ZAD ensemble !

La minute de silence en hommage aux victimes de l'attentat à Charlie-hebdo observée par les participants à la réunion est d'autant plus impressionnante qu'elle a été précédée d'une formidable standing ovation. Celle saluant les zadistes d'Échillais, en Charente-Maritime, à travers leurs deux représentants, Sophie, 20 ans, et Guillaume, 18 ans, visiblement bouleversés par un accueil dont ils n'imaginaient pas qu'il puisse être aussi chaleureux et enthousiaste. 

La minute de silence en hommage aux victimes de l'attentat à Charlie-hebdo observée par les participants à la réunion est d'autant plus impressionnante qu'elle a été précédée d'une formidable standing ovation. Celle saluant les zadistes d'Échillais, en Charente-Maritime, à travers leurs deux représentants, Sophie, 20 ans, et Guillaume, 18 ans, visiblement bouleversés par un accueil dont ils n'imaginaient pas qu'il puisse être aussi chaleureux et enthousiaste. 

 


Une émotion partagée par plus de 600 citoyens venus de Rochefort et de tout le département, pressés dans une salle trop petite pour tous les recevoir, serrés dans des couloirs bondés. « Des opposants galvanisés », titre le quotidien Sud-Ouest, du 9 janvier, qui précise que « jamais les opposants au projet de centre multifilières d'Échillais ne s'étaient retrouvés aussi nombreux ».

Pendant deux heures, ce jeudi soir 8 janvier, au palais des congrès de Rochefort, chacun a conscience de vivre un de ces rares moments où, comme par magie, la volonté d'agir ensemble pour une cause commune rassemble les générations, bat en brèche les préjugés et les clichés.

La cause commune, c'est le refus de voir construire par le groupe Vinci un hyperincinérateur à Échillais, à côté de Rochefort. Un projet pharaonique qui viendrait remplacer l'incinérateur actuel de 2 000 m2 (remis aux normes à grands frais, en 2005, il est classé comme le deuxième incinérateur le plus performant de France pour ses qualités thermiques) par un monstre de plus de 20 000 m2 et haut de 41 mètres ! Un projet cyclopéen conduit sans concertation par le président du Syndicat intercommunautaire du littoral (le SIL) qui regroupe 97 communes de Charente-Maritime.



La cause commune c'est le rejet d'une certaine vision du « progrès », celle qui fait s'interroger Benoît Biteau, agriculteur bio, vice-président de la Région Poitou-Charente (PRG) : « Comment peut-on décemment engager autant d'argent public (entre 80 et 90 millions d'euros) sur un projet d'hyperincinérateur et de serre à tomates pétro-chimiques [destinée à faire avaler l'hyperincinérateur !...], sans odeur ni saveur, dont les principales “vertus” vont être de souiller avec des dioxines, des pesticides et des nitrates, à des doses hautement cancérigènes » l'eau, l'air; l'alimentation ?...

« On est là pour lutter contre ce projet mais aussi pour instaurer un nouveau mode de société en accord avec la nature et où on tient compte de l'opinion des gens » revendiquent Sophie et Guillaume. La cause commune, comme l'explique Roland Lopez, conseiller municipal d'une liste d'opposition citoyenne à Échillais, unique élu du SIL hostile au projet Vinci,« c'est d'être dans une démarche de réduction des déchets, de faire comme beaucoup de villes et de régions autour de nous qui ont mis en place des politiques de tri ambitieuses et ont eu des résultats extraordinaires ».

Pressés par le début imminent des travaux, prévu au début de 2015, au petit matin du 31 décembre, avec l'aide de militants de l'association Pays Rochefortais Alert' (PRA), qui mène depuis 2013 la lutte contre le projet d'hyperincinérateur, et des élus, quatre jeunes du département s'installent sur le site du projet Vinci à proximité de l'actuel incinérateur. Une nouvelle ZAD est née.



« J'ai rencontré des jeunes gens très matures, bien dans leurs têtes, bien dans leur vie, ils ont des projets. Ce sont vos enfants, vos petits enfants », s'enthousiasme Catherine Doreau, « citoyenne rochefortaise », une des initiatrices de la ZAD. En quelques jours, ils sont une quinzaine de zadistes, tous très jeunes (la moyenne d'âge est de 20 ans !), venus de Charente-Maritime, qui convainquent la population de leur démarche non-violente.

Ils reçoivent le soutien de centaines de citoyens venus sur la ZAD pour discuter avec eux (et entre eux !) et aider à leur installation en leur apportant de la nourriture, des couvertures, des couettes, des tentes, trois caravanes et en les aidant à construire des cabanes en bois (dont une, chauffée, pour les visiteurs désireux de passer une ou plusieurs nuits sur la ZAD).

