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Billet de blog 19 août 2024

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Le sens des priorités selon Renaissance, ou la stratégie de l'île de Pâques

Le 13 août le parti macroniste Renaissance publiait la liste de ses priorités, en haut desquelles le "rétablissement de nos comptes publics". Mais quelle place pour le rétablissement de notre compte Environnement ? Nous vivons à crédit environnemental depuis le 1er août. Ressources annuelles épuisées. "L'environnement" est mentionné, comme "républicain", ou "démocratique". Pour quelle réalité ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans sa lettre du 13 août dernier aux partis dits "républicains", M. Stéphane Séjourné, chef du parti macroniste Renaissance, nous liste les priorités politiques de son parti, en haut desquelles le "rétablissement de nos comptes publics". Tandis que "l'environnement" fait figure de peinture verte, au milieu de "républicain", "démocratique", "sécurité", "militaire", "défense de nos valeurs", et autres "souveraineté économique".

Où est la cohérence avec les coupes budgétaires annoncées récemment dans des politiques environnementales déjà rachitiques, au motif de dette publique et d'austérité financière ?

À propos d'urgence et de priorité


La maison brûle, M. Séjourné ! Et il y a urgence à éteindre l'incendie. Qu'est-ce que vous ne comprenez pas du mot "urgence" ? Une urgence, c'est un événement qui attend une réponse qui prenne la priorité sur toutes les autres. TOUTES les autres ! Le camion de pompiers sirène hurlante prend la priorité sur TOUT le trafic routier. Il n'y a pas de "oui, mais j'ai un rdv important avec le banquier, alors je ne m'écarte pas" ! Quand la maison brûle, tout le monde arrête toutes ses activités, et tout le monde fait tout son possible -- TOUT SON POSSIBLE, pour l'éteindre, et sauver ce qu'il y a encore à sauver. Même vous, dormez et vivez dans cette maison, M. Séjourné. Et pourtant vous, vous nous expliquez calmement qu'avant tout, la priorité, la véritable urgence, la première chose à faire, c'est de s'assurer que les banquiers déjà financièrement bien ventripotents soient bien payés. Ahurissant d'inconscience et de déni.

Un plan B, peut-être ?


À moins que vous et vos amis banquiers, qui vivez tous aussi à l'intérieur, n'ayez un plan B qui nous échappe ? Que vous comptiez sur votre argent pour vous protéger de cet incendie d'une façon ou d'une autre ? Est-ce là votre plan B, M. Séjourné, laisser brûler la maison de tous, tout en vous payant une bulle de protection réservée à une poignée de privilégiés autour de vous ? Que devons-nous -- nous, la plèbe -- penser d'un soi-disant pompier comme vous, qui regarderait le brasier détruire notre seule et unique maison, et avec elle nos seules et uniques ressources de vie et survie, en nous expliquant "oui mais ça va coûter combien, d'éteindre tout ça ?" ? Et de ne pas éteindre, ça coûtera quoi ?

Vous vous acharnez, par tous les moyens possibles, de plus en plus violents, à nous imposer un système pyromane, responsable et coupable d'incendie volontaire de toutes nos ressources vitales communes. Et vous, vous soufflez sur le brasier, vous arrosez de pétrole, vous rémunérez les copains pyromanes, et vous venez devant nous vous présenter en pompier messianique !

Un budget annuel de 170 % de nos ressources


Rappelons que nous n'avons que notre jardin pour nous nourrir. Au milieu d'un désert. Sans aucun voisin, ni aide ou secours possible de qui que ce soit d'autre. En autarcie complète. L'avez-vous seulement compris ? On se le demande. Aujourd'hui nous consommons 170 % de ce que ce jardin est capable de régénérer en 1 an -- le cycle naturel des saisons. 170 %. 1,7 jardin par an. Expliquez-nous comment vous gérez ça, dans votre belle vision politique du monde ? Parce que bien sûr, il nous faut de la croissance, n'est-ce pas ? De la croissance de consommation. Parce que sinon, le "système" s'effondre. Donc on ne va même pas s'arrêter là. On va continuer : 180, 200, 250. 300 %. Peu importe ce qu'il advient du jardin qui nous nourrit, du moment que "la croissance" est là, et que "le système" ne s'effondre pas. 


Dans les années 70-80 nous ne consommions que 100 % de ce que la planète peut régénérer. Ce n'était déjà pas très malin de tout épuiser, mais au moins ça rentrait dans les clous. Maintenant que nous en sommes à 170 %, on fait comment ? On épuise les stocks, ok. Une fois la production annuelle épuisée on attaque le jardin lui-même, la structure-même qui permet la production, toutes ces ressources qui ont besoin de plus d'un an pour se renouveler, ok. Et ensuite ? La terre en biscuits secs ? Les caillous en clafoutis ? Sans parler de l'eau, bien sûr. On boira ce qui reste de pétrole en smoothie, j'imagine.

vous cherchez quoi, exactement, en ignorant à ce point la situation : une guerre ? Et ensuite ?

La stratégie de l'île de Pâques


Le tragique destin de l'île de Pâques devrait nous servir de leçon. L'épuisement des ressources vitales, qu'ils en aient été les seuls directement responsables ou qu'ils n'aient qu'accéléré un phénomène naturel, est sans doute ce qu'ont connu ses habitants. Jusqu'à leur extinction.

En disant ça, je me demande s'ils avaient bien réglé leur dette aux banquiers avant de disparaître, tiens. Peut-être que leurs banquiers ont pu acheter d'être les derniers à rester debouts, vivants. Au moins quelques temps. Mais, semble-t-il, pour finir comme les autres de toute façon.

LA Dette, et la dette


Lorsqu'il s'agit de "LA Dette", c'est-à-dire la seule qui soit selon vous, donc sous-entendu "financière", vous avez une solution toute faite, bien huilée, dans votre système à croissance infinie : l'austérité budgétaire, financière, économique et sociale pour la plèbe. Aucune efficacité pour la plèbe elle-même, qui ne voit jamais "la dette" qu'augmenter, malgré votre "solution" dogmatique miracle. Mais peu importe, puisque pour les financeurs, en revanche, c'est une autre histoire. Eux, on ne risque pas d'oublier de leur "rembourser la dette", n'est-ce pas ? Avec intérêts, ça va sans dire. Quand ce n'est pas avec pénalités. Une dette bien lucrative, en somme, selon d'où on la regarde.

Mais pour la dette environnementale, M. Séjourné, celle qu'on mentionne comme une anecdote amusante entre deux médailles olympiques et un relevé de pollution de la Seine, pour la mère de toutes les dettes, on fait quoi ? On se prépare au même destin que sur l'île de Pâques ?

Lâchez l'affaire !


Votre politique est la cause du problème, M. Séjourné. Votre vision du monde et votre sens des priorités politiques nous ruinent. Littéralement. Vous mettez en ruines notre seul environnement de vie. Méthodiquement. Systématiquement. Arbirtrairement. Violemment.

Lâchez l'affaire, M. Séjourné. Par pitié, vous et vos amis, lâchez l'affaire. Et svp, svp, lâchez ce bidon d'essence !

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