Guadeloupe: «Ne me touchez pas sales nègres!»

Les békés ne se contentent pas de piller la Guadeloupe, dignes de leur passé d'esclavagistes, certains expriment ouvertement leur racisme. Telle Sylvie Hayot, samedi dernier, qui accueillit les pompiers venus la secourir par un : « Pa mannyé mwen, sal nèg », (ne me touchez pas sale nègres). Insulte suivie par des crachats, des gifles…. 
Les békés ne se contentent pas de piller la Guadeloupe, dignes de leur passé d'esclavagistes, certains expriment ouvertement leur racisme. Telle Sylvie Hayot, samedi dernier, qui accueillit les pompiers venus la secourir par un : « Pa mannyé mwen, sal nèg », (ne me touchez pas sale nègres). Insulte suivie par des crachats, des gifles….

 

 

Communiqué d'Élie Domota

au nom de l'UGTG(lien ici)

« Nous exigeons une justice exemplaire »

« Voilà en résumé ce qu’ont subi les sapeurs pompiers venus secourir une automobiliste accidentée à Destrellan – Baie-Mahault. L’un des gendarmes (d’origine africaine) a également reçu une gifle. Et Sylvie Hayot de rajouter qu’elle fait partie d’une grande famille qui a ses entrées à l’Elysée”. Sans doute pour bien faire comprendre aux pompiers nègres que nul ne pourrait rien lui faire. Car elle est blanche et que nous sommes en Guadeloupe ; colonie où lé blan, lé kréyòl toujou fè sa yo vlé davwa pitit a esklav pa moun.

 

Nous condamnons de tels propos, de tels actes et exigeons une justice exemplaire. Mais, ne soyons pas surpris… Ayen pa chanjé et nous ne le dirons jamais assez : la Guadeloupe est construite sur des rapports de classe et de race, kon pannan lesklavaj. Avec la bénédiction de l’Etat colonial Français qui – an Fwans kon isidan - pratique ce même racisme à l’encontre des Guadeloupéens d’ascendance ou d’origine africaine et indienne.

Et bien entendu, pour tenter de minimiser l’affaire et peut-être même de l’étouffer, l’héritière créole a été transférée à l’hôpital psychiatrique de Saint-Claude, sans doute pour laisser croire kè tèt ay pati. Et qu’elle aussi serait frappée d’anosognosie ?…

L'UGTG Apporte donc son soutien sans faille aux pompiers et annonce d’ores et déjà qu’elle se réserve le droit de se constituer partie civile dans cette affaire. Elle appelle les travailleurs et le Peuple de Guadeloupe à prendre toutes les dispositions qui s’imposent pou arété pòté moun ka trenné nou dépi nanni nannan. »

(2 octobre 2011)

 

« On a voulu préserver la race »

 

En 2009, en pleine grève générale en Guadeloupe, un reportage de Canal+ sur « les derniers maîtres de la Martinique » donnait la parole à Alain Huygues-Despointes, 82 ans, qui domine l'industrie alimentaire locale. Selon cet industriel béké , « les historiens ont exagéré les problèmes » de l'esclavage. Plus de quatre siècles après l'arrivée des colons blancs, il affirmait : « Dans les familles métissées, les enfants sont de couleurs différentes, il n'y a pas d'harmonie. Moi, je ne trouve pas ça bien. Nous, on a voulu préserver la race. »

 

• LÉGENDE DE LA PHOTO DE TÊTE : La Mulâtresse solitude, l'un des symboles de la résistance des esclaves, la statue se situe aux Abymes, en Guadeloupe.

 

ACTUALISATION DE L'ARTICLE

 

Communiqué du LKP

(Liyannaj kont pwofitasyon)

 

« Selon que vous serez puissant ou misérable,

les jugements de cour

vous rendront blanc ou noir »

 

Cette phrase tirée d’une célèbre fable de la Fontaine traduit à elle seule la situation qui prévaut en Guadeloupe aujourd’hui.