Xavier Boulard, un des porte parole de Pays Rochefortais Alert', peut proclamer, sous les acclamation d'une salle chauffée à blanc : « Il n'y a a pas une feuille de papier à cigarette entre PRA et les zadistes et il faut à tout prix empêcher le démarrage du chantier. Nous sommes dix aujourd'hui, on sera 100 demain, et un millier après demain ! »



Ainsi, alors que l'ordre de service, signé le 24 décembre par le président du SIL, ouvre la voie au début des travaux sur le site, à l'heure de vérité donc, la ZAD cristallise un large front citoyen contre le projet d'hyper incinérateur où se retrouvent, notamment, PRA, France nature environnement 17, Attac, la LDH, la Confédération paysanne, Esprit citoyen, le Collectif santé environnement du littoral... mais aussi des élus locaux et des citoyens individuellement plus engagés que les autres.

Tel Thierry Kieffer, un des artisans de la ZAD, pour qui celle-ci est « la seule solution. Nous n'avons plus le choix face à des élus qui ne veulent pas nous écouter. J'appelle à ce que les zadistes soient de plus en plus nombreux, que des initiatives festives soient prises sur la ZAD, des concerts, des activités artistiques ! » Une intervenante dans la salle demande que « la ZAD soit un lieu de promenade pour les enfants »

En ligne de mire, la « Bande des quatre » et leurs « pratiques féodales », comme les qualifie Jean-Joël Gaurier, membre de PRA et de France nature environnement.

Ce sont le maire de Rochefort, Hervé Blanché (UMP), et celui d'Échillais, Michel Gaillot (sans étiquette), qui ont mené la dernière campagne des municipales en s'opposant au projet d'hyperincinérateur et qui, une fois élus, ont retourné leurs vestes pour s'en faire les plus ardents défenseurs.



C'est Vincent Barraud (Radical de gauche), président du SIL, qui par la grâce de son prédécesseur socialiste, Bernard Grasset, s'est fait voter une « délégation de décision opérationnelle » par tous les délégués du SIL, c'est-à-dire les pleins pouvoirs pour la gestion du projet d'hyperincinérateur.

C'est Dominique Bussereau, député UMP de Charente-maritime, qui, en tant que président du conseil général, a refusé de rédiger en temps voulu un Plan de prévention et de gestion des déchets non dangereux (PPGDND), pourtant obligatoire, contraignant du coup le préfet à y suppléer, avec pour résultat un plan truffé d'erreurs (en particulier, avec une surévaluation du volume futur des déchets et de l'augmentation de la population) qui, comme par hasard, poussent... à la construction d'un hyperincinérateur !

Tous font mine d'ignorer une résolution de la Communauté d'agglomération Rochefort Océan (CARO) qui a voté, le 18 décembre, à la quasi unanimité (44 voix pour, une abstention), une motion réclamant un moratoire dans l'exécution du projet d'incinérateur. Tous « oublient » que la ministre de l'écologie elle-même vient de demander à Vincent Barraud, dans une lettre du 23 décembre, « la remise à plat du projet d'incinérateur à Échillais, qui soulève des contestations à la fois d'élus et d'associations de riverains ». Amnésique, Hervé Blanché lance (et abandonne aussitôt) l'idée d'un référendum alors que lui et ses acolytes se sont assis sans vergogne sur une enquête publique où une majorité écrasante des personnnes et associations consultées a dit non au projet d'hyperincinérateur.



Aujourd'hui, face à une opposition grandissante de la population et aussi d'un nombres croissant d'élus à leur « Vincinérateur », déstabilisés par la création d'une ZAD sur les lieux de leur forfait programmé, ce quarteron de Pinocchios tente de reprendre la main de manière concertée.

Plainte a été déposée devant le Tribunal adminitratif par Vincent Barraud, au nom du SIL, pour obtenir l'évacuation des zadites. Avant même de connaître la décision du tribunal, anticipant le fait qu'une ordonnance d'expulsion risque de ne pas être mise à exécution par la préfète, Vincent Barraud menace de fermer l'actuel incinérateur pour de soit-disant raisons de sécurité. Une politique du pire, annoncée dès l'occupation de la ZAD par des menaces explicites d'Hervé Blanché et Michel Gaillot, qui provoquerait l'arrêt du ramassage des ordures et du chauffage sur la base aérienne mitoyenne. La pire des politiques, celle visant à dresser les citoyens les uns contre les autres. La seule politique qu'ils connaissent.

Mais le pire n'est pas certain. Averti des menées de la Bande des quatre, le mouvement citoyen qui se développe depuis des mois et qui vient de monter d'un cran avec la création de la ZAD n'en est encore qu'à ses débuts.


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• Ainsi naissent les ZAD (7 novembre 2014) : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-anselme/071114/ainsi-naissent-les-zad

• Ségolène Royal abdique devant Vinci (13 octobre 2014) : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-anselme/131014/segolene-royal-abdique-devant-vinci

LIEN UTILES

• La ZAD d'Échillais sur facebook : https://www.facebook.com/ZoneADefendreEchillais

• Le site de Pays Rochefortais Alert' : http://www.pays-rochefortais-alert.org/

• Le site de l'association Mieux vivre Échillais : http://www.mieuxvivreechillais.fr/



 

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