La police de Vichy: l’obéissance aveugle... jusqu’à l’abomination

Sans la collaboration zélée de la police avec la Gestapo, jamais les occupants nazis n’auraient pu rafler autant de Juifs, de résistant-es, de communistes, de réfugié-es politiques … Un documentaire remarquable de Laurent Joly et David Korn-Brzoza, sur France 3, mercredi 19 septembre à 20h55, revient sur ces années honteuses des forces de l’ordre françaises. Un passé entièrement révolu ?

Un policier français avec un SS © Mémorial de la déportation Un policier français avec un SS © Mémorial de la déportation

« Dès le premier jour [de l'occupation], l'occupant est surpris de l'esprit de collaboration étonnant des policiers français », expose la voix off. Le documentaire La police de Vichy nous rappelle que la chasse au quotidien et les rafles des Juifs, résistants, communistes, réfugiés politiques, la livraison aux Allemands des listes d’otages à exécuter… ont principalement été le fait des policiers et gendarmes français, dans leur grande majorité inféodés au régime de Vichy, auquel ils prêtèrent serment sans état d’âme.

Ainsi, l’hiver 1941, ce sont les forces de l’ordre françaises, et uniquement elles, qui surveillent les camps de concentration où le ministère de l’Intérieur interne dans des conditions épouvantables 40 000 Juifs étrangers. « Dans le seul camp de Gurs, plus de 700 interné-es décèdent. » L'indignité de la police française atteindra son paroxysme lors de la rafle du Vel d'Hiv, les 16 et 17 juillet 1942, avec l’arrestation de 13 152 « Israélites ». Dont 4 000 enfants, dépassant ainsi la « commande » des Allemands qui, dans un premier temps, avaient exclu de les déporter. Ravi par tant de zèle, peu après la rafle du Vel d’Hiv, le général en chef de la SS en France s’exclamera : « La police française a réalisé jusqu'ici une tâche digne d'éloges ! »

« Le pire est à venir » nous prévient le documentaire qui nous décrit la montée en puissance d’une terreur policière qui ne prendra fin qu’en juillet 44, quand les flics tourneront casaque, certains allant jusqu’à rejoindre la Résistance en participant aux combats pour la Libération de Paris !... Ce qui suffira à « laver l’opprobe ». « Pourtant, parmi ces héros du jour, nombreux avaient jusque-là exécuté les pires ordres : arrêter des résistants, ou rafler des Juifs. » Après ce sera l’épuration puis l’oubli…

Solidement construit, servi par un commentaire informatif et incisif, des images d’archives exceptionnelles, des articles de la presse collaborationniste et des films de propagande choisis avec pertinence, le documentaire de Laurent Joly et David Korn-Brzoza est un réquisitoire sans appel sur les pratiques des forces de l’ordre française sous l’occupation – « le principal atout de la Collaboration » – et de leurs chefs (les Laval, Bousquet, Darnand…).

Reste qu'après La police sous Vichy, on s’interroge ; on se demande comment et pourquoi des êtres humains peuvent ainsi plonger dans une telle indignité. Inévitablement, on pense à l’après. Car, même s'il ne peut être question de comparer la période de l’occupation avec celles qui ont suivies, l’amalgame ne pouvant qu’être contre-productif, on ne peut s'empêcher de penser à la guerre d’Algérie et au rôle peu reluisant joué par la police, au racisme, aux rafles (encore !), au massacre de Charonne le 8 février 1962, à celui du 17 octobre 1961, à Paris, où furent arrêtés, bastonnés, assassinés et jetés dans la Seine des centaines d’Algériens, sur l’ordre d’un certain Maurice Papon... On pense aussi, notamment et dans le désordre, aux violences policières en Mai et juin 68 (« CRS = SS ! »), à la chasse aux sans-papiers, aux réfugié-es, aux harcèlements policiers à l’égard des jeunes des cités, aux humiliations, violences et assassinats impunis, aux gendarmes mobiles balançant sans sourciller des milliers de grenades sur Notre-Dame-des-Landes… Et, bien sûr, on pense à un certain Benalla, à l’insolente imposture et à la violence rendues possibles par la servilité de fonctionnaires de police, à tous les niveaux de la hiérarchie.

Pour comprendre, pour se garder de toute illusion suicidaire sur la police, c’est à un rescapé de la rafle du Vel d’Hiv qu’il faut faire appel. Pour Maurice Rajsfus, auteur de nombreux livres sur le génocide des Juifs en France et sur le rôle de la police, « sur le terrain, la police n'est pas plus républicaine qu'elle n'est une institution représentative de la démocratie authentique. Elle a toujours formé un corps de fonctionnaires habitués à l'obéissance aveugle. Ces civils en uniforme ont, en chaque occasion, jugé utile d'aller au-delà des ordres reçus, d'améliorer le rendement, d'être performants. Les policiers sont pour la plupart des citoyens qui se situent au-dessus des lois qu'ils sont censés faire respecter ». (1)

 

La Police de Vichy

par David Korn-Brzoza et Laurent Joly

France 3

Mercredi 19 septembre, 20h55

 

(1) La police de Vichy, les forces de lordre françaises au service la Gestapo, Le Cherche Midi,1995.

 

 

 

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