L'Israël de Benyamin Netanyahou condamné par les Nations Unies

Coup de tonnerre dans le ciel israélien : le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2334, qui condamne la colonisation des territoires palestiniens occupés depuis 1967.

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Communiqué des Nations Unies : Le Conseil de sécurité exige d'Israël qu'il cesse ses activités de peuplement dans les territoires palestiniens.

Non seulement la résolution du CS exige qu'Israël cesse ses activités de colonisation des territoires occupés, mais elle ne reconnaît « aucune modification aux frontières du 4 juin 1967, y compris en ce qui concerne Jérusalem, autres que celles convenues par les parties par la voie de négociations ». Le 4 juin 1967 est la veille de la fameuse guerre des Six Jours, au terme de laquelle Israël occupa la Bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est.

Quatorze membres du Conseil de sécurité sur quinze ont voté en faveur de cette résolution. Celle-ci a été adoptée parce que les États-Unis n'ont pas opposé leur veto. Ils se sont abstenus.

Il est clair que cette spectaculaire abstention des États-Unis est en rapport avec leur surréaliste période de transition présidentielle, qui s'étend depuis les résultats de l'élection présidentielle de novembre jusqu'à l'investiture officielle du 20 janvier.
Imaginez qu'en France Jean-Marie Le Pen ait été élu durant la présidence de François Mitterrand, mais n'ait pris son poste que deux mois et demi plus tard !

L'autre particularité de l'élection présidentielle américaine est d'être indirecte : elle passe par l'intermédiaire de « grands électeurs ». Et le président élu n'est pas toujours celui qui a reçu le plus de suffrages « populaires ». C'est le cas de Donald Trump, qui se retrouve président avec près de 3 millions de voix de moins qu'Hillary Clinton (1).

Barack Obama règle ainsi ses comptes envers Benyamin Netanyahou, avec qui les relations ont été se détériorant depuis 2009.
Et, bien sûr, il tire dans les pattes de son fort contestable successeur. Lequel vitupère sur Twitter que ça va changer aux Nations Unies quand il sera au pouvoir, et enfonce le clou en souhaitant à la cantonnade un « Happy #Hanukkah » (fête juive dont le début coïncide cette année avec le Noël des chrétiens).

Jusqu'à présent, les État-Unis ont volontiers utilisé leur veto, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, quand Israël était mis en cause. Même s'ils ont voté en faveur d'un certain nombre de résolutions (ou les ont permis par leur abstention) condamnant notamment des interventions militaires d'Israël hors ses frontières (essentiellement au Liban), des opérations policières ou militaires meurtrières en territoires occupés, ou des expulsions de civils palestiniens.

En 40 ans, depuis le veto à la résolution S/10784 du 10 septembre 1972 jusqu'au veto à la résolution S/2011/24 du18 février 2011, ils l'ont utilisé 42 fois, comme le décompte benoîtement l'American–Israeli Cooperative Enterprise (AICE), et comme on peut le vérifier sur l'ensemble des vetos recensés.
L'ONG Security Council Report compte quant à elle 30 vetos, s'en tenant aux résolutions ayant trait aux Palestiniens. 

Ainsi, les dernières résolutions du Conseil de sécurité condamnant clairement la colonisation des territoires occupés, voire demandant à Israël de mettre fin à l'occupation des territoires arabes, remontaient aux deux dernières années du mandat de Jimmy Carter, 1979 et 1980 (2), années charnières à bien des égards dans le monde. 

Évidemment, Israël a dit qu'il s'asseyait sur cette résolution, comme d'habitude.
 
Entendons-nous bien :
1) Moi aussi, je souhaite un joyeux Hanoucca à tous les terriens de culture juive, comme je souhaite un joyeux Noël à tous les terriens de culture chrétienne.
2) La majorité des Juifs vivant actuellement en Israël n'étaient même pas nés lorsque l'Occident, au lendemain du génocide juif, accorda aux Juifs la terre d'Israël par le plan de partage de la toute jeune ONU, en 1947, contre l'avis des Arabes de Palestine comme des autres pays environnants.
3) La majorité des Palestiniens vivant actuellement dans les « territoires occupés » n'étaient pas nés non plus.

Ceci pour dire que nous autres, les êtres humains, sommes avant tout le fruit de divers déterminismes, dont le déterminisme géopolitique.

Selon la formule bien connue, si les Juifs étaient un « peuple sans terre », la Palestine n'était pas une « terre sans peuple ».
Les premiers heurts entre migrants juifs et Arabes de Palestine remontent à la première aliyah des années 1880, sous l'empire ottoman, au moment où le terme « sionisme » allait apparaître, et avant même que le concept de sionisme prenne politiquement corps. Ceci pour dire qu'on n'a jamais pu ignorer que les Arabes n'accepteraient pas passivement l'implantation juive.

De nos jours, la logique systémique du bouc émissaire continuant à opérer à l'échelon géopolitique, l'antisionisme a pu devenir un faux-nez du bon vieil antisémitisme, mais pour autant on doit pouvoir promouvoir un « altersionisme ».

Si j'étais né en Israël, peut-être aurais-je été assez con pour voter en faveur du Likoud.
Si j'étais né dans la bande de Gaza, peut-être aurais-je été assez con pour voter en faveur du Hamas.

Mais il était temps que les USA cessent de bloquer toute tentative d'apaisement internationale.
Même si, les choses étant ce qu'elles sont en ce bas monde, cette résolution risque de rester lettre morte, comme la mer du même nom.

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1 : voir les estimations récentes des médias, par exemple du New York Timesou de CNN, qui se basent sur des calculs de l'Associated Press, du Cook Political Reportou du Dave Leip's Atlas of U.S. Presidential Elections (il faut dire que, dans la série des particularités électorales des USA, les résultats officiels ne sont pas encore disponibles à ce jour !)

2 : ce sont les très fermes résolutions 446 (22 mars 1979), 452 (20 juillet 1979), 465 (1er mars 1980), 471 (5 juin 1980), 476 (30 juin 1980) et 478 (20 août 1980).

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