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Billet de blog 11 avril 2017

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Réponse à un va-t-en-guerre

Une tribune de Nicolas Appelt, publiée dans Libération le 10 avril 2017 et intitulée "Syrie : la tache de Mélenchon", vend la guerre comme on vendrait des oignons, et dénonce les solutions pacifistes et diplomatiques défendues par Jean-Luc Mélenchon. Si la guerre est parfois inévitable, en l'occurrence je veux dire ici le danger que j'y vois.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'argumentaire de cette tribune est vraiment bas du chapeau. Comme si un conflit ouvert entre les USA, l'Europe, la Russie et la Chine, pour ne citer qu'eux, pouvait régler le sort de la Syrie ! C'est de l'inconscience pure est simple. C'est voir le monde par le petit bout de la lorgnette, et croire que la question de la Syrie se résume à un conflit local, où les gentils veulent faire tomber une dictature soutenue par les méchants.


Aussi dramatique que soit la situation pour le peuple Syrien, discuter une solution ne peut se faire qu'en adoptant une vision globale du problème, et en mesurant les risques. Et là, le risque c'est un conflit ouvert entre super-puissances. Se lancer dans une escalade militaire est du suicide collectif. Et face à un tel risque, il n'y a pas d'autre choix que trouver une façon de calmer le jeu, pour s'asseoir et discuter.

Oui, discuter est plus facile à dire qu'à faire. Mais ne venez pas me dire que la guerre est plus facile ! Dans le cas présent la diplomatie est la seule alternative possible à une escalade militaire que personne ne maîtrisera, donc nous sommes contraints d'y arriver. Et je me réjouis qu'au moins un candidat ait la clairvoyance suffisante pour nous proposer cette voie.

La dictature en Syrie vous choque, moi aussi. Sa façon d'écraser la -- ou plutôt les rébellions vous écoeure, moi aussi. Que le régime soit soutenu par la Russie et la Chine vous ulcère, moi aussi. Mais pour remettre un peu les choses à leur place, je suis tout autant choqué, écoeuré et ulcéré par les dictatures présentes et passées d'amérique latine soutenues par les USA, ou celles d'Afrique soutenues par l'Europe, pour ne citer que celles-là et en passant sous silence les cas de l'Arabie Saoudite et du Qatar. Êtes-vous en train de découvrir que les super-puissances se partagent leur influence dans le monde, notamment en mettant en place et en soutenant des dictatures ?

Pourquoi croyez-vous que l'Europe, et l'URSS en son temps, n'aient jamais tenté de soutenir ouvertement les rébellions dans les dictatures d'Amérique latine ? Parce que ça aurait passablement ennervé les USA, et que personne ne veut ennerver les USA. En tout cas pas militairement. Est-ce que c'est normal, et moral, de laisser faire ? Non. Mais aussi dramatique que ce soit personne n'a intérêt à encourager un conflit ouvert entre super-puissances. Et c'est précisément la tournure que prennent les choses en Syrie.
Aussi difficile que soit la mise en place de solutions diplomatiques dans des cas pareils, elles sont la seule alternative possible à une escalade militaire. Si vous pensez qu'entrer ouvertement en guerre aux côtés des USA contre la Russie et la Chine va régler le problème, moi pas. Et croyez-vous sincèrement que ça améliorerait la situation pour les Syriens ?
Dès lors que les super-puissances s'opposent frontalement le risque est global. Révisez votre Histoire, et attardez-vous sur la crise de Cuba. Pourquoi croyez-vous que les USA soient, au moins jusqu'à présent, prudemment restés officiellement à l'écart du conflit ?
Les belliqueux et autres pro-guerre sont toujours ceux qui crient le plus fort, en voulant faire croire que sous couvert d'humanitaire un conflit armé est la seule option possible, et que tous ceux qui y sont opposés sont coupables de faiblesse et de désintéressement. Les partisans de solutions pacifiques sont systématiquement culpabilisés par les va-t-en-guerre, et c'est ce que fait votre tribune. Ce que vous présentez comme une "tache" dans le programme de Mélenchon consiste uniquement à culpabiliser une position pacifiste, qui elle, au contraire de votre propre position, réfléchit aux conséquences possibles avant de défendre une action plus belliqeuse encore qu'elle ne l'est déjà.
La tache, c'est votre tribune. Et à vous lire, je ne mesure que mieux le danger qui nous menace tous à vous laisser envinemer la situation de la sorte sans réagir.

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