Communauté enseignante, instance praticienne de la pacification des rapports sociaux

3/4 - Pratiques de justice restaurative - Les rapports sociaux soumis aux rapports d’autorité sont violents, que cette violence soit apparente ou non, et ils sont de moins en moins acceptés. Ce qui provoque une tension, une souffrance et quelquefois une révolte qui ne trouvent aucun remède dans notre système institutionnel fonctionnant sur le principe injonction/sanction qui ne sait ni ne peut..

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3/4 - La communauté enseignante devrait devenir l’instance praticienne de la pacification des rapports sociaux

Les rapports sociaux soumis aux rapports d’autorité sont violents, que cette violence soit apparente ou non, et ils sont de moins en moins acceptés. Ce qui provoque une tension, une souffrance et quelquefois une révolte qui ne trouvent aucun remède dans notre système institutionnel fonctionnant sur le principe injonction/sanction qui ne sait ni ne peut pacifier et ce dans tous les domaines de la vie sociale, professionnelle, publique ou privée. Notre système institutionnel vise toujours à soumettre les individus-citoyens à son ordre, ce qui provoque leur souffrance et leur résistance au lieu de favoriser et susciter leur initiative.
Quatre articles :
1/4 - Les impasses de la punition à l’école - La discipline coopérative - La discipline positive
2/4 - Le développement des compétences psychosociales
3/4 - Pratiques de justice restaurative
4/4 - Comment mettre en œuvre la généralisation de ces pratiques dans notre contexte social et politique actuel ?

 

3/4 - Pratiques de justice restaurative


Introduction : de lointaines racines

Il est à peu près certain que nos ancêtres les plus lointains adhéraient déjà à une forme de discipline qui devait répondre aux besoins du groupe. Un climat social apaisé étant toujours profitable, très tôt il a dû naître une volonté de résoudre et d’éviter les conflits entre les individus d’un même groupe avec l’assentiment de tous. Et nombreuses ont été les solutions expérimentées pour résoudre les problèmes humains de manière pacifique. En Afrique précoloniale, à l’ombre de l’arbre à palabre, une assemblée, voire un village entier, délibérait des affaires courantes, tentait de résoudre au mieux une mésentente entre les personnes qui « palabraient » jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord et conviennent, au consensus donc, de la décision à prendre.

En 1945 est adopté un article de loi qui permet la réparation pénale pour les mineurs : une activité d’aide ou de réparation au bénéfice de la victime ou dans l’intérêt de la collectivité. À partir des années 1960, on commence à s’intéresser à la victimologie, discipline qui étudie les conséquences d’un acte délictuel sur une victime, comme le stress, le traumatisme, mais aussi les relations victime-auteur.
En 1978, une expérience de rencontre victime-auteur en Amérique du Nord est à l’origine d’un développement de pratiques de justice restaurative.

Dans les années 1980, en Nouvelle Zélande, une expérience a retenu l’attention. Les Maoris, insatisfaits du système judiciaire dans lequel se retrouvaient leurs enfants, ont proposé aux services sociaux et judiciaires de « suivre leur façon de faire », c’est-à-dire qu’il leur soit permis, avant que le juge intervienne, de discuter entre eux de leurs problèmes en famille ou dans le quartier pour présenter une solution satisfaisante. Ce processus fondé sur réciprocité et connexion - chaque membre donnant et recevant à la fois - permet au groupe d’augmenter sa capacité à répondre aux besoins et aux intérêts de chacun de ses membres. La Nouvelle Zélande l’a ensuite appliqué à la résolution des problèmes des ressortissants de culture européenne. Cela a été si efficace qu’en 1989 est apparu un nouveau droit, « The Children Young Persons and their Families Act » : le droit des familles de discuter d’un problème et de chercher des solutions dans leur propre entourage avant qu’un juge ne prenne une décision. Ainsi, l’État a accordé une légitimité aux pratiques ancestrales des aborigènes. Le praticien chercheur Francis Alföldi (2002) écrit à ce propos : « Ceux qu’on appelait encore ’’les sauvages’’ aux temps des premiers ethnologues, sont aujourd’hui les transmetteurs d’un savoir qu’il faut bien situer à la pointe de la modernité… ».

