« Je t'ai dans la peau »

Le film de Jean-Pierre Thorn, Je t'ai dans la peau, parait en livre-DVD. Inspiré d'une histoire réelle, il raconte la vie tumultueuse de Jeanne, des années 50 au 10 mai 1981. Elle sera religieuse, ouvrière, amante d'un prêtre ouvrier, leader syndical et féministe, ne cessant de s'affronter à l'Église et au Parti. « Diffamatoire » pour la CGT, lors de sa sortie en 1990, le film, tout en nuances, met en scène l'impossible mariage de la révolte et de la raison institutionnelle. Actuel.

Le film de Jean-Pierre Thorn, Je t'ai dans la peau, parait en livre-DVD. Inspiré d'une histoire réelle, il raconte la vie tumultueuse de Jeanne, des années 50 au 10 mai 1981. Elle sera religieuse, ouvrière, amante d'un prêtre ouvrier, leader syndical et féministe, ne cessant de s'affronter à l'Église et au Parti. « Diffamatoire » pour la CGT, lors de sa sortie en 1990, le film, tout en nuances, met en scène l'impossible mariage de la révolte et de la raison institutionnelle. Actuel.

 

 

« Une image du film résume parfaitement la situation : l'homme est debout, récitant un discours, son texte à la main, sur fond de paysage d'usine. Les femmes en robes à fleurs sont assises dans l'herbe, l'écoutant distraitement, non qu'elles se désintéressent des problèmes exposés par leur zélé camarade, mais parce qu'elles savent que tout est à réinventer des formes de luttes, et que le moment est venu pour elles de prendre leur destin en main. Jean-Pierre Thorn, l'homme qui aime les femmes, fait entendre leur voix, se coule dans leur sensibilité. » (1)

Le cinéaste nous explique que Jeanne « ne sait faire autrement que résister à ce qui sclérose ces différents « ordres » [l'Église, le Parti, le Syndicat], à ce qui les éloigne de ceux qu'ils prétendent représenter . Elle se révolte successivement contre les divers pouvoirs des “clercs” qu'elle compare à ceux des patrons qu'elle a combattu toute sa vie. » Une révolte qui ne va pas sans contradictions, car « le paradoxe de Jeanne, c'est qu'elle vit ses révoltes successives sur le mode de la culpabilité : sans doute a-t-elle alors la sensation de mettre en danger l'unité de “la famille ” qu'elle s'était fabriquée ? Une phrase m'a intriguée revenant constamment dans les interviews de militants exclus : “Le parti, je l'avais dans la peau : si j'étais exclus, j'en mourrais !” Là réside le véritable propos du film. »

Le personnage qui inspira le film de Jean-Pierre Thorn, une permanente syndicale, Georgette Vacher, avait laissé une lettre derrière elle, où elle écrivait : « Ceci est la fin d’une grande histoire d’amour avec la classe ouvrière… Je suis le dos au mur. » Le Dos au mur... le titre du film précédent de Jean-Pierre Thorn. Un documentaire pour témoigner de l'intérieur sur la grève de six semaines à l'usine métallurgique d'alsthom de Saint-Ouen, en 1978. Dix ans auparavant, en 1968, Jean-Pierre Thorn tournait son premier documentaire au cœur de l'usine occupée de Renault à Flins, Oser lutter oser vaincre, Flins 68, qui demeure un exemple du cinéma militant. En 1969, le cinéaste choisit de devenir ouvrier non qualifié : « Si je voulais être en accord avec moi-même, il fallait que je change de vie concrètement : que je partage la condition ouvrière. »

Du Dos au mur et de Je t'ai dans la peau, Alain Badiou écrit au cinéaste : « Enfin, chaque soir, je regarde un de vos films. Ma hiérarchie est mouvante, mais ce matin, je pense que mon préféré est Le dos au mur, que je tiens pour le plus grand de tous les films que je connais qui traitent de l'usine sous l'angle du conflit (il y a de grands films chinois qui en traitent sous l'angle de sa fin). Du reste, les séquences d'atelier dans Je t'ai dans la peau sont également remarquables, faisant venir au jour sinon le conflit du moins ses conditions. à vrai dire, le récit que vous proposez de la France vu du point de son peuple réel est unique en son genre. »

 Je t'ai dans la peau... un livre et un film qui posent des questions essentielles et actuelles : Qu'est-ce qui est universel dans cette histoire d'engagement qui finit en impasse ? Que reste-t-il de nos utopies ? De nos combats ? Et pour reconstruire quoi au pays des illusions perdues ?

 

 

POUR COMMANDER LE LIVRE-DVD

Je t'ai dans la peau (205 pages, 25 euros) :

mail : editionscommune@free.fr

Site de l'éditeur : http://www.editionscommune.org/

Téléphone : 06 89 93 45 94

(le livre-DVD sera par ailleurs disponible à la librairie de la cinémathèque française (51 Rue de Bercy, 75012 Paris, 01 71 19 33 33) à partir du 14 octobre 2014)

 

DEUX RENDEZ-VOUS :

 







DIMANCHE 5 OCTOBRE 2014

 

Le Méliès à Port-de-Bouc /

Dans le cadre des 25 ans du Méliès

Cinéma Le Méliès, 2 rue Denis Papin, 13110 Port-de-Bouc / 04 42 06 29 77

18h > Je t’ai dans la peau, projection suivie d’un apéritif/rencontre en présence de Martine Derain, éditrice et Jean-François Neplaz, cinéaste et fondateur de Film flamme.

 

 LUNDI 13 OCTOBRE 22014

 Maison des métallos

 En partenariat avec la Maison des métallos et Périphérie Centre de Création, soirée spéciale du festival Les rencontres du cinma documentaire (du 7 au 17 octobre au cinéma Le Méliès à Montreuil) hors les murs.

Maison des métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris / 01 48 05 88 27

18h > Le Dos au mur [1980, 105’]

20h > Je t’ai dans la peau

22h > Rencontre avec Jean-Pierre Thorn, Laura Laufer, critique de cinéma, Martine Derain, éditrice, Richard Copans, réalisateur et producteur, animée par Raphaël Yem, journaliste à MTV

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Jean-Pierre Thorn est notamment l'auteur de Oser lutter, oser vaincre Flins 1968, Le dos au mur (1990), Faire kiffer les anges (1996), On n'est pas des marques de vélo (2002), 93 La Belle rebelle (2007-2010)…

(1) Kiyé Simon Luang, octobre 2013, extrait du livre-DVD, ainsi que toutes les citations de Jean-Pierre Thorn et Alain Badou.

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