Le prix Nobel de la paix Liu Xiaobo mourra-t-il en semi-liberté ?

Liu Xiaobo, le lauréat chinois du Prix Nobel de la paix, a été mis en liberté provisoire pour raisons de santé. Selon Mo Shaoping , le directeur du cabinet d’avocats qui assure sa défense, il est atteint d’un cancer du foie en phase terminale et serait traité depuis hier à l’hôpital n°1 de la faculté de médecine de Shenyang, dans le nord-est de la Chine.

Il n’a pas été possible de savoir si son épouse Liu Xia, en résidence surveillée dans son domicile de Pékin depuis que Xiaobo a obtenu le Prix Nobel en octobre 2010, a été autorisée à le rejoindre. : « Selon la loi chinoise, dans les cas de mise en liberté pour raisons de santé (baowai jiuyi), les détenus peuvent rentrer à leur domicile et se faire soigner dans l’hôpital de leur choix. Ils peuvent également rencontrer les personnes qu’ils désirent. Mais, selon moi, ils mettront Liu Xiaobo dans un hôpital officiel et ils contrôleront ses visites. Nous allons faire une demande pour qu’il puisse être soigné à l’étranger, mais je ne crois pas que nous obtiendrons satisfaction. De toute façon, je ferai le maximum. » nous a déclaré l’avocat, ami de la famille.

Arrêté en décembre 2008, condamné à onze ans de prison pour « incitation à la subversion de l’Etat » en décembre 2009, Liu Xiaobo aurait pu bénéficier d’une libération anticipée pour bonne conduite dès juin 2014. Ses avocats en ont fait la demande à plusieurs reprises, ainsi que de nombreuses demandes de mise en liberté provisoire pour raison de santé, mais en vain. Il est à craindre que si cette demande a été accordée aujourd’hui, c’est seulement parce que son état de santé s’est sensiblement aggravé.

En effet, la mort d’un Prix Nobel de la paix dans une prison chinoise serait une tache sur l’image internationale de Xi Jinping, qui devrait arriver à l’apogée de son pouvoir lors du 19ème congrès du parti communiste prévu pour l’automne prochain. Une mesure « humanitaire » ne peut que lui profiter, d’autant plus qu’elle n’intervient pas suite à des pressions occidentales tout à fait inexistantes.

Liu Xiaobo, qui s’est fait connaître par son soutien critique aux étudiants révoltés de la place Tiananmen au printemps 1989, a été l’un des principaux animateurs de l’opposition au cours des années 1990 et 2000. Envoyé en prison, en rééducation par le travail, il n’a jamais renoncé à « vivre dans la vérité ». Il n’a cessé d’écrire des textes critiques du gouvernement, se félicitant du développement de la société civile, et se trouvait au centre d’un réseau regroupant la plupart des opposants. Il n’a jamais abandonné son engagement en faveur de la démocratisation de la Chine et n’a cessé de lancer des pétitions en faveur des défenseurs des droits de l’Homme persécutés, des victimes d’injustices ou des nongmin gong ces travailleurs d’origine rurale qui sont les véritables soutiers du « miracle économique chinois »[1]. Dénonçant la « philosophie du porc » selon laquelle la consommation suffit à l’homme pour être heureux, il n’a cessé d’appeler ses concitoyens à ne pas renoncer au combat pour les libertés fondamentales, contre le conformisme et le totalitarisme. Depuis 2008, sa voix s’est tue, il ne peut pas correspondre avec son épouse qu’il voit une demi-heure par mois.

Sa mise en liberté conditionnelle devrait être une bonne nouvelle. Il y a cependant fort à craindre qu’elle ne survienne trop tard pour que sa voix puisse à nouveau encourager ses concitoyens à se battre pour leur liberté.

 

[1] Voir Liu Xiaobo, La philosophie du porc et autres essais, Paris, Gallimard, Bleu de Chine, 2010

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