Jean-Pierre Anselme
journaliste
Abonné·e de Mediapart

245 Billets

0 Édition

Billet de blog 30 sept. 2014

« Je t'ai dans la peau »

Le film de Jean-Pierre Thorn, Je t'ai dans la peau, parait en livre-DVD. Inspiré d'une histoire réelle, il raconte la vie tumultueuse de Jeanne, des années 50 au 10 mai 1981. Elle sera religieuse, ouvrière, amante d'un prêtre ouvrier, leader syndical et féministe, ne cessant de s'affronter à l'Église et au Parti. « Diffamatoire » pour la CGT, lors de sa sortie en 1990, le film, tout en nuances, met en scène l'impossible mariage de la révolte et de la raison institutionnelle. Actuel.

Jean-Pierre Anselme
journaliste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© 

Le film de Jean-Pierre Thorn, Je t'ai dans la peau, parait en livre-DVD. Inspiré d'une histoire réelle, il raconte la vie tumultueuse de Jeanne, des années 50 au 10 mai 1981. Elle sera religieuse, ouvrière, amante d'un prêtre ouvrier, leader syndical et féministe, ne cessant de s'affronter à l'Église et au Parti. « Diffamatoire » pour la CGT, lors de sa sortie en 1990, le film, tout en nuances, met en scène l'impossible mariage de la révolte et de la raison institutionnelle. Actuel.

© 

« Une image du film résume parfaitement la situation : l'homme est debout, récitant un discours, son texte à la main, sur fond de paysage d'usine. Les femmes en robes à fleurs sont assises dans l'herbe, l'écoutant distraitement, non qu'elles se désintéressent des problèmes exposés par leur zélé camarade, mais parce qu'elles savent que tout est à réinventer des formes de luttes, et que le moment est venu pour elles de prendre leur destin en main. Jean-Pierre Thorn, l'homme qui aime les femmes, fait entendre leur voix, se coule dans leur sensibilité. » (1)

Le cinéaste nous explique que Jeanne « ne sait faire autrement que résister à ce qui sclérose ces différents « ordres » [l'Église, le Parti, le Syndicat], à ce qui les éloigne de ceux qu'ils prétendent représenter . Elle se révolte successivement contre les divers pouvoirs des “clercs” qu'elle compare à ceux des patrons qu'elle a combattu toute sa vie. » Une révolte qui ne va pas sans contradictions, car « le paradoxe de Jeanne, c'est qu'elle vit ses révoltes successives sur le mode de la culpabilité : sans doute a-t-elle alors la sensation de mettre en danger l'unité de “la famille ” qu'elle s'était fabriquée ? Une phrase m'a intriguée revenant constamment dans les interviews de militants exclus : “Le parti, je l'avais dans la peau : si j'étais exclus, j'en mourrais !” Là réside le véritable propos du film. »

Le personnage qui inspira le film de Jean-Pierre Thorn, une permanente syndicale, Georgette Vacher, avait laissé une lettre derrière elle, où elle écrivait : « Ceci est la fin d’une grande histoire d’amour avec la classe ouvrière… Je suis le dos au mur. » Le Dos au mur... le titre du film précédent de Jean-Pierre Thorn. Un documentaire pour témoigner de l'intérieur sur la grève de six semaines à l'usine métallurgique d'alsthom de Saint-Ouen, en 1978. Dix ans auparavant, en 1968, Jean-Pierre Thorn tournait son premier documentaire au cœur de l'usine occupée de Renault à Flins, Oser lutter oser vaincre, Flins 68, qui demeure un exemple du cinéma militant. En 1969, le cinéaste choisit de devenir ouvrier non qualifié : « Si je voulais être en accord avec moi-même, il fallait que je change de vie concrètement : que je partage la condition ouvrière. »

Du Dos au mur et de Je t'ai dans la peau, Alain Badiou écrit au cinéaste : « Enfin, chaque soir, je regarde un de vos films. Ma hiérarchie est mouvante, mais ce matin, je pense que mon préféré est Le dos au mur, que je tiens pour le plus grand de tous les films que je connais qui traitent de l'usine sous l'angle du conflit (il y a de grands films chinois qui en traitent sous l'angle de sa fin). Du reste, les séquences d'atelier dans Je t'ai dans la peau sont également remarquables, faisant venir au jour sinon le conflit du moins ses conditions. à vrai dire, le récit que vous proposez de la France vu du point de son peuple réel est unique en son genre. »

 Je t'ai dans la peau... un livre et un film qui posent des questions essentielles et actuelles : Qu'est-ce qui est universel dans cette histoire d'engagement qui finit en impasse ? Que reste-t-il de nos utopies ? De nos combats ? Et pour reconstruire quoi au pays des illusions perdues ?

