« Tous ensemble ! », avec les gilets jaune...

Face à Macron, sa clique et son monde (groggy mais pas KO !), il est encore temps que la gauche, et particulièrement le syndicalisme avec la CGT et Solidaires, s'adresse aux gilets jaune d'une voix bienveillante et unifiante.

Sur un barrage, samedi 17 novembre. © DR Sur un barrage, samedi 17 novembre. © DR

Des gilets jaunes, un drapeau tricolore graffé du A cerclé des anarchistes, avec en sous-titre : « pouvoir achat ». Une photo d’un des nombreux barrages des gilets jaune en France, samedi, publiée sur Facebook, qui a de quoi déboussoler tout ceux qui à gauche prennent avec des pincettes un mouvement qui échappe aux formes habituelles des luttes sociales : manifs syndicales, avec leur décorum traditionnel (drapeaux syndicaux, banderoles revendicatives...) et slogans attendus.

Des syndicats, justement, au sens des directions syndicales, qui ressemblent à des fantômes errant dans les oubliettes du paritarisme et des élections professionnelles. Une énième journée d’action à la rentrée et puis c’est fini. Rien, pas le moindre début de commencement de perspective, alors même que Macron, sa clique et son monde sont dans les cordes !

Et quand soudain surgit un mouvement d’ampleur, qui mobilise une large fraction des classes populaires les plus meurtries par les politiques gouvernementales néolibérales (l'interview de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités) qui fait descendre sur le bitume, souvent pour la première fois, des ouvrier.es, des employé.es, des travailleur.euses précaires, des chômeur.euses, des petit.es retraité.es… les pontes du syndicalisme font la fine bouche.

À les entendre, les gilets jaunes ne verraient pas plus loin que le bout de leur nez. Revendiquant la suppression de taxes plutôt qu’une augmentation des salaires, ils seraient manipulés par le patronat et par l’extrême droite. « Il est impossible d’imaginer la CGT défiler à côté du Front national », affirme, entre deux bâillements, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, pour justifier la non participation de sa centrale au mouvement des gilets jaunes, l'assimilant ainsi à une succursale fasciste ! Et puis, il y a contre les gilets jaunes ce qui n’est pas dit, ce qui déjà bloquait côté syndical avec Nuit debout : ils sont incontrôlables.

Pour être entendu, il faut être avec

Que les Le Pen, Dupont-Aignan et autres Wauquiez tentent de récupérer un mouvement populaire n’atteste en rien de sa prétendue « nature » d’extrême droite, pas plus qu’une infâme agression contre deux élus homosexuels ne fait des gilets jaunes une armée d’homophobes. Qui est allé sur les barrages et dans les manifs ce samedi peut attester de la diversité idéologique des gilets jaunes (le reportage de François Ruffin : « Mon samedi jaune », ce témoignage d'un gilet jaune dans « Lundi matin »). Ce qui, somme toute, devrait renvoyer le syndicalisme à ses fondements : unir sur des objectifs communs les salarié.es, au delà de leurs orientations politiques, philosophiques ou religieuses.

Pour être entendu, il faut être avec. Nombre de militants syndicaux (et de militants politiques, notablement ceux de la France insoumise et du NPA) l’ont compris qui ont participé au 17 novembre avec les gilets jaunes. Après ce premier round, il est encore temps pour le syndicalisme (on pense évidemment avant tout à la CGT et à Solidaires) de réviser sa copie, de quitter sa tour d’ivoire et de descendre dans la rue pour agir et débattre avec celles et ceux qui se battent. Rien n’est perdu : vraisemblablement le mouvement des gilets jaunes va se poursuivre dans les jours qui viennent et un appel est lancé sur les réseaux sociaux à une manifestation place de la Concorde à Paris, « Acte 2, Toute La France À Paris !!! », samedi 24 novembre.

L'histoire ne repasse pas les plats

On rêve que le front qui a été esquissé lors de la « marée populaire » du 26 mai dernier, renaisse de ses cendres, quand, sous la pression du mouvement social, à retardement certes mais pour la première fois depuis bien longtemps, quasiment tout ce qui compte à gauche – syndicats (dont la CGT), partis (dont la France insoumise), collectifs, associations - a été capable de se réunir, de discuter et de s’accorder pour agir ensemble sur des objectifs communs. « Voulons-nous une société plus juste, plus solidaire, plus démocratique, plus égalitaire avec un meilleur partage des richesses ? Tel est l’enjeu », affirmait alors l’appel « pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité » signé par une cinquantaine d’organisations.