En 2014 une loi de même portée a été adoptée aux Pays-Bas. Le 15 août de la même année, est adoptée en France une loi sur l’individualisation des peines qui permet d’introduire dans le domaine pénal des mesures de justice restaurative. Howard Zehr, enseignant à l’université et photographe, est le fondateur de la justice restaurative. Fils d’un chef d’Église mennonite, il a dirigé le premier programme de réconciliation entre victime et délinquant aux États-Unis. En France, Robert Cario, professeur émérite de criminologie a créé l’Institution française pour la justice restaurative (IFJR).


Les trois idées directrices de la justice restaurative sont :

  • les besoins des victimes doivent être pris en compte ;

  • l’acteur doit être encouragé à prendre sa responsabilité, comprendre l’impact de ses actions et prendre des mesures pour réparer le dommage infligé autant que possible ;

  • Ceux qui ont eu à souffrir d’un acte malveillant doivent être intégrés au processus de résolution du dommage.

Des associations œuvrent à l’introduction de ces pratiques en France en organisant des stages pour comprendre les principes de cette méthode et apprendre à mettre en œuvre un des dispositifs. Le but est de former des « personnes ressources » aptes à intervenir lorsqu’un conflit ne trouve pas de solution, à la demande des personnes concernées mais aussi après une sanction ou condamnation.

Tout ce qui suit tente d’expliquer ce que la justice restaurative signifie et ce qu’elle pourrait apporter dans les établissements scolaires. Pourquoi attendre que le délit s’accomplisse ? Pourquoi ne pas essayer de prévenir le passage à l’acte, la parole mauvaise quand la colère éclate ? Pourquoi ne pas essayer d’apprendre à échanger, dans le respect, nos subjectives appréciations de la réalité, tant qu’il est encore temps ? Installons dans nos écoles depuis la maternelle à l’université, dans nos institutions publiques aussi bien que privées, des espaces pratiques, accessibles, réguliers, où pourraient s’exercer comme une discipline cette justice restaurative construite pour aider.


Que fait donc la justice restaurative que la justice traditionnelle ne fait pas ?

La justice restaurative (JR) cherche à mettre en relation tous les acteurs d’un conflit, délit ou agression : auteurs, victimes, personnes présentes ou absentes mais touchées par l’acte ou ses conséquences, pour que soient « dits et entendus » tous les faits et toutes les émotions. La JR est aussi un moyen différent de traiter de la transgression des règles et des comportements agressifs, irrespectueux et de façon générale difficiles à intégrer dans la société. C’est une autre façon de rendre justice, essentiellement orientée vers la réparation des dommages qu’ils soient d’ordre individuels, relationnels ou sociaux.

La préoccupation première de la JR est la victime et ensuite l’auteur. Lorsqu’il y a un problème entre des personnes, un dépassement des règles, un délit, nu crime, en JR la chose la plus importante n’est pas de dire à l’auteur : « tu n’as pas respecté la loi », mais de prendre soin de la victime en priorité ; de s’enquérir de ses blessures tout d’abord, puis de se demander ensuite à qui incombe la réparation. Ainsi, au lieu de dire : Que s’est-il passé ? Quelle loi/règle a été enfreinte ? Qui a enfreint la loi, comment devrait-il être puni ? On dit : Que s’est-il passé ? Qui a été blessé et comment ? et qui d’autres ? Qui est responsable de cette réparation ? Qu’est-ce qu’il faut faire pour que cela se passe mieux dans le futur ?
Lorsqu’en groupe de travail on demande « qui est responsable de cette réparation », la salle a besoin d’un temps de réflexion avant de dire, « c’est l’auteur le responsable ». Et quand on demande comment l’auteur saura comment réparer le dommage, cela prendra encore plus de temps. Il n’y a qu’une réponse : « en le demandant à la victime ». Ni l’auteur, ni personne d’autre, ne peut réparer la blessure de quelqu’un sans l’entendre, car personne ne vit un évènement de la même façon. Les conséquences sont différentes pour chacun.

Howard Zehr décrit la JR ainsi : « La justice restaurative est un processus destiné à impliquer, autant qu’il est possible, ceux qui sont touchés par une infraction et à identifier collectivement les torts et dommages subis, les besoins et obligations, afin de parvenir à une guérison et de redresser la situation autant qu’il est possible de le faire ». En effet, avec l’aide de personnes « ressources » la JR vise à ce que la victime d’un méfait trouve des réponses à ses questions et à ses besoins. L’auteur, après avoir pris conscience des conséquences de son comportement et avoir réparé les dommages avec le soutien de la collectivité, retrouve sa place. C’est une réelle réinsertion sociale. Et permet de donner à toutes les personnes concernées un sentiment de justice.

