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Billet de blog 23 mars 2012

États-Unis : un « fou de sécurité » tue impunément

Parce qu'il était Noir et jeune, Trayvion Martin a été froidement abattu par un « milicien de quartier », à Sanford en Floride, le 26 février. L'impunité de son assassin provoque l'indignation de l'opinion publique étasunienne. En France...

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Parce qu'il était Noir et jeune, Trayvion Martin a été froidement abattu par un « milicien de quartier », à Sanford en Floride, le 26 février. L'impunité de son assassin provoque l'indignation de l'opinion publique étasunienne. En France...

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L'adolescent de 17 ans a été retrouvé mort avec une balle dans la poitrine tirée à bout portant, sans arme, avec un paquet de bonbons et une bouteille de thé glacé à la main. Le tireur, lui, n'a pas été interpellé par la police qui a conclu à la « légitime défense », ce qui suffit à assurer son impunité, selon la loi en Floride.

Le 22 mars, plus de 8 000 personnes ont manifesté dans la petite ville où l'adolescent de 17 ans a été assassiné pour délit de faciès. Selon le quotidien local, le South Florida Sun Sentinel, « ils sont venus par autocars entiers d'Atlanta, ils sont venus en voiture du centre de la Floride et de tout le reste de l'État. Ils portaient des sweats à capuche, des pancartes, et picoraient des Skittles (sorte de Smarties). Ils réclamaient justice pour Trayvon Martin ».

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Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes de Floride et aussi à New-York. L'assassinat de Trayvion Martin suscite une large mobilisation aux États-Unis où une pétition a, en quelques jours, recueilli les signatures de plus d'un million de personnes (ICI pour signer la pétition). L'Association nationale pour la promotion des personnes de couleur ( NAACP) a demandé au ministère de la Justice d'intervenir.

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Premiers résultats : cédant à la pression, le FBI et le ministère de la Justice américain ont ouvert une enquête le 19 mars et le procureur du district central de Floride a enfin consenti, le 20 mars, l'ouverture d'une enquête sur les circonstances du meurtre, promettant une « vérification complète et indépendante » de toutes les preuves. Une chambre d'accusation doit se réunir le 10 avril pour décider de la poursuite ou non de l'assassin.

Vendredi 23 mars, l'affaire a pris une envergure nationale avec l'intervention de Barack Obama qui a déclaré,  : « Si j'avais un fils, il ressemblerait à Trayvon (...) Je ne peux imaginer ce que traversent les parents. (...) Chaque parent aux États-Unis devrait pouvoir comprendre la raison pour laquelle il est impératif que nous enquêtions sur tous les aspects de cette affaire, et que tout le monde y mette du sien, pour comprendre exactement comment cette tragédie s'est produite ».

 En attendant que, peut-être, justice soit faite, les circonstances de la mort de Trayvion Martin portent à réfléchir sur les conséquences tragiques du délire sécuritaire.

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Ce dimanche là, un jeune homme quitte le domicile de son père qui vit dans un quartier résidentiel pour aller acheter des sucreries dans un épiceries. Un voisin, George Zimmerman, le juge suspect et téléphone à la police qui lui demande de ne rien faire, une patrouille devant être envoyée sur place. George Zimmerman, un Blanc de 28 ans, est membre d'un groupe de surveillance de son quartier où il patrouille régulièrement, armé, avec son chien, pour prévenir d'éventuels cambriolages ou délits dans la résidence. Le paranoïaque décide de faire police et justice lui-même et abat froidement Trayvion Martin alors que celui-ci est dans une cabine téléphonique en train de s'entretenir avec une amie.

