Repas sans viande dans les cantines scolaires à Lyon

Cette mesure temporaire annoncée par la mairie de Lyon, troisième ville (et deuxième métropole) de France, fait parler d'elle depuis plusieurs jours.

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Depuis les dernières municipales, EELV a pris la tête de la commune de Lyon (avec Grégory Doucet) ainsi que de la métropole de Lyon (avec Bruno Bernard), alliée à plusieurs partis de gauche.


L'annonce de repas sans viande

La mairie de Lyon a annoncé à partir de ce lundi 22 février 2021 la mise en place d'un menu unique sans viande dans les cantines scolaires, à titre temporaire, au moins jusqu'aux vacances de Pâques.
L'adjointe chargée de l'éducation, Stéphanie Léger, a justifié cette mesure provisoire "pour pouvoir servir plus rapidement les élèves et fluidifier les repas", dans le cadre du protocole sanitaire demandé aux établissements scolaires.
Vu qu'il s'agit de gérer presque 30 000 écoliers dans 206 établissements scolaires, cette mesure peut se justifier, d'autant qu'elle est donc provisoire.

Les écoliers avaient jusqu'alors le choix entre deux menus : l'un avec viande, l'autre sans.

Précisons que ce menu unique n'est pas "végan" ni même "végétarien" puisque des œufs et du poisson continueront à y être servis.

Notons en passant que l'alternative végétarienne, dès lors qu'elle est bien adaptée sur le plan nutritionnel, permet de mettre un terme aux sempiternelles polémiques sur les repas halal ou casher des élèves élevés par leurs parents dans l'orthodoxie religieuse. C'est donc une mesure favorable à l'unité républicaine dans l'éducation nationale, pourtant si à la mode.

Réactions locales

Bien évidemment, l'opposition de droite, à commencer par le groupe Droite, Centre & Indépendants, mené par le sénateur LR Étienne Blanc, a sauté sur l'occasion pour dénoncer une manière masquée de la municipalité d'"imposer son idéologie" aux enfants de Lyon, "capitale de la gastronomie" (rien que ça !)
À la limite, c'est de bonne guerre, les adversaires politiques, à l'échelon local comme à l'échelon national, se foncent dans le lard pour un oui ou pour un non.

De même, la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) et son syndicat affidé des Jeunes Agriculteurs du Rhône, prosélytes de l'agriculture et de l'élevage industriels, ont lancé un appel à manifester ce lundi devant l'Hôtel de Ville de Lyon.
On aurait été déçu si ça n'avait pas été le cas.

Réaction de membres du gouvernement En Marche

Là où les choses deviennent un peu plus problématiques, c'est l'implication de personnalités de LREM, qui de plus ne sont pas concernées en tant que telles par cette question.

Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, a cru bon d'intervenir sur Twitter samedi 20 février :


Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, qui incitait encore jeudi 18 février les élus locaux à mettre plus de jeunes bovins français dans les assiettes scolaires, a cru aussi devoir y aller de son tweet dimanche 21 février :
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Il annonce même avoir saisi le préfet du Rhône.
Ceci en référence à l'annexe 1 d'un arrêté du 30 septembre 2011 relatif à la qualité nutritionnelle des repas servis dans le cadre de la restauration scolaire, qui précise que, sur 20 repas successifs "Pour garantir les apports en fer et en oligoéléments, il convient de servir au moins 4 repas avec, en plat protidique, des viandes non hachées de bœuf, veau, agneau ou des abats de boucherie".

- Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes publics, y est aussi allé de son tweet samedi 20 février :

- et la députée Aurore Bergé, ex-porte-parole de LREM, puis depuis septembre 2020 présidente déléguée du groupe LREM à l'Assemblée nationale, n'a rien trouvé de mieux que de retwitter illico Dussopt.

En réalité, ce sont les péroraisons de Darmanin, de Denormandie, de Dussopt & Co sur les normes alimentaires des enfants, qui sont "idéologiques". De même d'ailleurs que l'arrêté cité de 2011. Autant il convient bien entendu d'être particulièrement attentif à la qualité nutritionnelle de l'alimentation des êtres en croissance, autant les produits carnés ne sont en rien indispensables.

Précision sociologique capitale :

Gérald Darmanin martèle « on voit bien que la politique moraliste et élitiste des "Verts" exclut les classes populaires. De nombreux enfants n'ont souvent que la cantine pour manger de la viande »

Olivier Dussopt assène « La cantine est parfois la seule occasion d'un repas équilibré. Priver les enfants de viande tous les midis est en réalité un choix anti-social et doctrinaire »

Aurore Bergé en rajoute : « La cantine est une conquête sociale majeure

Et le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, interrogé dimanche 21 février lors de l'émission Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, bien que plus nuancé que ses collègues, revenait quand même sur cette soi-disant dimension sociale (à 2:05 dans cet extrait) : « Encore une fois, il y a un enjeu social et c'est vrai que souvent, derrière des décisions qui sont prises par des municipalités écologistes, derrière des propositions qui sont faites par les Verts, revient finalement cette idée anti-sociale. Quand on dit qu'on veut qu'il n'y ait plus de viande du tout à l'école, en fait on prive certains enfants qui ne peuvent pas manger de viande ailleurs, de viande ! »

On ne peut donc qu'inviter les représentants de LREM, eux qui clament à tout bout de champ depuis le début de la pandémie de Covid que les Français ont besoin de pé-da-go-gie, à prendre connaissance de deux études :
- l'INCA3 (Étude individuelle nationale des consommations alimentaires 3) de l’Anses (juin 2017) montrait que la consommation de viande baisse d'autant plus que les personnes sont diplômées ;
- et une publication du CRÉDOC sur l'évolution de la consommation de viande (septembre 2018) citait une enquête du CCAF (Comportements et consommations alimentaires des Français) de 2016 qui montrait qu'une personne des catégories de population les plus aisées ne consomme en moyenne que... les 3/4 de la quantité de produits carnés consommés par un ouvrier.

ET SURTOUT...

La mairie de Lyon n'a pas manqué de rappeler que Gérard Collomb, l'ex-maire de Lyon rallié à LREM, avait lui-même appliqué une mesure identique après le premier confinement, de mai à juillet 2020, sans qu'on entende les apparatchiks LREM s'offusquer de cette décision…
Cf cette image tirée d'une capture d'écran de la page de la mairie de Lyon en date du 17 mai 2020 :

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