La justice d’État ne produit pas le même ressenti car la décision se prend ailleurs, les personnes concernées n’ayant pas leur mot à dire dans le jugement final. Par définition, le droit pénal assortit toute infraction à une « peine », il intervient suite à un délit pour rendre justice. L’approche restaurative va plus loin et cherche à prévenir les méfaits par l’apprentissage de certains principes de communication capables d’entretenir les relations mais aussi de les réparer le cas échéant.

L’approche pénale                                     L’approche restaurative
Se focalise sur les règles brisées               Se penche sur les blessures des personnes
Espère honte et culpabilité                        Espère prise de conscience et responsabilité
Maintient l’adversité                                  Suggère la rencontre et le dialogue
Punit pour empêcher la récidive               Cherche la résolution du conflit
Administre une peine, décide du verdict Préfère regret sincère, réparation et pardon
Ne se soucie pas des liens rompus           Tient pour importante la restauration des liens

  • Les règles brisées - Les souffrances des personnes : des règles sont nécessaires à toute vie en société. La justice pénale s’appuie dessus et la JR est d’accord sur ce principe mais ne donne pas la priorité à la règle. Lorsque la règle est brisée elle préfère se soucier de la victime plutôt qu’à la transgression des règles. Ce n’est qu’après avoir pris soin des victimes que la JR s’intéressera à l’importance de la transgression. Une conséquence grave de l’acte pour la victime est qu’elle va entraîner une perte de confiance en soi, dans la relation avec autrui et avec la société ou le groupe qui n’ont pas su la protéger.

  • La honte/culpabilité/faute - La prise de conscience/responsabilité/erreur : chercher la vérité pour trouver le coupable est la démarche judiciaire classique. Mais de quelle « vérité » s’agit-il ? Il est très difficile de l’établir avec tous ses contextes, personnels, sociaux, etc ; elle risque d’être connotée de « méchanceté » a minima, car elle compte sur les sentiments de honte et de culpabilité pour produire du remords, mais ne s’ingénie pas à favoriser une prise de conscience profonde.

    D’autre part, plus la punition sera vécue comme injuste et sévère, plus le coupable se sentira quitte, déculpabilisera et sera quelque part prêt à recommencer en essayant de ne pas se faire prendre. Tout restera extérieur à l’auteur de la faute, le délit commis sera réglé par la peine décidée et le coupable considérera la victime indemnisée par la peine qui lui aura été infligée. Ce sont des échanges de type commerciaux plutôt qu’humains.

    Si l’auteur était dans l’immédiat délivré de la peur du verdict, de la honte et du sentiment de culpabilité vécu dans l’isolement, il y aurait une place pour la compassion, il pourrait se pencher sur la victime. Ce n’est qu’après avoir pris conscience de ce que l’auteur a fait qu’il pourra en prendre la responsabilité. C’est en accordant du temps de rencontre de rencontre et d’échange au couple « victime/auteur » que la justice restaurative montre sa confiance dans ce que les personnes ont à se dire, en premier lieu la victime.

  • Maintien de l’adversité - La rencontre et le dialogue : que peut apporter comme réel soulagement le fait que le coupable soit puni ? Les gens ont davantage besoin de comprendre le « pourquoi » que de savoir le coupable en prison, même s’ils trouvent cela plus sécurisant. Lors d’un moindre délit, il peut y avoir ce petit plaisir venin de savoir que l’autre souffre aussi, mais cela n’efface pas le vécu douloureux de la victime.

    C’est là que le rôle de la personne ressource, adepte du principe de JR, va intervenir. Sans directivité excessive, avec humilité et tact pour tenter de diriger, avec leur accord, la victime et le coupable, les amener au dialogue indispensable à toute reconstruction de lien. La victime peut raconter son histoire, être écoutée dans ce qu’elle a souffert et poser des questions. L’auteur répond et prend ses responsabilités. Au lieu de de recevoir une sanction passive, ce sont les mêmes personnes elles-mêmes qui réfléchissent à leurs actions.

