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Billet de blog 10 févr. 2012

Les chômeurs passent à l'action

 Alors que Nicolas Sarkozy inaugure sa énième campagne de stigmatisation des « assistés », le collectif Occupons pôle emploi annonce une journée d'action des chômeurs et précaires le 14 février.

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Alors que Nicolas Sarkozy inaugure sa énième campagne de stigmatisation des « assistés », le collectif Occupons pôle emploi annonce une journée d'action des chômeurs et précaires le 14 février.

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Ce début d'année 2012 voit éclore un nouveau mouvement de chômeurs et de précaires en France (1). À Bordeaux, Lyon, Nancy, Strasbourg, Clermont Ferrand, Pontivy, Quimper, Brest, Redon, Rennes, Montpellier, Nice, Marseille, Montauban, Aubenas, Toulouse, Lille, Dunkerque, Paris… plus d'une quinzaine d'agences ainsi que deux CAF ont été occupées par des collectifs de chômeurs et de précaires, soutenus par des syndicats et des formations politiques de gauche, lors de la journée d'action du 17 janvier lancée par Occupons pôle emploi.

Le mardi 14 février, Occupons pôle emploi veut amplifier une mobilisation bien entamée, un « bout d'essai » selon ses promoteurs, tenter aussi de fissurer l'omerta médiatique, en appelant à nouveau à envahir et occuper les agences de Pôle emploi et toute autre « cible » significative.

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Occupons pôle emploi est une nouvelle galaxie militante large et protéiforme, organisée en réseaux à la manière des Indignés, via Facebook et des blogs pour les collectifs de chaque ville.

Un mouvement social en marche où se retrouvent les principales associations nationales de chômeurs et précaires (AC!, l'APEIS, la CGT-Chômeurs, le MNCP, le MCPL, la CIP IDF, L'Appel et la Pioche, Recours-Radiation, Génération Précaire), des collectifs locaux, mais aussi les Indignés, Anonymous, les Désobéissants, Attac..., des syndicats ( la CNT, SUD-Emploi, la CGT-Pôle Emploi, le SNU, FO Intérim...) et des partis (le Front de gauche, le NPA, EELV...).

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Dans son appel pour la journée d'action du 14 février, Occupons pôle emploi précise ses revendications et ses objectifs (extraits) :

« Le gouvernement se refuse à écouter les mouvements des chômeurs et précaires qui demandent, en vertu des alinéas 5 et 11 du Préambule de notre Constitution, qu'on les respecte : si « Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi », alors « Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler, a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence ».

STOP aux diminutions d'indemnisation, aux suppressions et aux refus d'allocations;
STOP aux retards de traitement des dossiers;
STOP aux radiations/sanctions injustifiées et intempestives;
STOP aux contrôles abusifs et aux convocations multiples;
STOP à la dématérialisation des courriers qui dématérialise les chômeurs;
STOP au travail gratuit via les EMTPR (Évaluation en milieu de travail préalable au recrutement);
STOP au travail obligatoire pour les allocataires du RSA;
STOP aux contrats précaires CDD, CUI (Contrat unique d'insertion), CAE (Contrat d'accompagnement dans l'emploi) CIE (Contrat initiative emploi)...
STOP à la stigmatisation des sans emploi et aux discriminations sociales ! »

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Dans la nuit du 18 au 19 janvier, l'entrée du pôle emploi de Rennes Albert 1er (sic) était murée et taguée, « Marre de parler à un mur », par un collectif de chômeurs. Dans son tract signé « Des chômeurs en colère », le collectif explique son action : « Si nous avons fait cela, c'est pour protester contre tous les murs que le pôle emploi dresse devant les chômeurs et qu'ils se prennent dans la gueule : radiations, rupture d'indemnisations, infantilisation, pression pour accepter n'importe quel boulot, mépris des droits les plus élémentaires, etc. »

Et de conclure avec humour : « Un secteur qui recrute : la lutte contre pôle emploi et toutes les politiques scélérates du gouvernement. CV et lettres de motivation superflus. Tous profils bienvenus. Embauche immédiate. »

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(1) Le premier mouvement des chômeurs en France est apparu à l'hiver 1997-1998. Commencé à Marseille le 11 décembre 1997 pour exiger le reversement du reliquat du fonds social des Assedic envers ses allocataires (13 milliards d'excédents), le mouvement se répand rapidement dans toutes les grandes villes. Très médiatisées, les occupations d'Assedic, d'ANPE et de bâtiments publiques se multiplient, des salariés de toutes conditions rejoignent durablement les chômeurs dans des comités autonomes, les revendications se précisent et vont au-delà de celles concernant les seuls chômeurs : représentation active dans les instances sociales, relèvement important de l'ensemble des allocations, réduction significative du temps de travail sans diminution des droits, établissement d'un revenu décent pour tous les plus démunis... Pierre Bourdieu, lors de l'occupation par le mouvement des chômeurs de l'École normale supérieure, le 17 janvier 1998 : « Ce mouvement des chômeurs est un événement unique, extraordinaire. (…) La première conquête de ce mouvement est le mouvement lui-même, son existence même : il arrache les chômeurs et avec eux tous les travailleurs précaires, dont le nombre s’accroît chaque jour à l’invisibilité, à l’isolement, au silence, bref à l’inexistence. »

LIENS :

http://occupons-pole-emploi.blogspot.com/

http://fr-fr.facebook.com/events/238208902922253/

http://www.demosphere.eu/node/28055

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