Une expertise psychiatrique pour Alexandre Benalla ?

Le Journal du Dimanche a annoncé que l'ancien chargé de mission à l'Élysée devait faire l'objet d'une expertise psychiatrique.

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Le 12 septembre, Francetvinfo retranscrivait le verbatim des propos d'Alexandre Benalla enregistrés la veille au soir. Celui-ci proférait pis que pendre sur la commission d'enquête du Sénat, sur son président, et sur le Sénat en général, tout en précisant « je mesure très bien mes propos » :

« Philippe Bas, je mesure très bien mes propos, ce petit marquis, m'impose aujourd'hui de venir devant lui, sinon il m'envoie la police ou la gendarmerie. (...) Ce sont des petites personnes qui n'ont aucun droit, et aucun respect pour la République française et la démocratie. (...) Et aujourd'hui, ces personnes bafouent le principe de notre démocratie qui est fondé sur la séparation des pouvoirs. Il y a des gens qui se sentent au-dessus des lois, et qui les font pourtant. Et ça c'est incompréhensible pour moi. (...) Moi, j'ai des comptes à rendre à la justice française. Le Sénat français, qui bafoue les règles constitutionnelles de notre pays, très sincèrement, je vous le dis franchement, je n'ai aucun respect pour eux. » 

Le 19 septembre, devant la commission d'enquête du Sénat, Alexandre s'est mis en mode petit garçon bien élevé et s'est longuement excusé.

Benalla s'excuse devant le Sénat : "On n'attaque pas les hommes" © Le Monde
 

Le 22 septembre au soir, le JDD a annoncé que les juges qui doivent entendre l'ancien chargé de mission à l'Élysée le 28 septembre ont ordonné une expertise psychiatrique en application de l'article 706-47-1  du code de procédure pénale. Le JDD précise toutefois avec raison qu'« il semble difficile de faire entrer les faits reprochés à l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron dans l'un des 13 crimes ou délits recensés dans le texte ». En effet, les infractions recensées dans l'article 706-47 auquel se réfère l'article 706-47-1 ne semblent pas topiques. Attendons d'en savoir plus.

En tout cas, si Benalla se présente devant un psychiatre, que pourra conclure le pauvre confrère ?

Les déclarations de Benalla à Francetvinfo sur les sénateurs (« des petites personnes » « qui se sentent au-dessus des lois ») relèvent de ce qu'on appelle en psychologie une "projection", mais c'est un mécanisme courant.
Qu'en est-il du décalage entre le bon Dr Benalla (tel que le 27 juillet sur TF1 ou tel que devant le Sénat le 19 septembre), et l'inquiétant Mr Alexandre (tel que place de la Contrescarpe le 1er mai ou tel que répondant à Francetvinfo le 11 septembre) ?
Ce sont là  aussi des traits courants : chez Alexandre Benalla coexistent une dimension impulsive, qui le fait agir ou parler avant de réfléchir aux conséquences, et une dimension manipulatoire, qui l'aide à embobiner ses interlocuteurs en se mettant en mode rangé et poli.

Emmanuel Premier n'avait sans doute eu affaire qu'à sa dimension manipulatoire, sans quoi il ne l'aurait probablement pas gardé à ses côtés.

Réflexion collatérale

Les médias ont fait le rapprochement avec l'expertise psychiatrique ordonnée pour Marine Le Pen, dont celle-ci s'est offusquée le 20 septembre dernier dans une série de tweets comme celui-ci

Cette expertise intervenait dans le cadre de sa mise en examen pour diffusion de message violent accessible à un mineur (article 227-24 du code pénal). Elle avait tweeté en décembre 2015 trois images des exactions de Daech en réponse au chroniqueur de RMC Jean-Jacques Bourdin, qui avait fait un parallèle entre Daech et le FN. Il s'agissait d'images de trois prisonniers en tenue orange, l'un brûlé vif dans une cage, l'autre écrasé par un char, le troisième décapité avec sa tête sanguinolente posée sur son dos (ce dernier tweet a été supprimé, je vous épargnerai la source).
Le parquet avait ouvert une enquête suite au signalement du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Si l'on prend le code de procédure pénale à la lettre, pour le coup l'alinéa 3 de l'article 706-47-1 dispose que « Les personnes poursuivies pour l'une des infractions mentionnées à l'article 706-47 du présent code [en l'occurrence la 11°] doivent être soumises, avant tout jugement au fond, à une expertise médicale. »
Mais il est évident que le cas de Marine Le Pen ne rentre pas dans l'esprit de ce texte, qui vise essentiellement à mettre en place des injonctions de soins chez les délinquants sexuels.

Les juges auraient-ils pu éviter d'ordonner cette expertise (que Marine Le Pen va d'ailleurs refuser, comme c'est son droit) ? Je ne suis pas assez familier du droit procédural, mais ça aurait été souhaitable. D'ailleurs la poursuite judiciaire dans son ensemble est contestable.
Sur le fond, les mineurs sont hélas les premiers à savoir comment accéder aux images qu'ils sont censés ne pas voir.
Sur la procédure, ceci va avoir pour seul effet de donner à la fachosphère du grain à moudre à ses vitupérations contre une justice partisane aux mains des pouvoirs politiques.

mlp

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