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Nous abordons deux semaines de pur stand-by : Emmanuel Macron est d'ores et déjà président, même si les médias vont faire mine d'alimenter le suspense, audience oblige.
D'ailleurs dimanche 23 avril au soir, dès son discours terminé, il s'est transporté à La Rotonde pour fêter les résultats du scrutin, escorté de motards et brûlant les feux rouges de façon toute présidentielle.
La Rotonde, boulevard Montparnasse, n'est sans doute pas le Fouquet's. Mais ce restaurant a donné son nom au cercle des économistes « réformistes » qui s'y étaient retrouvés sous la houlette de M Macron à partir de septembre 2011 pour convaincre François Hollande de choisir la « politique de l'offre » (CICE et pacte de responsabilité) : Jean Pisani-Ferry, Philippe Aghion, Elie Cohen, et Gilbert Cette.

Le 9 avril dernier, Emmanuel Macron, prenant le contrepied de ce qu'il affirmait 5 mois plus tôt, a fait part de sa volonté de réformer le droit du travail par ordonnances, « pour procéder de manière rapide et efficace ».
La loi qui porte son nom ayant été adoptée au terme de recours répétés au 49.3 par Manuel Valls, M Macron a toute légitimité à vouloir simplifier la procédure.

Le futur président entend éliminer les obstacles qui s'opposeraient au cercle de la raison contre lequel il n'y a pas d'alternative. Ainsi, dans un entretien avec Pierre Pringuet, président de l'AFEP, Emmanuel Macron dévoile quelle sera l'une de ses premières ordonnances.

Il s'inspire pour cela de l'ouvrage de Pierre Cahuc et André Zylberberg paru en septembre 2016.
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Pierre Cahuc, qui occupe de fortes positions institutionnelles, faisait partie de la commission de dix experts mis en place en janvier 2015 à la demande Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, par Jean Pisani-Ferry, afin d’évaluer les effets des principales mesures prévues par le projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques. Cette loi, connue en tant que « loi Macron », fut promulguée le 6 août 2015.
Jean Pisani-Ferry, alors commissaire général de France Stratégie, organisme de pilotage stratégique au service de l’exécutif en matière économique et sociale, l'a quitté en janvier 2017 pour devenir directeur de programme d'Emmanuel Macron.

Voici en exclusivité le contenu de cette ordonnance :

         Il est inséré, après l'article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, un article 24 ter ainsi rédigé :

         « Art 24 ter. -  Seront punis d'un an d'emprisonnement, de 45 000 € d'amende, et de cent coups de fouet sur le derrière, ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l'article 23, le caractère scientifique de l'économie telle qu'enseignée dans les grands établissements, telle que relayée par les grandes revues académiques, et telle que promue par l'émission de France 5 "C dans l'air".
          « Seront punis des mêmes peines ceux qui auront nié ou minoré de façon outrancière, par un des moyens énoncés à l'article 23, l'efficacité :
          « - de la politique de l'offre par rapport à la politique de la demande ;
          « - de la politique de réduction des dépenses publiques par rapport aux politiques d'inspiration keynésienne ;
          « - de la politique de dérégulation de la sphère économique et financière par rapport aux politiques de régulation publique ;
          « - du monde de la finance comme nécessité schumpeterienne du développement économique et de l’innovation par rapport aux démagogues se prétendant défenseurs du bien commun. »

Le futur président de la République avait déjà donné de lui une image gaullienne en censurant la contradiction. Ainsi, il avait réussi à faire retirer la mise en ligne d'une émission qui critiquait son mode de communication sur une chaîne du groupe Bouygues.

Dans ce même entretien avec l'AFEP, toujours dans l'esprit de l'ordonnance annoncée, le futur président dit envisager de retirer la nationalité française à Jacques Généreux, auteur de nombreux ouvrages et conseiller « économie » de Jean-Luc Mélenchon, et à Thomas Piketty, auteur du best-seller mondial Le Capital au XXIe siècle et conseiller « traité budgétaire européen » de Benoît Hamon, ainsi que d'interdire l'accès au territoire français aux prix Nobel d'économie Paul Krugman et Joseph Stiglitz.
Emmanuel Macron argumente « Les économistes hétérodoxes sont un réel danger pour la démocratie ».

Des associations comme les Économistes Atterrés ou Attac, ainsi que des revues comme Alternatives économiques, sont évidemment dans la crainte de se voir interdire.
Emmanuel Macron se veut rassurant quant à son respect de la volonté populaire : « pour légiférer par ordonnances, il me faudra d'abord une loi d’habilitation du Parlement, puis une ratification explicite par le Parlement des ordonnances pour qu'elles acquièrent valeur de loi ».
Cependant, l'empressement des parlementaires, comme des autres professionnels de la politique, à se rallier à M Macron, donne à penser que l'aval du Parlement ne devrait pas lui poser problème.
 
... 
D'accord, c'est un poisson d'avril retardé.
Soyons juste : avec le soutien orwellien du monde financier, patronal, médiatique et politique, Emmanuel Macron n'a pas besoin de recourir à la censure.
 
Et pour conclure, ceci n'est nullement une invitation à voter Front National. Les reports de voix, que ce soit en terme de vote Macron, d'abstention, ou de vote blanc (enveloppe vide), ne laissent pas à Marine Le Pen, heureusement, la moindre chance d'être élue.
Par conséquent, si l'on est ni Macron ni Marine, la seule façon légale de marquer explicitement son opposition le 7 mai est d'aller voter blanc (enveloppe vide).

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