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Billet de blog 18 avr. 2016

J-L Mélenchon est-il «récupérable» par Nuit debout ?

Entre Jean-Luc Mélenchon et Nuit debout c'est une peu « Je t'aime, moi non plus ». Quand l'un subordonne la réunion d'une assemblée constituante pour une Sixième République à sa victoire à l'élection présidentielle, l'autre entame sans attendre la rédaction d'une nouvelle constitution. « Faites-moi confiance » dit l'un, « Nous n'avons confiance qu'en nous mêmes » dit l'autre.

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De la Révolution française à Mai 68 en passant par la Commune de Paris, les révolutions sont ces moments privilégiés où la parole populaire se libère. Comme ici, en 1871, dans une église réquisitionnée pour accueillir les débats d'un des multiples clubs qui fleurirent pendant la Commune (club-Saint-Nicolas-des-Champs -DR)

« On n'a vraiment pas envie de se faire représenter par quelqu'un qui existe déjà, on a envie de créer un mouvement qui soit à nous et qui représente nos valeurs, donc, Mélenchon, s'il te plaît, ne t'implique pas ! » Voilà, c'est dit, très gentiment, avec le sourire, par une jeune femme, en pleine Nuit debout, le 44 mars 2016, place de la République à Paris. (Interview pour l'émission L'Invité spécial dont le candidat à la présidence de la république était l'invité, en direct sur France 5, le 14 avril - ICI)

De retour dans le studio, à un Jean-Luc Mélenchon un peu sonné, le journaliste Patrick Cohen assène : « Cela fait des mois que vous parlez de Podemos, vous ne serez pas, vous, le Pablo Iglesias de Nuit debout ! » Piqué au vif, Jean-Luc Mélenchon riposte : « Podemos et le mouvement des Indignés, ce n'est pas la même chose, ce sont deux temps. Premier temps, le mouvement des Indignés (tous ces gens qui ont essayé à leur manière de dire : “ Le système politique, nous l'écartons !”), ils ont appelé à boycotter les élections et c'est d'ailleurs l'année où la gauche s'est prise la plus grosse taule aux élections municipales en Espagne. Et c'est sur la base de ce bilan que Podemos est né, avec des gens qui n'étaient pas du tout des passants dans la rue [sic] mais des militants politiques. »

« Je ne veux pas récupérer le mouvement et je serai très fier que le mouvement me récupère » a déclaré le co-fondateur du Parti de gauche , le 3 avril. Une formule bien ciselée pour exalter ce deuxième temps où le candidat de la « France insoumise » rêve d'être adoubé, un scénario fantasmé par lequel Jean-Luc Mélenchon rappelle qu'il est de la vieille école. Celle des « militants politiques » qui considèrent sans état d'âme que leur vocation est de tirer les marrons du feu des mouvements sociaux, donnés comme incapables, par essence, de dépasser le stade revendicatif ; celle dite, plus trivialement, du « débouché politique » des luttes sociales. Et il va de soi que, dans l'esprit de Jean-Luc Mélenchon, le « débouché » c'est lui.

ACTEURS OU SPECTATEURS ?

Et voilà qu'avec Nuit debout naît un mouvement dont l'épicentre est non seulement le rejet de la représentation traditionnelle et le refus des leaders mais aussi l'affirmation de son auto-nomie. Car « revendiquer, c’est déjà être soumis. C’est s’adresser à des puissances tutélaires aimables. Si les enfants réclament, grandis, ils revendiquent » (Frédéric Lordon).

Là, il ne s'agit pas de cliquer sur le site de celui qui « doit ouvrir le chemin » pour appuyer sa candidature et rallier ses 900 groupes d'appui. Il s'agit d'éteindre la télé et de rejoindre l'espace public pour devenir acteur d'un mouvement qui allie action créatrice et réflexion, afin d'inventer de nouvelles règles de vie ensemble, de nouvelles valeurs, un nouveau projet de société, de nouvelles formes de représentation, de nouvelles institutions.

Là, il s'agit d'être le protagoniste d'une dynamique collective qui veut unir dans la lutte et par le débat ce qui est séparé : les lycéens, les étudiants et les salariés, les blancs des classes moyennes et les prolétaires issus de l'immigration, les salariés en CDI, précaires ou au chômage, du privé et du public, des villes et des campagnes, les Français et les immigrés, les femmes et les hommes, de tous les âges, avec et sans papiers, quelques soient leurs confessions, croyances, choix vestimentaires…

LA QUADRATURE DU CERCLE

L'histoire peut être cruelle avec les hommes qui se croient providentiels. Déjà réduit à jouer la mouche du coche et les utilités d'un mouvement qui lui échappe, Jean-Luc Mélenchon n'a-t'il pas saisi qu'avec Nuit debout sa candidature à la présidentielle ressemble de plus en plus à la quadrature du cercle ?

Que le mouvement initié par Nuit debout se brise ou soit brisé et on ne voit pas par quel miracle, dans la glaciation des cœurs et des esprits qui s'en suivrait, le candidat des « insoumis » aurait la moindre chance de l'emporter ; qu'il accouche d'une alternative démocratique capable, dans la foulée, de déjouer le piège de la présidentielle et Jean-Luc Mélenchon se retrouvera Gros-Jean comme devant.

« L’idée centrale de la révolution, écrivait le penseur et militant de l'autonomie révolutionnaire et de la démocratie radicale Cornelius Castoriadis (1922-1997), c’est que l’humanité a devant elle un vrai avenir, et que cet avenir n’est pas simplement à penser, mais à faire. »

 https://www.facebook.com/jeanpierre.anselme.7

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