    Le résultat de cet échange est que les personnes concernées vont se mettre d’accord sur ce qui va se passer après ; tandis que dans l’approche de type « adversaire », c’est une tierce personne qui décide, les protagonistes restent extérieur à la décision qui ne pourra jamais être le leur.

    La justice traditionnelle a besoin de maintenir la relation d’adversité pour son fonctionnement même, c’est sa raison d’être, il y a « accusation » et « défense », procureur et avocat. Si les plaignants retiraient leur plainte et s’arrangeaient entre eux, le procès (processus) s’arrêterait. Le but de l’institution judiciaire n’est pas la réconciliation des parties, il est d’abord le maintien du respect de la législation car elle s’adresse aussi à la société qui veut voir la justice s’appliquer.

  • La punition pour faire que ça s’arrête et ne recommence plus - La résolution des problèmes, la réparation : la peine administrée ne va pas réparer le coupable, sauf si le coupable prend conscience de son acte mais ce sera une démarche personnelle, que l’isolement carcéral ou la punition favorisera peut-être ou pas. La punition n’est pas prévue pour réparer l’auteur. Elle est censée donner à la victime le sentiment qu’elle a été dédommagée, que l’auteur a été puni. C’est une sorte de vengeance par procuration que la société accorde à la victime, pas une vraie réparation.

    C’est par crainte que les réglementations sont observées dans la plupart des cas. La JR tâche de résoudre le problème du dépassement des règles qui a entraîné la rupture de confiance dans la classe ou dans la relation, c’est plus humain, plus respectueux et surtout bien plus efficace.

  • Infliger de la peine - Le pardon, la réparation : la punition n’est pas nécessairement la réponse la mieux adaptée. Dans ce cadre, seul le passé est pris en compte, l’avenir est gommé. On ne s’interroge pas sur le devenir, la transformation qui en résultera : la personne punie sortira-t-elle renforcée par une punition ? La punition a parfois l’effet inverse de ce qu’elle censée rechercher : le coupable se sent victime. Si l’élève puni est exclu il peut se tourner vers ses pairs dont l’influence peut lui être néfaste.

    La victime a besoin d’être reconnue victime, que l’on reconnaisse qu’elle a souffert. Si son entourage ne le fait pas, la décision judiciaire ou scolaire ne la réconfortera pas. L’idée est que ce soit l’auteur de son « malheur » qui vienne lui exprimer son regret. Par ce geste, les deux seront gratifiés : le coupable se sentira moins coupable puisqu’il se sera dépassé, il sera celui qui a pris conscience de son acte, on peut dire qu’il sera devenu autre ; et la victime se sentira elle aussi une autre personne, elle ne sera plus « l’offensée », elle sera celle qui aura mérité l’attention de tous ceux qui l’ont écoutée et qui a été considérée, elle est rétablie dans sa dignité.


    L’acte de pardon ne peut être imposé : demander pardon comme accorder le pardon, si cela arrive, doit être un acte personnel, c’est un cadeau inattendu.

  • Les liens rompus - Les liens restaurés : réparer seulement le mal ne suffit pas, la relation elle-même doit être restaurée pour que les deux parties, voire toute la communauté, puissent aller de l’avant. Hormis les fois où l’auteur demande pardon de façon spontanée, les liens rompus le restent ; dans l’approche autoritaire, on ne s’en occupe pas. En conseil de discipline par exemple, on ne parle que de l’auteur - la victime est souvent absente, tout comme dans une procédure judiciaire où l’avocat représente les personnes concernées. Les principaux intéressés n’échangent pas, la justice est centrée sur l’auteur et sa culpabilité, tandis que dans l’approche restaurative, la question des liens est primordiale car les conséquences d’une agression peuvent entraîner chez la victime une grave perte de confiance longtemps dans sa vie si sa relation avec son entourage n’a pas été restaurée en profondeur.

    La question des liens rompus a aussi un effet sur la vie de l’auteur. Personne ne souhaite rester seul, être évité, mis au ban de la société. Et le plus souvent c’est parce qu’on ne parvient pas à se contrôler que l’on cause des torts, c’est rarement par choix.