On ne saurait mieux dire, pour l’instant tout au moins. Il ne dépend que des mêmes, syndicats, partis, associations, collectifs, et de beaucoup d’autres, en particulier dans les quartiers populaires, de se réunir à nouveau pour aller plus loin. C’est toujours par la revendication du pain qu’éclatent les révolutions, jamais « la vieille taupe » n’arrive par là où on l’attend, et toujours si le coche est manqué triomphe la réaction autoritaire voire fasciste. Avec le mouvement d’action directe des gilets jaunes, l’occasion de constituer les bases d'un immense front populaire antilibéral et anticapitaliste se présente sur un plateau. La gauche, et en particulier ce qui reste d’un syndicalisme de lutte des classes, saura-t-elle la saisir ?

 

 

DERNIÈRE MINUTE 

La CGT appelle à participer aux manifestations des « privés d'emploi » prévues le 1er décembre,

SANS DIRE UN MOT DES GILETS JAUNES !...

Déclaration de la Commission exécutive confédérale CGT

PUBLIÉE LE 20 NOV 2018

Agissons : urgence, salaires, emplois et justice sociale

Des salariés actifs et retraités, des citoyens expriment une colère légitime pour avoir les moyens de vivre dignement, pour plus de justice sociale. Cette colère, la CGT la comprend et la porte au quotidien depuis plusieurs mois et au travers de nombreuses journées d’action et de grèves.

Alors que la France est en 2017 le 5e pays producteur de richesses dans le monde, le chômage, le travail précaire s’accroissent et plongent dans le désarroi de plus en plus de familles, de citoyens. La préoccupation d’une partie grandissante de la population est de boucler les fins de mois. Ça ne peut plus durer. Une société qui n’offre pas de perspectives à ceux qui produisent les richesses par leur travail, ni à la jeunesse pas plus qu’aux retraités, est une société sans avenir.

Le gouvernement joue avec le feu en banalisant les revendications, en ignorant les organisations syndicales. Pire, le président de la république, ses ministres sont régulièrement méprisants vis-à-vis des citoyens au travers de « petites phrases ». Cette politique lui revient en boomerang en plein visage. La responsabilité du gouvernement est énorme. Le surnom de président des riches est bien justifié. À force de tirer sur la ficelle, les premiers de cordée seront bien seuls au sommet.

Il y a donc urgence à répondre aux attentes sociales comme :

  • l’augmentation du SMIC à 1800 euros avec répercussion sur l’ensemble des grilles de salaires mais aussi des pensions et des minima sociaux ;
  • la prise en charge des transports par les employeurs ;
  • une TVA à 5,5% pour les produits de première nécessité, notamment le gaz et l’électricité ;
  • une fiscalité juste, tenant compte des revenus, avec en premier lieu le rétablissement de l’impôt sur la fortune.

Ces revendications sont urgentes et légitimes.

Le gouvernement instrumentalise les enjeux environnementaux, alors que rien ne se fera si on ne prend pas en compte le lien unissant cause sociale et cause écologique. Nous refusons cette nouvelle division orchestrée par l’Élysée entre les citoyens qui seraient responsables en matière environnementale et les autres. Nous refusons de mêler nos voix avec ceux, comme le Patronat, qui font volontairement l’amalgame entre taxes et cotisations sociales.

Dans cette période de clair-obscur où peuvent surgir les monstres, la CGT appelle les citoyens à ne pas laisser dévoyer leur colère par ceux distillant des idées xénophobes, racistes, homophobes. C’est bien tous ensemble que nous pourrons infléchir la politique du Président des riches. Par ses initiatives, sa volonté de rassemblement et d’unité, la CGT est au service des salariés, des citoyens pour un monde de progrès et de justice sociale. Elle prendra toutes les initiatives dans la période pour permettre à ceux qui luttent de s’organiser afin de gagner sur leurs justes revendications.

Le 1er décembre, la CGT appelle tous les citoyens, les salariés actifs et retraités à se joindre aux manifestations des privés d’emploi pour exiger des réponses immédiates et précises de la part du gouvernement et du patronat

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