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Billet de blog 12 avr. 2018

NDDL : l'État prêt à tuer ?

« Après 3 jours d'expulsion, seront-ils prêts à tuer parce qu'ils ne veulent pas de collectif ? » interrogent les habitant-e-s de la zad dans un communiqué publié ce jeudi matin. L'opération militaire prend des airs de guerre civile : plus de 80 blessé-e-s, dont beaucoup par flashball, tirs tendus de grenades lacrymogènes et éclats de grenades.

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© EPhilippePM

Lundi 18h53 : Opération de communication du Premier ministre et de son ministre de la police qui se font photographier en salle de crise du ministère de l'Intérieur. Pour mener les expulsions, l’État a recours à la force avec « beaucoup de maîtrise » a déclaré Édouard Philippe (Ouest France, 10 avril). Le pompon au « facho de service » : «  « Nous voulons dans ce pays éviter toute violence. C’est ce que nous faisons à Notre-Dame-des-Landes. »

COMMUNIQUÉ (jeudi 12 avril)

Après 3 jours d’expulsion,

seront-ils prêts à tuer

parce qu’ils ne veulent pas de collectif ?

Mercredi 11 avril, 6 lieux de vie et habitats supplémentaires de la zad ont été détruits : Sécherie, Acatrelle, Isolette, Boîte noire, Entre deux, Gaieté... Ils continuent d’essayer d’éradiquer nos vies, notre histoire.

Des centaines de soutiens étaient présents pour un pique-nique de protestation ce midi. A 14h un déferlement de gaz lacrymogènes et de grenades, perçant les chairs, s’est abattu sur une foule festive et multigénérationnelle qui dansait avec une batucada sur un champs à côté des Fosses Noires.

© snjcgt.fr

Cette attaque ainsi que celles extrêmement brutales qui ont suivi immédiatement autour de la maison de la Grée et au carrefour de la Saulce ont provoqué de très nombreuses blessures. L’équipe médic fait état de plus de 80 blessés Le bilan de 17h45 (non exhaustif et sous-évalué du fait des difficultés de circulation sur la zone empêchant d’atteindre tous les blessés) fait état de 15 blessures au Flashball, dont une grave au visage ; 16 blessures suite à des tirs tendus de grenades lacrymogènes à la tête. Il y a aussi eu 22 blessures liées à des explosions de grenades : une quinzaine liées à des éclats, y compris à la gorge, et avec des séquelles suspectées au niveau des tendons et des nerfs. Par ailleurs, des troubles auditifs liées aux explosions de grenade F4 tirées à l’aveugle sur les gent.te.s ont été constatées, ainsi que plus de 12 blessures diverses à la tête, certaines touchant l’œil. Une personne gravement blessée a dû être évacuée par des aides-soignant.e.s dont le véhicule a été bloqué pendant plus de 30 minutes, avant d’avoir accès au SAMU, sans que les soignant.e.s soient autorisé.e.s à revenir vers le QG medic. Trois journalistes ont été blessés après avoir été délibérement visés. La préfecture a aussi fait le choix de couper l’électricité dans les maisons en dur encore laissées debout, autour des habitats attaqués. Une femme enceinte et deux enfants en bas âge sont ce soir privés d’électricité.

© DR

Une question est ce soir sur toute les lèvres, dans les lieux encore debouts dans le bocage, dans les foyers des centaines de milliers de personnes dans ce pays pour qui la zad représente toujours un espoir : jusqu’où le gouvernement Macron ira-t-il ? Cet après-midi dans la foule prise en étau entre des rangs de policiers, il était clair pour tous que l’État serait désormais prêt à tuer pour finir son opération. Ces chairs blessées, ces morts possibles dans l’acharnement policier sont désormais le prix que l’État macronien est prêt à payer pour ne laisser aucune place à un espace d’expérimentation collective, pour enrayer la solidarité.

Tentative de blocage de blindés © Reporterre

Nous continuons à exiger la fin des expulsions et des violences policières. Nous n’avons d’autres choix que de continuer à défendre nos vies ici et nos maisons sur le terrain. Il est incompréhensible de prétendre vouloir, comme l’a fait aujourd’hui encore la préfète Nicole Klein, un retour au dialogue tout en menant une telle opération d’éradication. La zad est meurtrie mais la zad est encore debout.

Nous appelons toutes celles et ceux qui le peuvent à nous rejoindre dès jeudi et en masse dimanche

Nous rappelons le rendez vous de jeudi à 9h devant le Tribunal de Nantes où la préfète devra s’expliquer devant la justice quant aux expulsions illégales, notamment celle des 100 Noms.

Nous rappelons les rendez vous de samedi 14, pour la manifestation à Nantes contre les expulsions de la zad (rendez-vous 16h30 place du cirque) et dimanche 15 pour une grande convergence sur la zad pour répondre sur le terrain à l’opération d’expulsion.

DR

LIRE AUSSI :

« Zad de Notre-Dame-des-Landes : stoppez tout avant qu’il ne soit trop tard ! », parue dans Reporterre, la tribune d'associations et organisations exigeant la « cessation de cette opération militaire de grande envergure qui piétine les aspirations de la jeunesse à porter un nouveau modèle de société » 

« Association de malfaiteurs », par Hervé Kempf, dans Reporterre, à propos de ces « quatre dangereux hooligans [qui] sévissent en France et commettent délit sur délit. Problème : ils sont au pouvoir. Analyse du mode d’action de cette association de malfaiteurs ».

« Cent noms pour une Zone d’Agriculture Durable à Notre-Dame-Des-Landes », tribune dans Mediapart de nombreuses personnalités politiques, associatives, syndicales ou universitaires  qui demandent « l’arrêt immédiat des interventions policières et l’ouverture d’un vrai dialogue qui permette dans le respect de la loi l’élaboration de conventions individuelles, mais aussi collectives ».

TÉMOIGNAGE D'UNE MÉDIC (VIDÉO)

Les journalistes interdits et pourchassés. Une information contrôlée. Des avalanches de grenades offensives balancées dans la foule et dans un épais brouillard de lacrymogène, après un pique nique au niveau "du camp des cheveux blancs". Des blessés graves retenus à distance des médecins et hôpitaux.

11 avril 2018 - 3è jour des expulsions sur la zad. Gendarmerie = boucherie © camille camille

LA COMMISSION DE LA CARTE DE PRESSE

DÉNONCE LE PORT DE BRASSARD « PRESSE »

PAR DES GENDARMES

Selon plusieurs témoignages de journalistes présents lors de l’évacuation de la zone dite de Notre Dame des Landes, plusieurs membres des forces de l'ordre portaient sur eux un brassard identifié « presse ». La Commission de la carte des journalistes professionnels dénonce ce fait qui porte atteinte à la profession de journaliste. La CCIJP tient à rappeler que seuls les journalistes professionnels sont habilités à porter de tels brassards se rapportant à la carte de presse, une carte d’identité française officielle des journalistes professionnels encore plus nécessaire dans une période de sécurité renforcée avec le plan vigipirate.

Paris, le 12 avril 2018

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