  • Approche restaurative - Les fondamentaux : dans une approche restaurative on adopte une attitude qui vise à prévenir pour améliorer le vivre ensemble. On essaie de « tuer dans l’œuf » les problèmes et la violence en forgeant des relations plus proches et plus franches. Échanger sur ce qui nous rapproche plutôt que s’appesantir sur nos différences crée du lien. L’inclusion de l’autre est une bonne réponse aux méfaits. L’exclusion exprime « Nous ne voulons pas de vous ». La qualité de nos relations dépend souvent de nos capacités à dialoguer et à nous rencontrer.


Les pratiques ancestrales ont inspiré les pratiques restauratives qui s’élaborent aujourd’hui.

Elles ont été analysées et cinq éléments clés ont été retenus pour définir les fondamentaux dans un groupe, une classe ou une école restaurative.

  1. Les points de vue individuels sont valorisés : cela permet à chacun d’intégrer la légitimité des autres points de vue.
  2. Nos pensées influencent nos émotions et nos émotions influencent les actes qui en découlent : ce que l’on pense à moment donné influence la façon dont on se sent à ce moment-là et ces sentiments engendrent certains comportements. Ces pensées et émotions sont la partie cachée de l’iceberg, il faut essayer de les comprendre.
  3. Empathie et estime des autres : lorsqu’il y a conflit ou désaccord, les dommages peuvent se traduire par des émotions négatives telles que la colère, la douleur, la confusion ainsi que par la dégradation des relations entre les gens. Pour vivre en harmonie nous avons besoin d’empathie et d’estime pour comprendre qui est affecté par nos actions et de quelle manière. Et pour développer nos capacités à l’empathie la révélation de nos similitudes est une expérience efficace.
  4. Il faut identifier les besoins avant de définir de stratégies pour répondre à ces besoins : la personne qui a causé du tort et la victime peuvent avoir les mêmes besoins. Tant que ces besoins n’auront pas été exprimés et pris en compte les dommages ne pourront être réparés et les relations resteront difficiles. Il faut déceler les besoins et bien les identifier avant d’y répondre.
  5. Responsabilité collective des choix et ses conséquences : ce sont les personnes en situation qui sont les plus aptes à définir ce qu’il faut mettre en place pour réparer les dommages. La proposition de réparation actée par tous, la victime, l’auteur, et la communauté (scolaire ou autre) est un manifeste de confiance. Cela développe la sociabilité et renforce les liens.


L’école : un bon terrain d’application

L’école est un lieu où on apprend aussi à vivre et travailler ensemble et où les relations déterminent en grande partie les résultats scolaires et même la vie future des élèves. La satisfaction des enseignants et autres membres du personnel est influencée par la qualité des relations. Les parents, les partenaires extrascolaires, contribuent à la complexité de l’ensemble. La JR s’invite à intervenir en amont de la complexité de l’ensemble. Pour cela elle déploie des techniques d’approche restaurative dès l’école, elle a toute son utilité dans les classes, au cours d’activités externes comme la récré, le sport voire les sorties organisées, pour établir ou rétablir une bonne communication entre les jeunes eux-mêmes ainsi qu’avec les adultes. Face aux questions de discipline et aux comportements qui posent problème la JR essaie de structurer un nouveau mode d’échange qui permette à à la collectivité scolaire de réaliser un travail d’une manière à la fois bienveillante et cohérente ; pour que chacun s’y retrouve et puisse à son tour utiliser les outils dont il a besoin pour répondre à d’éventuelles difficultés de communication et aux conflits qu’elles peuvent engendrer.

Des pratiques et des techniques en toutes circonstances : on pourrait imaginer l’école comme une pyramide où en bas se situeraient au quotidien les actes qui favorisent le climat social, scolaire et le bien-être en général, au milieu les actes appropriés aux situations difficiles, aux comportements qui engendrent des conflits et au sommet les actes répondant aux situations les plus graves mais plus rares.


