux entreprises françaises, il s'agit d'une avancée majeure. »

De fait, lors de la visite de Jean-Marc Ayrault en Chine en décembre 2013, Guillaume Garot, ministre délégué à l’Agroalimentaire, visait les 300 millions de Chinois appartenant aux classes moyennes en déclarant « La filière porcine est en difficulté. Il nous faut impérativement la relancer en trouvant de nouveaux marchés ».

Conclusion : les exploitations porcines de Bretagne ne sont pas sans doute pas encore assez intensivesMerci M le Président.

Bien-être animal et exploitants agricoles

 Il faut dire que le bien-être animal n'est pas la préoccupation première des agriculteurs.

Ce n'est évidemment pas celle des affidés de la FNSEA. Rappelons, lors du mouvement des Benêts Bonnets Rouges, l'interview d'un membre de la FDSEA à la tête d'une exploitation de 20 000 porcs, qui vitupérait contre les « normes sur le bien-être animal imposées par Bruxelles et appliquées de façon plus draconienne en France où on lave plus blanc que blanc.  »

Mais il ne faudrait pas croire pour autant que le bien-être animal est une priorité des petits exploitants. Ainsi, dans cet entretien, un exploitant qui s'est fait un nom en prônant une agriculture auto-suffisante, à l'échelle humaine, avec une filière directe producteur-distributeur-consommateur, assène « Il n’y a plus aucune lutte contre les nouvelles réglementations qui s’accumulent malgré qu'elles soient néfastes aux agriculteurs et qu' elles soient la peste de notre monde moderne où le bien- être animal passe avant le bien-être des agriculteurs. »
 

François Hollande a bien compris le message, qui déclare dans son entretien à La France Agricole :

« Evitons d'abord de sur-transposer les directives européennes. Notre pays se plaint des interventions de l'Europe et au moment de transposer les textes européens, nous nous sommes acharnés dans le passé à les rendre encore plus compliqués, plus lourds que ceux appliqués par nos partenaires. Eh bien, c'en est fini. »

Mais pour conclure, posons la question frontalement :

Est-il légitime de s’intéresser au bien-être animal alors que les filières de l’élevage français sont en crise ? Alors que tant d’agriculteurs sont en réelle difficulté ?

Nous répondons « oui » dans l'article suivant : « Bien-être des agriculteurs et bien-être des animaux »

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