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Billet de blog 4 oct. 2018

Les voyous de la bac n'aiment pas les sourires

Violences, insultes, humiliations, tazages, garde à vue et rappel à la loi... pour un sourire. De la part de quatre policiers « assermentés censés défendre les valeurs de la république » En toute impunité. Témoignage de Badr Belamine.

Jean-Pierre Anselme
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© DR

« J’ai passé 24 h en garde à vue pour un sourire à la police.

Une voiture de la bac passe devant moi je suis à l’arrêt à un feu rouge à Bezons (95) je souris à ses occupants.

Ils n’ont pas l’air d’apprécier et me le font savoir en m’invectivant, je me porte à leur hauteur en leur disant qu’il n’y a rien de mal dans un sourire.

Les policiers se dirigent bêtement mais sûrement dans leur schéma idéologique et finissent par me dire de déguerpir ou que sinon je serai verbalisé.

Je les invite donc à me verbaliser à leur guise si ça peut les satisfaire.

Je me gare sur le trottoir à proximité.

Sans manifester de violence à leur encontre.

Ils sortent précipitamment de leur véhicule et procèdent à une tentative de palpation en tentant directement de mettre leur mains dans les poches de ma veste, je m’y oppose en protégeant mes poches avec mes mains.

Les policiers très très agressif me disent qu’ils ont tous les droits et tentent immédiatement de me menotter.

Je préviens les policiers que je suis blessé gravement au dos depuis quelques jours et que leur violence risque de me faire mal, voir d’aggraver mes lésions.

(Sciatique et hernie discale volumineuse)

Les policiers ne s’en soucient guère et continuent leur tentative d’arrestation.

Ils sont au nombre de 4.

Je suis seul.

Je résiste sans violence, juste pour ne pas me causer du tort pénalement, mais surtout pour éviter d’avoir mal au dos.

Les policiers sont déchaînés voir endiablé, j’hurle de douleur et leur réitère à plusieurs reprise que je suis souffrant.

Ils me projettent au sol m’étouffent et tentent de me placer des clefs de bras.

Au sol je suis complètement écrasé par 3 policier et un policier maintient mon bras gauche tandis que mon bras droit est rabattu contre mon dos.

Je souffre atrocement et surtout je n’arrive pas respirer.

C’est alors que je reçois des décharges électriques avec le Tazer d’un policier.

Des décharges répétées en guise de punition.

Des insultes, des injures, des grossièretés.

On me demande de rabattre mon bras gauche si je veux que cela cesse.

Mon bras gauche étant toujours dans les bras du policier à terre.

Dans un dernier effort je le rabat contre mon dos.

Et je suis totalement menotté.

Dans la cohue mon scooter a chuté.

Mes lunettes et effets personnels jonchent le sol.

Je demande à ce qu’ils soient récupérés.

Les policiers continuent de m’insulter et laissent délibérément mes lunettes mon bonnet et casque audio de grande valeur sur le siège de mon scooter.

Je demande et répète svp attacher le scooter au moins pour éviter qu’on me le dérobe.

Les policiers laissent délibérément mon scooter sur le trottoir sans verrouiller le dispositif antivol du guidon.

A un moment un policier me dit.

Quand tu reviendras il n’ y aura plus ton scooter ni tes lunettes.

Cette police censé protéger et servir est à présent à la solde de voleurs et encouragent aux vols de mes biens.

Je suis contraint de force à entrer dans leur véhicule mon dos me fait atrocement souffrir et je suis encore choqué de leur cruauté.

A l’intérieur du véhicule et à l’abri des badauds je suis une nouvelle fois tazé, violenté, frappé, étranglé et insulté.

Les policiers se déchaînent alors que je ne manifeste aucune violence.

Je suis traité d’homosexuel et de fils de pute , de race de merde, je reçois des coups de coudes encore des étranglements et des coups de tazer.

La violence est inouïe et totalement injustifiée.

Arrivés aux portes du commissariat d’Argenteuil les violences cessent subitement.

Les policiers redeviennent des officiers modèles et exemplaires.

Plus d’insulte plus de coups.

Je suis conduit à la fouille et ont me notifie ma mise en garde à vue.

Les policiers se réjouissent et fanfaronnent à l’idée de mes prochaines 24 h

Je suis placé en garde à vue sans pouvoir dérouler les faits à l’OPJ [officier de police judicière] de permanence.

Très vite je comprends la connivence entre mes bourreaux et l’OPJ.

Je suis envoyé en cellule sans matelas sans couverture et souffrant d’une hernie discale volumineuse.

Sans traitement.

Je suis choqué, mais je trouve la force de la réflexion dans la méditation.

Je repense à toutes les personnes ayant subis des injustices.

Dans mes doctes...

Tupac, Nelson Mandela et bien d’autre.

Je me dis que j’ai bien fait de ne pas gâcher ma vie.

Avec un coup de tête en fracturant le nez a un de ces policiers.

