Le diable est dans les lapsus

« Je vous remercie Madame Le Pen... euh pardon, monsieur le ministre! », a lâché la vice-présidente de l'Assemblée nationale en s’adressant au ministre de l’Intérieur, jeudi 19 avril, pendant les débats sur le projet de loi asile et immigration. Un lapsus qui, s’ajoutant à d’autres du même tonneau, en dit long sur la réalité extrême droitière de Macron et son gouvernement.

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Il y en a quelques fameux, de lapsus (du latin labor qui signifie « trébucher, glisser »). Comme ce député, défendant une loi sur la pornographie, en 1975, qui appelle ses confrères à « durcir leur sexe » au lieu de « durcir leur texte » ; un ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, parlant d’« empreintes génitales » au lieu de génétiques ; Rachida Dati avec sa fameuse « fellation » à la place d’inflation et son « code des bonnes pratiques » qui devient un « gode des bonnes pratiques »… (ICI) Bien malgré eux, les politiques peuvent nous faire rire lorsque leur libido les trahit. Beaucoup moins rigolos sont leurs lapsus clairement politiques, quand leurs troubles de la parole nous troublent et nous laissent sans voix.

Ainsi du « Je vous remercie Madame Le Pen... euh pardon, monsieur le ministre! », de la vice-présidente de l'Assemblée nationale, Carole Bureau-Bonnard, en clôture de l’intervention du ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, pour laisser Marine Le Pen répondre.

"Je vous remercie Madame Le Pen", le lapsus cocasse de la présidente de séance à Gérard Collomb © iZeplay TV

Et, comme en écho à ce lapsus, les député-e-s du Front national et de la République En Marche ont voté, comme un seul homme, pour l’article 5 de la loi Asile et Immigration qui prévoit de réduire de 120 jours à 90 jours le délai dont dispose un étranger pour déposer une demande d’asile. Comme l’écrit justement Gildas Le Dern, dans Regards, « le gouvernement, sous la présidence d’Émmanuel Macron, ne multiplie pas seulement les exactions et les dispositions répressives à l’égard des réfugiés. Il ne cherche pas même à récupérer les voix du Front National. Celles-ci lui sont désormais acquises et volent au secours de sa politique. Et désormais, les députés d’extrême-droite votent de concert avec la majorité à l’Assemblée Nationale ».

Une surprise ? Souvenons-nous de Collomb,  à la veille de l’élection présidentielle, le 3 mai 2017, quand sa langue fourche à deux reprises avec son « Emmanuel Le Pen » :

Lapsus de Gérard Collomb : Emmanuel Le Pen © Revolution Et Libertés

Collomb encore, qui, en septembre 2017, pour défendre sa loi « antiterroriste » devant la Commission des lois de l’Assemblée nationale, crache le morceau : « Sur la sortie de l'état de droit, vous savez que le Conseil… de l'état d'urgence, pardon… ».

Gérard Collomb : "Sur la sortie de l'état de droit" © Loïc Le Clerc

Et maintenant, avec Macron et sa clique, de l'État de droit, dont ils se gargarisent, à l'État d'extrême droite ?!... (ce n'est pas – encore– un lapsus)

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Retour à l'envoyeur : Quelques unes des milliers de grenades utilisées par les gendarmes à Notre-Dame-Des-Landes rendues par les zadistes à la préfecture de Nantes, mercredi dernier.

 

 

 

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