Macron, le président transgénique

Et l'oligarchie créa Macron à son image.

Un président transgénique qui est à la politique ce qu’est une tomate cubique à la solanum hypercusom, ce merveilleux légume-fruit dont les manipuleurs génétiques de l’agriculture industrielle voudrait nous faire oublier le goût délicieux. © DR Un président transgénique qui est à la politique ce qu’est une tomate cubique à la solanum hypercusom, ce merveilleux légume-fruit dont les manipuleurs génétiques de l’agriculture industrielle voudrait nous faire oublier le goût délicieux. © DR

« L'aventure Emmanuel Macron est passionnante: cet homme était inconnu des Français en 2014. S'il est élu président de la République en 2017, proclamait Christophe Barbier, dans son éditorial de l’Express du 31 août 2016, ce sera un phénomène quasi révolutionnaire comme la France n'en a pas connu depuis le surgissement d'Adolphe Thiers en 1840 ou celui de Napoléon Bonaparte. » (ICI) Le boucher de la Commune de Paris et un tyran…

Son aspiration « révolutionnaire » réalisée, un peu moins d’un an plus tard (l’Express du 23 juillet 2017), le même chien de garde aboie : « Nous nous sommes offerts en 1981, une cinquième semaine de congés payés. Mais il serait temps, aujourd’hui, que les Français renoncent d’eux-mêmes à cette cinquième semaine. » (ICI) Comme les autres éditocrates dopés par l’élection de leur créature, Christophe barbier se lâche et exulte : enfin la contre révolution néolibérale est en marche !

En la matière, une étude du Cepii (Centre d’études prospectives et d’informations internationales), menée dans 44 pays développés, rendue publique le 1er septembre, fournit opportunément quelques précisions utiles.

Centrée sur les classes moyennes, elle s’alarme de leur endettement exponentiel et de leur paupérisation à la vitesse de la mondialisation capitaliste. Le journal Le Monde qui s’en fait l’écho (ICI) note que selon l’étude du Cepii « il est désormais établi que la flexibilisation des marchés du travail a contribué à la hausse des inégalités », avec, en illustration, l’« exemple flagrant » du Royaume -Uni où « plus d’un million de Britanniques sont aujourd’hui sous “contrat zéro heure”, ces emplois précaires n’offrant ni garantie horaire ni salaire minimum » (ICI).

Aussi bien le quotidien aurait-il pu prendre pour exemple l’Allemagne — si souvent donnée en modèle dans ses colonnes ! – où la dérégulation du marché du travail, mise en œuvre au début des années 2000 par la coalition Parti social démocrate (SPD)-Verts, a plongé des millions de travailleurs dans l’enfer de la précarité et de la pauvreté (4,7 millions d’actifs survivent avec des minijob plafonnés à 450 euros par mois), un pays où les chômeurs sont des « clients » à la merci du « hachoir » des Jobcenter (ICI), un pays où près de 11 millions de retraités sont obligés de travailler faute de pension suffisante (ICI).

JAILLI DES ÉPROUVETTES DE L’OLIGARChIE

Après la loi travail Hollande, la loi travail Macron, adossée à une contre révolution fiscale fondée sur le pillage des classes moyennes et populaires et ciselée pour les plus riches (ICI), la France est sommée d’emprunter à marche forcée le chemin de larmes et de sang vanté avec ravissement, depuis des décennies, par les zélotes patronaux, médiatiques et politiques du néolibéralisme.

Avec, en prime de cette exclavagisation du salariat et d’une regression sociale sans precedent, la mise en place d’un régime politique autoritaire, voire une dictature ?

Car on peut prévoir que les conséquences politiques d’un « grand bond en arrière » social en France n'y seront pas exactement les mêmes qu’au Royaume-Uni ou en Allemagne, pour reprendre les deux exemples cités plus haut. La France s’en distingue à la fois par une plus forte résistance au néolibéralisme, avec ces « Français qui détestent les réformes » (Macron) et des institutions monarchiques insupportables, qui démultiplient le rejet d’une politique professionnelle quasi monochrome, engluée dans une corruption systémique. Un cocktail éminemment explosif pour une classe dominante qui a du faire appel à la manipulation génétique pour tenter de sauver sa peau.

