Un flic : « Si je vous casse le nez, vous pourrez porter plainte... »

Un journaliste croise le chemin d'une patrouille de police en train de contrôler « virilement » une vingtaine de jeunes Indignés espagnols, dans le métro parisien. « Mon réflexe de journaliste et de citoyen est de documenter cette scène, en la filmant avec mon téléphone portable. » Mal lui en a pris...

Un journaliste croise le chemin d'une patrouille de police en train de contrôler « virilement » une vingtaine de jeunes Indignés espagnols, dans le métro parisien. « Mon réflexe de journaliste et de citoyen est de documenter cette scène, en la filmant avec mon téléphone portable. » Mal lui en a pris...

 

 

 

Cela s'est passé le 18 octobre, quatre jours après l'interdiction par la justice du site Copwatch Nord-Ile de Francequi entend dénoncer les violences et les bavures policières (Article ICI)... Voici un extrait du témoignage du journaliste impliqué, Emmanuel Raoul, rapporté à Camille Polloni des Inrocks (Article et vidéo ICI) :

 

« Trente secondes après, le policier qui procède à l'interpellation se jette sur moi, arrache le téléphone de mes mains et le confisque. Voici le dialogue retranscrit :

- Policier 1 : "Regarde là, là là là, prends-le prends-le!"
- Emmanuel Raoul : "Je suis journaliste, je suis journaliste"
Un deuxième policier pousse le téléphone avec sa main.
- Policier 2 : "Et alors? Est-ce que vous accepteriez qu'on vous filme pendant votre travail? Non?"
- E.R : "Y'a pas de souci je suis journaliste."
- Sa compagne : "Sors ta carte"
Emmanuel Raoul filme les indignés à genoux. Un policier attrape son téléphone et le lui retire.
- ER : "Oh oh, je suis journaliste, oh! J'ai ma carte de presse"
- Le policier : "Vous ne me filmez pas, vous n'avez pas le droit de me filmer!"

Non seulement le policier part avec mon téléphone et refuse de me le rendre durant de longues minutes, mais il efface aussi la vidéo que je viens de tourner. Pendant ce temps, un de ses collègues me prend à part, me palpe et contrôle mon identité (carte d'identité et carte de presse), en refusant de m'indiquer dans le cadre de quelle procédure, enquête ou fichier de police ces données seront conservées.

Quand le premier policier revient, bombe lacrymogène à la main, son visage à quelques centimètres du mien, il hurle qu'il refuse d'être filmé, invoquant le risque pour lui, sa femme fonctionnaire de police et leurs trois enfants, d'être harcelés si son visage est affiché sur Internet. Il ajoute que si je diffusais ces images sans son consentement, il pourrait porter plainte mais que "ça ne changerait rien" pour sa famille. Et d'ajouter : "si je vous casse le nez, vous pouvez porter plainte, vous aurez quand même le nez cassé". »

 

RAPPEL

Filmer un policier dans l'exercice des ses fonctions n'est pas interdit par la loi.Comme le détaille sur Slate.fr (article ICI), Cécile Dehesdin, « les policiers peuvent vous demander d'arrêter de filmer, vous demander d'effacer votre vidéo ou vos photos, mais vous n'avez pas à obtempérer si vous ne le désirez pas, et ils n'ont pas le droit de vous y forcer. »

RAPPEL

Le 14 octobre,le site Copwatch Nord-Ile de France, dédié à la surveillance de la police et à la dénonciation publique de ses méfaits éventuelsa été interdit par la justice, suite à la plainte du ministère de l'intérieur pour injures et diffamations envers des fonctionnaires de police.

Malgré cette interdiction, le site Copwatch reste accessible grâce à des sites miroirs (Pour y accéder ICI).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.