Le ministère des Affaires étrangères nous exhorte à prendre exemple sur la Chine

Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, prenant exemple sur la Chine, incite à moins de frilosité en matière d'expérimentation animale.

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Le 10 avril 2020, dans sa rubrique « Diplomatie scientifique et universitaire », le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères (MEAE) français a publié un article non signé intitulé « Le Royaume des singes OGM ».
Le titre s'inspire du titre d'un article de Nature de 2016 cité en référence : Monkey Kingdom.

Y est louée l'avance de la Chine pour générer des modèles pathologiques à partir de primates.
Il s'agit notamment de modifier le génome de macaques à l'aide du CRISPR-Cas9 (outil d'ingénierie génétique, composé d'un fragment d'ARN et d'une endonucléase, permettant de couper l'ADN à un endroit précis).

On y lit que la Chine est « un environnement bien moins hostile à la recherche animale », qui contraste « avec la frilosité de ses homologues occidentaux », chez lesquels « la recherche sur les primates y rencontre depuis quelques temps une certaine résistance illustrée par un déluge de nouvelles régulations, des contraintes financières et une pression croissante de la part du public ».

On y lit que « certains scientifiques ont progressivement déménagé leurs travaux vers des contrées plus obligeantes », qu' « inquiets, certains spécialistes dénoncent le retard pris par les pays occidentaux dans ce domaine », et que « le retard pris par l’occident pourrait conduire à une dangereuse dépendance de leurs chercheurs auprès des laboratoires chinois. »

Le MEAE reprend donc à son compte le maître mot de ces dernières décennies : la
com-pé-ti-ti-vi-té.
Dans notre monde globalisé, il ne faudrait pas être trop exigeant en matière sociale, en matière fiscale, ou en matière environnementale, sans quoi non seulement les pays moins stricts vont nous damer le pion, mais nos premiers de cordée vont s'expatrier pour s'y installer.
Le MEAE nous exhorte maintenant à ne pas être trop exigeant en matière de bien-être animal, sans quoi la Chine va prendre les rênes de la recherche médicale et attirer les vrais scientifiques.

On sait que la Chine n'a pas les mêmes conceptions actuelles des droits de l'homme que l'Occident. Et ce n'est rien à côté de ses conceptions actuelles des droits des animaux.
Il n'appartient certainement pas à l'Occident de lui donner des leçons, eu égard à l'histoire encore récente de celui-ci dans le premier domaine et à sa situation dans bien des aspects du second domaine.
Mais faut-il pour autant suggérer aux pays occidentaux de s'inspirer de la Chine, comme le fait explicitement le MEAE ?

A ce compte là, celui-ci va-t-il suggérer à la France de rétablir la peine de mort, en vue de procéder à des études de greffes d'organes à partir de prélèvements sur les prisonniers exécutés (1, 2) ?

Bref

Les chercheurs sont en droit d'exprimer nominativement leurs opinions dans les médias spécialisés ou généralistes.
Mais le Ministère des Affaires étrangères outrepasse ses prérogatives en prenant position sur un sujet qui n'est pas de sa compétence, à l'encontre qui plus est, comme il l'indique expressément, de l'esprit des nouvelles régulations et de l'opinion publique.

   1 : Rogers W et al. Compliance with ethical standards in the reporting of donor sources and ethics review in peer-reviewed publications involving organ transplantation in China: a scoping reviewBMJ Open 2019;9:e024473 
   2 : Rogers W & Robertson MP. Whose hearts, livers and lungs are transplanted in China? Origins must be clear in human organ research. The Conversation. 5 02 2019. 

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