Visiblement, c’est vrai, (Sylvie Hayot) a ses entrées à l’Elysée, car comment expliquer qu’elle n’ait pas été mise en garde à vue ? Qu’ont révélé les tests d’alcoolémie et de toxicomanie ? Elle a été conduite à l’hôpital psychiatrique de Saint-Claude afin d’échapper à toute cette procédure. Mais qui a donné cet ordre ?

Visiblement, c’est vrai, elle a ses entrées à l’Elysée, car les gendarmes ont organisé son irresponsabilité pénale, i fòl, i pa sav sa-y ka fè. Visiblement, c’est vrai, elle a ses entrées à l’Elysée, car comment comprendre l’intervention du substitut du procureur qui se transforme en véritable psychiatre-expert et tente alors de justifier et d’expliquer ces insultes racistes et ces agressions. En définitive, la pauvre, ce n’est pas de sa faute, ce sont des choses qui arrivent.

Conclusion, tout est permis. Il suffit d’organiser son irresponsabilité en étant sous l’emprise de l’alcool et de stupéfiants. Sauf …..

 

On attendait plutôt du substitut du procureur qu’il révèle les résultats des tests d’alcoolémie et de toxicomanie. On attendait plutôt qu’il précise la gravité des faits en présentant notamment ce que prévoit la loi kon yo ka fè lé sé on sendikalis, kon yo ka fè pou on pitit a esklav oben on zendyen.

Mais que prévoit la loi en l’occurrence :

- Injures raciales : Articles 24-7 et 33 de la loi du 29 juillet 1881 : jusqu’à 1 an

d’emprisonnement et 45000 euros d’amendes ;

- Outrages : Article 433-5 alinéa 1,2 et 3 du code pénal : 6 mois de prison et 7500 euros d’amendes ;

- Violences volontaires : Articles 222-13-5 bis et 222-13-7 du code pénal : jusqu’à 7 ans d’emprisonnement et 100000 euros d’amendes ;

- Rébellion : Articles 433-6 et 433-7 du code pénal : 1 an d’emprisonnement et 15000 euros d’amendes.

 

 

Nous l’avons compris, un autre individu, « de couleur », n’appartenant pas à une grande famille et n’ayant pas ses entrées à l’Elysée, aurait été arrêté, tabassé, mis en garde à vue, mis en examen pour tous ces chefs d’accusation avec circonstances aggravantes car il s’agit d’actes envers des dépositaires de l’autorité publique et de personnes chargées d’une mission de service public. L’individu « de couleur » aurait été immédiatement jugé suivant la procédure de comparution immédiate puis emprisonné à Fonds Sarail.

Et bien entendu certains médias et autres élus, particulièrement muets sur le sujet actuel, se seraient copieusement lâchés. Mais là, il s’agit d’une dame appartenant à une grande famille et ayant ses entrées à l’Elysée.

La police tente de démenteler un barrage, lors de la grève générale de 2008. La police tente de démenteler un barrage, lors de la grève générale de 2008.

 

Une jurisprudence vient donc de voir le jour : la jurisprudence HAYOT. Insultes racistes, agressions sur des personnes dépositaires de l’autorité, on se fait passer pour fou et le tour est joué. Sauf qu’il faut quand même avoir la peau blanche et appartenir à une grande famille ayant ses entrées à l’Elysée. La, sa tigout pli rèd. Dans le même temps, le journaliste ayant révélé l’affaire a fait l’objet de menaces par téléphone.

Quant aux pompiers agressés, ils sont quasiment mis en quarantaine et subissent une forte pression de leur hiérarchie pour ne pas porter plainte individuellement. Dès lors cette affaire prend l’allure d’un arrangement kwa si bouch qui mène vers l’étouffement pur et simple. Travailleurs, Peuple de Guadeloupe, nou pé pa lésé sa pasé konsa sinon sé kaka yo ké fè nou manjé yonn sé joula.

(Le 3 octobre 2011)

 

 


 

 

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