  1. Comment faire devant l’incident ? 
  2. Les expressions affectives : pour faire les choses AVEC les élèves au lieu de POUR et SANS eux, le langage doit rester non accusatoire ainsi que la posture ; un langage affectif crée un climat de coopération. 
  3. Les questions restauratives : le conflit fera toujours partie de notre vie et du travail d’enseignant ou d’éducateur ; il y aura toujours des malentendus, des besoins différents, des attentes déçues et des divergences d’opinion ; les élèves ne seront jamais comme on le voudrait et gérer des conflits fait partie du travail. 
  4. L’entretien individuel. 
  5. Le cercle de parole : c’est une méthode flexible et facile à utiliser dans de multiples situations. 
  6. Les problèmes plus graves (en haut de la pyramide) : à l’école nous avons l’habitude de séparer les personnes qui se disputent, la victime et le responsable présumé sont entendus séparément et les spectateurs sont considérés comme des curieux indiscrets. En approche restaurative c’est le contraire, plus le cercle est grand, mieux c’est : il y aura plus de débat, plus d’énergie, plus d’explications qui permettront de réfléchir aux solutions et plus de personnes qui recréeront des liens ; c’est loin d’être une solution de facilité. 
  7. La conférence de justice restaurative (CJR) : elle peut être utilisée pour régler un conflit sérieux ou en cas d’incident grave susceptible d’entraîner l’exclusion de l’élève. 
  8. La conférence citoyenne : variante de la précédente pour régler des problèmes encore plus graves. 
  9. La conférence familiale : réunion entre les membres de la famille et les personnes et professionnels qu’elle a invitées qui a pour but de lui permettre de formuler ses problèmes et de décider, avec tous ceux qui lui sont proches, des actions à mettre en œuvre pour leur résolution. 
  10. Le cercle d’apprentissage : variante du précédent, il permet de répondre aux difficultés scolaires et/ou comportementales pour lesquelles on ne trouve pas de solution au sein même de l’école ; pour que ce soit efficace, la réunion doit être organisée par une personne neutre et indépendante avec le jeune qui en est le moteur ; il s’agit d’une réunion entre l’élève et des personnes qu’il choisit.


Conclusion : comment s’y prendre ?

Ce livre parle des possibilités d’agir en classe, et pas de « comment changer votre établissement ou vos collègues »… La seule à dire à cet égard est : cherchez des alliés et perdez le moins d’énergie possible avec les personnes qui ne sont pas ouvertes en ce moment pour des raisons qui les concernent. Et par rapport aux élèves : ils ne seront peut-être pas tous partants pour exprimer leurs sentiments dans un nouveau cadre. Comme nous tous, ils sont habitués à vivre dans un système hiérarchique et selon des règles établies depuis longtemps : quand on demande comment réagir face à un mauvais comportement, ils sont souvent les premiers à parler de punitions et de fermeté. S’attarder sur les conséquences des punitions, le ressenti d’injustice, sera peut-être nécessaire.


Nous avons le sentiment que justice nous a été rendue lorsque nous nous sentons aussi bien traités les uns et les autres, que notre affaire s’est réglée de manière équitable et que ceux qui nous ont aidé l’ont fait sans profit. La recherche de « solutions en discipline positive » en est une illustration parfaite.

Ne discutez pas trop : l’expression des pensées et des ressentis, oui, mais les questions servent surtout les personnes qui contestent la méthode. C’est souvent stérile, d’autant que l’approche restaurative n’est imposée à personne, ceux qui sont présents en acceptent le principe. On peut en parler bien-sûr, mais avant d’y avoir recours, pas pendant. Et l’on peut toujours décider d’arrêter une expérience qui ne convient plus. Il ne faut contraindre personne : ce serait contraire à l’esprit de réparation. Mais le plus souvent le cas ne se pose pas, les personnes préfèrent une tentative de réconciliation et d’apaisement, elles recherchent plutôt la paix et le retour d’échanges chaleureux, quand les sentiments sont compris la douleur s’apaise, la colère n’est pas une preuve de force. Choisir de nourrir un rapprochement, une réconciliation sincère avec l’autre, comme avec soi-même, est un soulagement ; c’est ressenti par tous comme une guérison. Cette réparation, cette restauration a aussi un effet sur le mental de celui qui aide à régler des conflits extérieurs.

Gardez le sourire lorsqu’on vous adresse un regard noir. Gardez vos principes et ne vous laissez pas démoraliser : enrichissons-nous de nos différences qui sont le sel de la vie. Remettre en cause ses habitudes pédagogiques demande un certain courage tout comme la mise en place des pratiques de justice restaurative. Faisons confiance à un processus qui a fait ses preuves. (Hélène Van Djik)

à suivre...

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Jean-Pierre Bernajuzan

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