J’ai la responsabilité de mon fils et c’est ça le plus important.

Finir en prison et faire le jeu de ces ignobles policiers ce n’est pas le but.

La nuit est longue et douloureuse.

Mentalement et physiquement.

Mais Dieu veille...

Je reçois la visite d’un médecin, pensant mon calvaire terminé, à sa vue je sais tout de suite qu’il n’est plus médecin mais formaliste...

L’examen de mes lésions et autres contusions sont sommaires.

Mes douleurs au dos, de simples doléances.

Je fais, bien malgré moi, parti d’un système judiciaire biaisé et à l’agonie.

Les dés sont pipés...

Il n’y aura pas de justice.
Il n’y aura pas de justice.

La confrontation avec mes agresseurs est joué d’avance.

Je suis assisté d’une avocate commise d’office et a ma grande surprise c’est la seule lumière de ses 24 interminables heures.

Elle me défend à merveille et je la sens totalement investie dans cette affaire.

A l’issu de la confrontation avec seulement 2 policiers sur 4 incriminés, mais surtout avec les 2 ayant porté le moins de coups, je suis reconduit en cellule en attendant la décision du procureur.

Qu’est ce qu’il s’est dit à la confrontation ?!

Deux policiers assermentés censés défendre les valeurs de la république...

Aucune allusion aux violences ni aux insultes et humiliations.

J’ai refusé une palpation et j’ai été embarqué.

Simple explication.

C’est tout de même effrayant...

Consternant.

Adama Traoré et tellement d’autre...

Je comprend l’horreur de leur derniers instants.

Et je me dis que j’ai échappé au pire.

Sans surprise le parquet se place du côté des policiers.

Je suis libéré avec un rappel à la loi.

Je ne dois commettre aucun délit similaire sous 3 ans...

Un délit ?!

Je crois rêver !

Si j’ai commis un délit en refusant l’intrusion des policiers dans ma vie privée.

Combien de délits ont commis ces mêmes policiers ?

Je sors du commissariat épuisé avec pour seul objectif immédiat de récupérer mon scooter.

Rappelez vous...

Laissé sur le trottoir sans protection.

Une fois sur place plus de scooter...

Je suis anéanti!

J’espère pouvoir me dire qu’il n’est pas aux mains de voleurs mais bien en sécurité à la fourrière.

Je me rend donc au commissariat en face du lieu où était mon scooter la veille.

Ils n’ont rien vu, n’ont rien entendu mais surtout que mon scooter n’est pas à la fourrière...

J’ai tout perdu en 24 h...

Et c’est vraiment injuste et cruel.

Quel était le but de ces policiers ?

Me nuire dans les grandes lignes par ego et surtout pour assouvir leur besoin de domination et autre névroses...

Je sais bien qu’ils exercent un métier difficile, mais suis-je responsable ?

Sommes nous responsables ?!

NON.

Je pars donc avec un infime espoir, tenter de retrouver les voleurs de mon scooter.

Une cité jouxte la rue où était stationné mon scooter.

Je décide d’y pénétrer.

Au loin j’aperçois un jeune qui vient m’aborder il est boiteux et semble souffrir comme moi...

Il me demande qu’est-ce qu’il pouvait faire pour moi...

Je le trouve étrange et gêné.

Je lui raconte mon récit et que je suis à la recherche de mon scooter disparu la veille.

Il me dit qu’il n’a rien vu et qu’il n’y a rien de plus dans la cité.

Je ne me contente pas de ses dires et suis plutôt mon intuition...

Je pénètre alors dans la cité renommé « Alcatraz »

Je découvre une cité refermée sur elle même grâce à son architecture mais rien d’inquiétant, moi qui ai visité la vraie «Alcatraz»

Je suis à la recherche du gardien, qui d’après le jeune n’est pas là...

Effectivement il n’est pas là.

Mais je continue ma visite des recoins de cette cité...

Et ma persévérance et la bonté divine finissent par me récompenser !!!

Mon scooter est là ! Caché derrière des buissons !!!

Ma joie et mon soulagement sont indescriptibles !!

Je remercie mon seigneur !

Mes prières ont étés exaucées !

Au loin j’aperçois les jeunes dépités...

Et oui les gars...

Je suis un requin!

Voici le récit de mes 24 dernières heures...

Ça m’a fait du bien d’écrire.

Bien plus que d’aller porter plainte à la police des polices.

Ces derniers temps le sort s’acharne et il m’arrive des histoires incroyables.

Beaucoup de souffrances.

Mais continuons de garder la Foi en ce qui nous habite.

L’injustice règne dans le monde.

Combattez la en essayant de devenir meilleur.

Non pas en la propageant.

Reformez vous !

Tachez de tirer des leçons de toute chose.

Rien n’est jamais fini.

Soyez fort.

Il y’aura des jours meilleurs.

Plusieurs vingt quatre heures... »

Badr Belamine

• Témoignage rendu public par l'Observatoire des violences policières  

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