Ainsi l’oligarchie a-t-elle sorti de ses éprouvettes le premier président transgénique de la Ve république.

Macron : un banquier qui a fait ses preuves à la banque d’affaires Rothshchild, soit un homme de toute confiance, du sérail, faute de politicien professionnel capable (Hollande qui aura pourtant bien servi a du mettre les pouces, Fillon n’ayant pas fait long feu aura au moins servi de diversion et de contre exemple, Le Pen toujours parfaite en épouvantail) ; un technocrate « vierge » de toute élection, donc à la merci de ses mentors ; un énarque pur jus rompu à la dissimulation et au mensonge (« Pardon de vous le dire » était son tic de langage autant que le fameux « en même temps ») ; un égotiste pathologique qui n’a jamais eu d’autre préoccupation dans sa vie que de porter un soin narcissique à sa carrière ; un opportuniste dans l’âme disposé à tous les maquillages, client idéal de médias quasi entièrement entre les mains du CAC 40 et consort ; un coryphée de la « disruption » rêvée du Medef, soit l’imposture généralisée des start-up avec l’ubérisation, version patronale de l’abolition du salariat.

Macron : un président transgénique qui est à la politique ce qu’est une tomate cubique à la solanum hypercusom, ce merveilleux légume-fruit dont les manipuleurs génétiques de l’agriculture industrielle voudrait nous faire oublier le goût délicieux.

LA LIE DE LA SOCIÉTÉ A SON CHAMPION

Il n’aura pas fallu trois mois pour que le « récit », comme disent les communiquants (qui se pressent aujourd’hui au chevet de « jupiter » en panne) fasse pschitt. Tout ce qui a fait le succès de « l’homme providential »se retourne contre lui. Sa jeunesse ? Un président d’une monarchie républicaine, à l’instar des rois de l’Ancien régime, se doit d’incarner une figure paternelle… D’où sans doute l’omniprésence médiatique de madame Macron, tentative de compensation maternelle du défaut de « père de la nation » ? Sa « proximité », sa « nouveauté », sa « modernité » ?... C’est un politicien honni des sondages comme nul autre président avant lui, maquillé à 26 000 euros, dans son blouson à 450 euros, qui se prend un bain de foule dans la station balnéaire chic et friquée du Touquet. Quant à sa vieille lune recyclée du « ni de droite ni de gauche », comme pour Giscard d’Estaing qui se prétendait au centre, elle ne trompe plus grand monde : sa politique est de droite, la même que celle de ses prédécesseurs, actualisée à l’aune des diktats du Medef et de l’Union européenne, c’est à dire durcie comme jamais.

Les 30 milliardaires français (dont les cinq premières fortunes pèsent à elles seules 125,8 milliards d’euros !), les 10% de Français les plus riches qui capteront 46% des baisses d’impôts programmées par le gouvernement, les patrons fraudeurs aux cotisations sociales (près de 20 milliards par an selon la Cour des comptes), les évadés fiscaux (80 milliards par an), le chef du Medef, Pierre Gattaz, qui vient de s’offrir un château à 11 millions d’euros pour fêter sa retraite… Avec Macron, la lie de la société à trouvé son champion. Macron footballeur, Macron aviateur, Macron pompier volontaire… l’histrion a beau se déguiser et multiplier les pantalonnades, son masque dégouline. 

Ce qui saute aux yeux est que Macron est le président des riches. C’est-à-dire de cette infime fraction de la population, la grande bourgeoisie, qui cultive ses réseaux et qui concentre toutes les richesses et tous les pouvoirs. Une classe qui, comme nous le rappellent les sociologues des riches, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, mène « une guerre sans merci contre le peuple » (ICI).

Mais pour gagner l’élection présidentielle, même manipulée comme elle l’a été, il a fallu à Macron obtenir l’adhésion d’une partie conséquente de la classe moyenne dite « supérieure », avec sa fraction « militante », la « classe nuisible », comme l’appelle Frédéric Lordon (ICI).