POUR COMMANDER LE LIVRE-DVD

© 

Je t'ai dans la peau (205 pages, 25 euros) :

mail : editionscommune@free.fr

Site de l'éditeur : http://www.editionscommune.org/

Téléphone : 06 89 93 45 94

(le livre-DVD sera par ailleurs disponible à la librairie de la cinémathèque française (51 Rue de Bercy, 75012 Paris, 01 71 19 33 33) à partir du 14 octobre 2014)

DEUX RENDEZ-VOUS :

© 

DIMANCHE 5 OCTOBRE 2014

Le Méliès à Port-de-Bouc /

Dans le cadre des 25 ans du Méliès

Cinéma Le Méliès, 2 rue Denis Papin, 13110 Port-de-Bouc / 04 42 06 29 77

18h > Je t’ai dans la peau, projection suivie d’un apéritif/rencontre en présence de Martine Derain, éditrice et Jean-François Neplaz, cinéaste et fondateur de Film flamme.

 • LUNDI 13 OCTOBRE 22014

 Maison des métallos

 En partenariat avec la Maison des métallos et Périphérie Centre de Création, soirée spéciale du festival Les rencontres du cinma documentaire (du 7 au 17 octobre au cinéma Le Méliès à Montreuil) hors les murs.

Maison des métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris / 01 48 05 88 27

18h > Le Dos au mur [1980, 105’]

20h > Je t’ai dans la peau

22h > Rencontre avec Jean-Pierre Thorn, Laura Laufer, critique de cinéma, Martine Derain, éditrice, Richard Copans, réalisateur et producteur, animée par Raphaël Yem, journaliste à MTV

_______________________

Jean-Pierre Thorn est notamment l'auteur de Oser lutter, oser vaincre Flins 1968, Le dos au mur (1990), Faire kiffer les anges (1996), On n'est pas des marques de vélo (2002), 93 La Belle rebelle (2007-2010)…

(1) Kiyé Simon Luang, octobre 2013, extrait du livre-DVD, ainsi que toutes les citations de Jean-Pierre Thorn et Alain Badou.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Algériens sans papiers : la France ne peut plus les expulser mais continue de les enfermer
Dans un courriel confidentiel, le ministère de l’intérieur reconnaît l’impossibilité, à la suite des tensions diplomatiques entre Paris et Alger, d’éloigner les Algériennes et les Algériens sans papiers. Et pourtant : leur enfermement en centres de rétention se poursuit. Une situation « absurde » dénoncent associations et avocats.  
par Yasmine Sellami et Rémi Yang
Journal — Extrême droite
Révélations sur les grands donateurs de la campagne d’Éric Zemmour
Grâce à des documents internes de la campagne d’Éric Zemmour, Mediapart a pu identifier 35 de ses grands donateurs. Parmi eux, Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe. Premier volet de notre série sur les soutiens du candidat.
par Sébastien Bourdon, Ariane Lavrilleux et Marine Turchi
Journal
La réplique implacable de Laurent Joly aux « falsifications » sur Vichy
En amont du procès en appel ce jeudi du candidat d’extrême droite pour contestation de crime contre l’humanité, l’historien Laurent Joly a publié un livre dévastateur. Il pointe ses mensonges sur le régime de Vichy, et analyse les raisons politiques de cette banalisation des crimes de l’époque.
par Fabien Escalona
Journal
Le parti républicain poursuit son offensive contre le système électoral
Un an après l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier 2021, ses adversaires cherchent à faire pencher les prochaines élections en leur faveur en modifiant, avec une ingéniosité machiavélique, les rouages des scrutins. En ligne de mire, le vote de mi-mandat de novembre, grâce auquel une grande partie du Congrès sera renouvelée.
par Alexis Buisson

La sélection du Club

Billet de blog
Molière et François Morel m’ont fait pleurer
En novembre 2012, François Morel et ses camarades de scène jouaient Le Bourgeois gentilhomme de Molière au théâtre Odyssud de Blagnac, près de Toulouse. Et j’ai pleuré – à chaudes larmes même.
par Alexandra Sippel
Billet de blog
On a mis Molière dans un atlas !
Un auteur de théâtre dans un atlas ? Certes, Molière est génial. Parce qu'il n'a laissé quasiment aucune correspondance, un trio éditorial imagine comment Jean-Baptiste Poquelin a enfanté "Molière" dans un atlas aussi génial que son objet. (Par Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Molière porte des oripeaux « arabes »
Le 15 janvier 2022, Molière aurait eu 400 ans. Ce grand auteur a conquis le monde, a été traduit et adapté partout. Molière n'est désormais plus français, dans les pays arabes, les auteurs de théâtre en ont fait leur "frère", il est joué partout. Une lecture
par Ahmed Chenikii
Billet de blog
Quoi de neuf ? Molière, insurpassable ! (1/2)
400e anniversaire de la naissance de Molière. La vie sociale est un jeu et il faut prendre le parti d’en rire. « Châtier les mœurs par le rire ». La comédie d’intrigue repose forcément sur le conflit entre la norme et l’aberration, la mesure et la démesure (pas de comique sans exagération), il reste problématique de lire une idéologie précise dans le rire du dramaturge le plus joué dans le monde.
par Ph. Pichon