 Arrivée « sur les lieux, la police a décidé d'être le juge et le jury », s'est indignée la mère de Trayvon Martin à NBC TV. Parlant au programme NBC Today, le père de la victime, a estimé que le tireur avait suspecté son fils « parce qu'il était jeune, noir et qu'il portait une veste à capuche »

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En France, inspiré du concept anglo-saxon "neighbourhood watch" (« surveillance de quartier »), le dispositif « voisins vigilants », où chacun est appelé au flicage d'autrui, existe en France depuis 2007. Plusieurs dizaines de communes, notamment des Alpes-Maritimes, s'inscrivent dans ce dispositif. Aucune évaluation de celui-ci n'a encore été rendue publique.

Dans une circulaire du 22 juin 2011, Claude Guéant demandait officiellement à tous les préfets de « d'étendre le dispositif à tout le territoire » afin de « rassurer la population, améliorer la réactivité des forces de sécurité contre la délinquance d'appropriation et accroître l'efficacité de la prévention de proximité ». Et de préciser que « l'effort doit être porté dans les quartiers, les lotissements ou les zones pavillonnaires régulièrement touchés par des phénomènes de délinquance multiformes (cambriolages, démarchages conduisant à des escroqueries, dégradations et incivilités diverses) mais aussi dans les villages ou secteurs plus ruraux pour lutter contre le sentiment d'insécurité ».

En octobre 2011, un Livre blanc sur la sécurité publique remis à Claude guéant propose notamment que les citoyens soient invités à collaborer à l’effort d’« observation, de signalement, de prévention et d’échange » des forces de sécurité publique, et notamment de leurs services de renseignement.

Ou comment, pas à pas, les tenants de l'idéologie sécuritaire de l'hexagone prennent les moyens pour qu'un jour en France...

ACTUALISATION

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Selon l'AFP à Washington, SAMEDI 25 MARS, Un millier de manifestants, selon la police, 3 000 selon les organisateurs, se sont rassemblés dans la capitale étasuniène pour réclamer « justice » pour Trayvon Martin. L'affaire enflamme la communauté noire. «Trayvon est mon fils aussi», pouvait-on lire sur une des pancartes brandies par les manifestants, en majorité noirs, rassemblés à quelques rues de la Maison-Blanche.

« Ne perdez pas votre temps avec de la colère jusqu'à ce que nous ayons toute la vérité », a clamé parmi les orateurs Dick Gregory, 80 ans, une figure de la lutte pour les droits civiques. « Nous devons aller jusqu'au fond des choses, avec le FBI », a dit cet ancien acteur à la voix enrouée. « Arrêtons d'être dans l'émotion et commençons par réclamer des réponses. »

« Nous devons nous rassembler en tant que Nation», a renchéri le pasteur Toni Lee. « Faisons vraiment quelque chose », a-t-il lancé, avant que les manifestants ne scandent « sans justice, pas de paix ». Certains étaient vêtus de T-shirts proclamant : « Je suis Trayvon »

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« Mettons-nous au travail et changeons ce pays. Nous devons changer cette société qui pense que l'homme noir est un problème », a lancé Rashawn Davis, un militant de l'organisation noire NAACP à la Georgetown University. « Quand je vois vos visages en colère, je veux que vous utilisiez cette énergie pour la mettre dans vos coeurs et qu'elle serve de carburant pour changer le pays. Nous devons tous changer le paradigme raciste dans ce pays », a-t-il déclaré à la tribune.

Un groupe politique noir, le Nouveau parti des Black Panthers, a offert samedi 10 000 dollars de récompense pour la capture de M. Zimmerman « vivant, ni mort, ni blessé ». « Oeil pour oeil, dent pour dent», a dit Mikhail Muhammad, l'un des dirigeants de ce parti, à un journal local, « nous ne haïssons personne, mais nous haïssons l'injustice ».

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LeBron James, la superstar du Miami Heat, a mis en ligne sur son compte Twitter la photo ci-dessus, réalisée avec les autres joueurs de son équipe de basket, pour dénoncer le meurtre de Trayvon Martin. « Nous sommes Trayvon Martin. Capuches. Stéréotypes. Nous voulons la justice », écrit LBJ, visiblement très ému.

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