Liu Xia, veuve du Prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo, enfin (semi) libre!

Trois jours avant l’anniversaire de la mort de Liu Xiaobo, son épouse Liu Xia, en résidence surveillée depuis la fin octobre 2010, a été autorisée à se rendre en Allemagne, grâce aux pressions d’Angela Merkel. Rappelons que la poétesse n’a jamais été accusée d’un quelconque délit, que son seul crime était d’avoir épousé Liu Xiaobo, et d’avoir refusé de rompre les relations avec lui.

Depuis des années, Liu Xia était dépressive, devait prendre des somnifères, et l’on s’inquiétait sérieusement pour sa santé mentale. Au début de l’année, elle a eu des problèmes cardiaques sérieux mais malgré cela, le gouvernement qui avait promis de la libérer en novembre dernier, puis en mars, puis en mai, la retenait. Aujourd’hui, elle est enfin libre, mais les autorités peuvent toujours la contrôler puisque son frère Liu Hui, condamné à onze ans de prison en 2013 pour une obscure affaire d’escroquerie, est toujours en liberté surveillée à Pékin et peut être incarcéré à tout moment. Malgré cela, il faut se réjouir de cette libération dans laquelle le gouvernement allemand a joué un rôle essentiel. Cela montre que les pressions paient, quoi qu’affirment les autorités chinoise.

Mais reportons nous un an en arrière. A la veille du 14 juillet 2017, le lauréat chinois du Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo mourait d’un cancer du foie dans un hôpital de Shenyang sous la surveillance de nombreux policiers en civil. Le 15 juillet, Liu Xia était contrainte de disperser ses cendres dans la mer au large de Dalian où il avait déjà été emprisonné vingt ans auparavant. Dans un discours télévisé rappelant les pires moments du maoïsme, son frère aîné, Liu Xiaoguang, qui l’avait dénoncé au lendemain du massacre du 4 juin 1989 et avait rompu toute relation avec lui depuis cette date, remerciait le Parti et le gouvernement pour la manière dont ils avaient traité Xiaobo.

L’enterrement marin avait il eu lieu pour des raisons écologiques, comme l’affirmaient les autorités ? Ou pour empêcher que ses partisans viennent se recueillir sur sa tombe comme les opposants le font chaque année lors de l’anniversaire de la mort de Lin Zhao, cette martyre du maoïsme fusillée en 1968 ?

Une fois de plus, les opposants ont été plus malins que le pouvoir, et dès le septième jour suivant son « enterrement », nombre d’entre eux se sont réunis au bord de la mer ou de cours d’eau pour lui rendre hommage. En l’absence d’une tombe où se recueillir, les milliers de kilomètres de côtes de la Chine sont devenus son tombeau. Bien sûr, le Parti a répliqué en procédant à de nombreuses arrestations.

Mais qu’a donc fait Liu Xiaobo pour que, même une fois disparu, il inquiète autant le plus grand parti du monde dirigé par le dirigeant (en apparence) le plus puissant depuis Mao Zedong ?

On dit souvent que les dissidents sont complètement coupés de la société et qu’ils ne représentent rien. Le Parti, lui, continue apparemment de les craindre puisque, trois ans après avoir intimidé les avocats des droits de l’Homme par une vague d’arrestations, il vient de condamner, Qin Yongmin, le militant vétéran de Wuhan, à 13 ans pour avoir organisé un « rassemblement illégal ». Cette peine vient s’ajouter aux 22 ans que l’homme de 64 ans a déjà passés en prison.

Dans ce contexte, les idées de Liu Xiaobo continuent de jouer un rôle.

Vivre dans la vérité : lorsque le pouvoir cherche à resserrer son contrôle sur la société, forçant ses cadres et les simples citoyens à répéter des slogans et à affirmer haut et fort leur confiance inflexible dans le nouveau timonier, celui qui se refuse à ces mascarades et continue d’affirmer ses convictions remporte l’admiration de ses concitoyens. Malgré les énormes pressions qui s’exerçaient sur lui entre ses séjours en prison, Liu Xiaobo a toujours refusé de se cacher pour dénoncer les excès du régime et son exemple en a inspiré bien d’autres.

Importance de la société civile : Liu Xiaobo a insisté dans ses écrits sur le rôle essentiel de la société civile dans le régime post-maoïste. Il a prêté attention à toutes les formes d’organisations non-officielles, a écrit pour soutenir le mouvement de défense des droits, et a lui-même organisé de nombreuses pétitions. Il était au centre de tous les réseaux oppositionnels, sans distinctions de domaine d’action ou de génération. L’une des premières actions de Xi Jinping a d’ailleurs consisté à étouffer la société civile qui avait recommencé à apparaître au début des années 2000.

La non-violence, seule arme efficace contre le régime : impressionné par le mouvement pour la démocratie de 1989, Liu a toujours insisté sur la nécessité de refuser la violence, quelle que soit l’ampleur de la répression. « Je n’ai pas d’ennemis », le dernier texte qu’il n’a pas pu lire devant le tribunal restera une importante part de son héritage.

En même temps, Liu a insisté sur la nécessité de dénoncer les abus, arguant que cela n’était pas si dangereux dans la Chine post-maoïste. Pour lui, lorsque certains osent parler clairement, cela permet à un plus grand nombre d’exprimer des critiques, car les risques sont alors inférieurs. Et depuis son arrestation, malgré le renforcement du contrôle politique et idéologique, de nombreux citoyens se sont levés pour défendre leurs droits.

Aujourd’hui, la voix du Prix Nobel de la Paix ne porte pas loin en Chine. Elle devrait pourtant nous interpeller et faire comprendre à nos dirigeants la nature du régime qui gouverne la deuxième puissance mondiale.

Xiaobo est mort en détention, comme Carl Von Ossietzky le Prix Nobel de la Paix prisonnier d’Hitler en 1936. Pourtant, son héritage demeure et inspire encore un grand nombre des opposants dont la voix ne peut se faire entendre aujourd’hui, mais qui, l’histoire l’a montré, continue d’exister et pourrait bien influencer l’avenir de ce grand pays.

 

 

 

 

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