« Cœur battant du marcronisme », la « classe nuisible » est une des composantes de la classe éduquée, autrement appelée petite bourgeoisie intellectuelle (dont « sans surprise, la sous-sous-classe journalistique en est le joyau, et le porte-voix naturel »). Ses membres « sont tellement homogènes en pensée que c’est presque une classe-parti, le parti du “moderne”, du “réalisme”, de la “French Tech”, du “projet personnel” ».

« L’égoïsme forcené » de ses membres, « joint à l’intensité des investissements existentiels, a pour propriété paradoxale de faire de la classe de “l’ouverture” une classe séparée et claquemurée, sociologiquement minoritaire en dépit des expressions politiques majoritaires que lui donnent les institutions électorales ». Quasi imperméable à la dévastation de la société par le néolibéralisme, « les inégalités ou la précarité ne lui arrachent dans le meilleur des cas que des bonnes paroles de chaisière, en tout cas aucune réaction politique ».

UN CAUDILLO NEOLIBÉRAL

Oligarchie, fraction de la classe moyenne supèrieure, le noyau dur du macronisme n’est fort que de la faiblesse de ses adversaires et de la propagande en continu de ses valets médiatiques. « Car il ne faut pas se tromper, souligne Philippe Lordon, la France n’est nullement macronisée. Les effets de levier composés du vote utile font à l’aise un président avec une base d’adhésion réelle de 10% des inscrits. Quant aux législatives, le réflexe légitimiste se joint à la pulvérisation des candidatures d’opposition pour assurer de rafler la mise. »

Mais si la base sociale étriquée de Macron est riche de perspectives pour une future alternative sociale et politique, elle est à court et moyen terme grosse de tous les dangers pour la démocratie.

Comme l’explique Juan Branco, l’avocat français du fondateur de Wikileaks, Julian Assange, dans une interview d’Aude Ancelin, « La violence que prépare Macron » (ICI), « Il n’y a pas d’intention autoritaire particulière chez Macron. Bon, il se prend pour Jupiter, c’est un enfant-roi… On pourrait faire de la psychologie de bazar, mais structurellement son pouvoir se constitue de façon à devenir autoritaire. Parce que pour le maintenir, pour maintenir les intérêts de ceux qui l’ont porté jusque-là, il est obligé de passer par une forme autoritaire d’exercice du pouvoir qui s’auto-entretient ».

Aussi, faute d’une adhésion consentie à son programme, le « caudillo néolibéral », ainsi nommé par Inigo Errejon de Podemos (ICI), annonce la couleur en voulant passer en force sur la loi travail (le fameux « blitzkrieg » promis par Fillon au Medef), comme avec son attaque en règle des libertés publiques, avec la loi « antiterroriste » destinée à remplacer le régime exceptionnel de l’état d’urgence (reconduit six fois depuis les attentats de novembre 2015). Un projet visant à faire entrer dans le droit commun certaines dispositions de l’état d’urgence et qui fait dire à la présidente du Syndicat de la magistrature, Clarisse Taron, que « la France prend le chemin d’un État policier » (ICI et ).

Jugement oh combien lucide au regard d’une loi qui, en substance, sans l’autorisation d’un magistrat, permettrait aux autorités de surveiller arbitrairement n’importe quel citoyen, d’attenter à la libre circulation des personnes et de réaliser des violations de domicile jour et nuit. Projet d’autant plus alarmant que ces deux dernières mesures ont été utilisées massivement à l’encontre de militants et de mouvement sociaux, en particulier lors des manifestations contre la loi El Kohmeri, en 2016. Et c’est aussi à ce moment là que le ministre de l’Intérieur de Hollande a mis en place une politique de militarisation et de brutalisation des forces de l’ordre qui remet en cause le droit même de manifester.

Enfin, ceux qui douteraient encore des intentions réelles de « Macron Bonaparte » ont de quoi méditer avec la mutation de son mouvement en « parti le moins démocratique de France ». Qui fait dire à un de ses «marcheurs » désabusés, Rémi Bouton (ICI), qu’« ils [Macron et les dirigeants d’En Marche] voulaient supprimer les baronnies des partis traditionnels ? Ils les remplacent par une aristocratie de droit divin ! Les adhérents ne sont pas un tiers état, nous sommes un “quart état” ! »

Le 12 septembre prochain, le Tiers état est appelé à la grève générale et à descendre dans la rue.

 

 

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