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Billet de blog 19 nov. 2010

A 3 ans, philosophes en herbe ou futurs «délinquants»?

Ils s’appellent Azouaou, Louise, Kyria, Shana, Yanis ou Abderhamène. À 3 ans et 4 ans, ils discutent librement de l’amour, de la mort, de la liberté, de l’autorité, de la différence… En première et seconde année de maternelle, à Le Mée-sur-Seine, dans une ZEP de Seine-et-Marne, ils réfléchissent avec leurs mots à des sujets de philosophie normalement réservés aux élèves de terminale !

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Ils s’appellent Azouaou, Louise, Kyria, Shana, Yanis ou Abderhamène. À 3 ans et 4 ans, ils discutent librement de l’amour, de la mort, de la liberté, de l’autorité, de la différence… En première et seconde année de maternelle, à Le Mée-sur-Seine, dans une ZEP de Seine-et-Marne, ils réfléchissent avec leurs mots à des sujets de philosophie normalement réservés aux élèves de terminale ! Ces ateliers philo initiés par une institutrice, Pascaline Dogliani, nous sont restitués dans un film documentaire de Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier, «Ce n’est qu’un début», visible dans une centaine de salles, depuis le mercredi 17 novembre.
Azouaou, Louise, Kyria, Shana, Yanis ou Abderhamène et tous les autres enfants de leur âge n’ont malheureusement pas à faire qu’à des adultes bienveillants. Nos tout petits ne savent pas ce que des politiciens sans scrupule aidés de pseudo spécialistes aux ordres trament dans leur dos. Il y a eu d’abord, en 2005, ce rapport de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) préconisant le dépistage précoce des prétendus germes de la délinquance chez les enfants dès la maternelle. Une pétition intitulée «Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans» avait alors recueilli près de 200 000 signatures. Chère à Nicolas Sarkozy, l’idée a été remise en selle, en 2008, par Frédéric Lefebvre, alors porte parole de l’UMP, puis encore tout récemment, le 3 novembre 2010, par l’ex-socialiste «blairiste», ex-sous-ministre d’ «ouverture», Jean-Marie Bockel, dans un rapport remis au président de la République sur la «prévention de la délinquance juvénile».

Et c'est ainsi, qu'au nom de la sainte Sécurité, un imposteur et menteur patenté, un porte flingue ultra violent et un renégat baragouinent sur le nécessaire «repérage» de la «vulnérabilité» et le «dépistage» des «troubles mentaux» de nos petits. Et quelle persévérance dans l’infamie! C’est qu’ils veulent boucler la boucle: en incluant les plus jeunes dans le quadrillage idéologique des esprits, leur but est d’enfermer à double tour la société dans un délire sécuritaire fondé sur la négation du social. Parce qu'il faut enfumer les esprits pour, par exemple, masquer les 2 millions d’enfants qui vivent sous le seuil de la pauvreté en France, cumulant les inégalités au regard de leur logement, de la prise en charge de leur santé, de leur parcours scolaire et du maintien des liens familiaux. «Les effets de la précarité ont des conséquences lourdes sur la construction psychique et le devenir des enfants» s’alarmait récemment la Défenseure des enfants, DominiqueVersini. Et c’est déjà trop que de le dire: créée en 2000, la toute jeune institution de défense des enfants est menacée de disparition par le gouvernement.

D’un côté, il y a une pédagogue qui, comme des milliers d’autres, fonde sa relation aux enfants sur la confiance, et, de l’autre côté, il y a une poignée de misérables inquisiteurs de la petite enfance. D’un côté, il y a de l’amour, l’amour des enfants, l’amour de la vie, de l’autre côté, il n’y a que de la haine, la haine de soi, la haine des enfants, la haine de la vie. Entre l’une et l’autre démarche, il y a un choix politique, un choix de classe. Ne laissons pas une poignée de privilégiés et leurs affidés détruire la vie d’Azouaou, Louise, Kyria, Shana, Yanis ou Abderhamène !

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