Marie Sara Lambert peut-elle aller des arènes à l'hémicycle ?

Marie Sara Lambert, ancienne toréadore et gérante d'arènes, a été personnellement investie par M Macron pour se présenter aux législatives contre Gilbert Collard dans la 2ème (sud) circonscription du Gard. Sa première grande intervention publique donne une idée de sa consistance politique.

Marie Sara Lambert était interrogée vers la fin de l'Émission politique sur France 2 le 18 mai.
Soyons indulgent : être interviouvée en direct, pour une émission censée être de grande écoute, en duplex, donc comme toujours avec le son décalé, ça peut dérouter.
 
Elle a essayé de s'adapter.
Dans la « société civile », on commence souvent ses réponses par « Ben, …»
Les politiciens, eux, ont le tic de commencer toutes leurs réponses par « Écoutez, …» ou « Vous savez, …», ça fait plus sérieux.
Marie Sara, en tant que candidate issue de la société civile au nom d'un parti politique, s'entraîne, et ça fait pour l'instant « Ben écoutez,…» ou « Ben vous savez,…».
 

Marie-Sara, France 2, 18 mai 2017 © Jean-Paul Richier

 
Mais au-delà de ces remarques collatérales, le vide de la pensée de Marie Sara Lambert est assez assourdissant.
 
Elle a été toréadore (à cheval), et à présent gère des arènes, donc la vérité c'est qu'elle n'a appris qu'à psalmodier les mots « culture » et « tradition ».
 
Marie Sara, France 2, 18 mai 2017 © Jean-Paul Richier

 
Elle n'a pas la moindre idée au sens vraiment politique, comme le montre cette réponse à une question pourtant simple de Pujadas : « Marie Sara, s'il y avait une mesure, un aspect du programme d'Emmanuel Macron qui vous séduit particulièrement, lequel serait-il ? »
 
Marie Sara, France 2, 18 mai 2017 © L’Emission politique

 
Elle n'a manifestement pas la moindre notion du rôle d'un député, qui représente la nation tout entière, puisqu'elle ne sait que causer de la Camargue, la Camargue et la Camargue (région par ailleurs sympathique), comme si elle était candidate à un mandat municipal ou départemental.
Rappelons s'il en était besoin que « Contrairement à une idée souvent véhiculée, le député ne représente pas uniquement les électeurs de sa circonscription mais la Nation tout entière. Il détient un "mandat national" ».
 
Elle récite le mantra « moi je suis ni à gauche, ni à droite », alors qu'aux élections régionales de 2015 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, elle avait soutenu Christian Estrosi, tête de liste de Les Républicains. Et si Estrosi fait partie des LR et UDI qui ont le 15 mai appelé la droite et le centre à « répondre à la main tendue par le Président de la République », c'est justement après que ce dernier a nommé un Premier ministre de droite.
Mais bon, on peut concevoir que Mme Marie Sara Lambert ait intellectuellement du mal à faire la différence politique entre gauche et droite…

Déjà, investir une icône du mundillo, du petit monde de la corrida, dans un département où les 2/3 des électeurs sont défavorables aux corridas, c'est détourner du vote « LREM » beaucoup d'opposants à Gilbert Collard.
En effet, la majorité des citoyens français sont opposés aux corridas, quel que soit leur bord politique et quel que soit le département où ils demeurent (*).
Et dans les départements dits « taurins », où les citoyens sont concrètement confrontés aux corridas durant chaque « saison taurine », on peut même penser que la question tauromachique peut d'autant plus peser sur leur choix électoral (parmi bien sûr d'autres paramètres).

Des pétitions ont d'ailleurs été lancées dans cet esprit contre l'investiture de Marie Sara, les deux principales étant :
 - https://www.change.org/p/contre-l-investiture-de-marie-sara-rép-en-marche-dans-la-2ème-circonscription-du-gard (qui a dépassé les 78 000 signatures à ce jour),
 - http://www.mesopinions.com/petition/politique/aux-candidatures-traditions-cruelles-envers-animaux/30227 (en voie de dépasser les 37 000 signatures à ce jour).

Mais investir une candidate en outre aussi creuse idéo-verbalement, face au vieux briscard des médias qu'est Collard, c'est donner la part belle à ce dernier.
Le Rassemblement Bleu Marine peut dire merci à M  Macron.

 

 

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(*) :
 
- En 2010 :
 . Une enquête de l'IFOP pour la Lettre de l'Opinion (août 2010) concluait que 66 % des citoyens français étaient favorables à l'interdiction des corridas. Dans les  régions dites « à tradition taurine », ce pourcentage était légèrement moindre, mais restait largement majoritaire avec 63 %.
 . Une enquête d'IPSOS pour l'Alliance Anticorrida (juillet 2010), axée sur un échantillon représentatif des citoyens gardois, montrait que 66 % d'entre eux se déclaraient défavorables aux « corridas avec pique, banderilles et mise à mort des taureaux »
 
- En 2015 :
Une enquête de l'IFOP pour l'Alliance Anticorrida (avril 2015) montrait que 73 % des citoyens français étaient favorables à la suppression des corridas avec mise à mort des taureaux.
Les catégories  géographiques ne distinguaient que le « Sud ouest » (favorable à la suppression à 69 %, mais remontant jusque dans l'Allier) et le « Sud est » (favorable à la suppression à 72 %, mais remontant jusque dans l'Ain).
 
- En 2017 :
Une récente enquête de l'IFOP pour l'Alliance Anticorrida (mars 2017) montre que, dans les départements français dits « à tradition taurine », 75 % des citoyens sont  défavorables aux « corridas avec pique, banderilles et mise à mort des taureaux ». Dans le Gard, cette proportion est moindre mais reste largement majoritaire avec 64 %.

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