Lettre ouverte au Directeur du Centre de Formation des Journalistes, après son invitation de J-M Le Pen

Lettre ouverte à Christophe Deloire, Directeur du CFJ (Centre de Formation des Journalistes), à propos de son invitation du chef du Front national, Jean-Marie Le Pen, le 28 octobre 2010.

Lettre ouverte à Christophe Deloire, Directeur du CFJ (Centre de Formation des Journalistes), à propos de son invitation du chef du Front national, Jean-Marie Le Pen, le 28 octobre 2010.

 

 Monsieur le Directeur,

Je m’adresse à vous en tant que journaliste et citoyen, ancien du CFPJ et enseignant vacataire dans cette école. Je suis de ceux et celles qui sont ulcérés par la venue de Jean-Marie Le Pen au CFJ. Sans être d’aucun syndicat ni parti, je me reconnais pleinement dans la position et la réaction du SNJ CGT ainsi que d’associations anti-racistes.

« Les journalistes ont-ils le pouvoir, même le devoir, de restreindre la liberté d'expression ? » écrivez-vous dans votre droit de réponse au journal l’Humanité. Là n’est pas la question. Au bout de trente ans de « lepénisation » rampante de la société, vous devriez savoir qu’il n’y a pas de « débat » avec Le Pen et que l’inviter c’est lui offrir une tribune lui permettant de légitimer ses thèses ordurières. Car, monsieur le Directeur, Le Pen n’est pas comme vous le prétendez hypocritement un homme politique comme un autre, il est le chef d’un parti fasciste (j’insiste : un tortionnaire, un antisémite, un raciste, un xénophobe, un misogyne… et un roué).

En lui offrant une tribune, comme malheureusement d’autres avant vous j’en conviens, vous banalisez le mal et participez activement à la « lepénisation » de la politique. Est-ce là le rôle d’une école de journalisme ? Est-ce de cet engrais nauséabond dont ont besoin vos « jeunes pousses » pour remplir bientôt leur rôle citoyen ?

Philippe Viannet, journaliste, résistant, fondateur du CFJ Philippe Viannet, journaliste, résistant, fondateur du CFJ

Le Pen a déjà été invité au CFJ et Philippe Viannet n’y aurait alors pas vu d’inconvénient. Et alors ? Une faute réitérée reste une faute. Cette utilisation d’un des fondateurs de l’école, aujourd’hui malheureusement décédé, est pour le moins perverse..

D’une part, qui pourrait jurer aujourd’hui que Philippe Viannet afficherait la même indifférence, quand chaque jour voit s’appliquer le programme du FN et que, entre autres infamie de l’époque, sont pourchassés les Roms et qu’un député ose encore vouloir dépister les enfants « futurs délinquants » dès l’âge de deux ans ?

D’autre part, l’essentiel est que le CFJ a été fondé à la Libération par des journalistes résistants à l’occupation nazie, ce qui transcende la seule personne de Philippe Viannet. Cela signifie, que cela vous plaise ou non, que nous sommes tous, en 2010 encore (et je dirais plus que jamais), les héritiers de cette histoire. Nous sommes responsables devant elle, devant la poignée de journalistes résistants qui, sauvant ainsi l’honneur de leur profession, ont été jusqu’à sacrifier leur vie pour la démocratie.

Le Pen, lui, ne s’y est pas trompé. Il n’a pas une fois encore fait l’apologie du nazisme et nié les souffrances du peuple français sous l’occupation, par hasard, au CFJ. Le Pen, lui, savait où il était.

Pas vous, manifestement, monsieur le directeur.

Pour l’honneur du journalisme, pour l’édification de ceux et celles qui veulent rentrer dans la profession, pour la démocratie, il ne vous reste qu’un acte à poser : démissionner.

 

À Paris, le 5 novembre 2010

Jean-Pierre Anselme

Pour une révolution démocratique et sociale Pour une révolution démocratique et sociale

 

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