Du marxisme occidental au communisme soviétique oriental

Légitimité individuelle occidentale. En Occident, la légitimité individuelle s'est construite par la société occidentale, continûment depuis l'origine au IVe siècle. Cette légitimité des individus s'est développée par la volonté de l'Église catholique dans un « effet collatéral », car il n'est qu'un effet pervers de son véritable objectif : remplacer la filiation charnelle par une filiation..

p470-copie

 

Légitimité individuelle occidentale

En Occident, la légitimité individuelle s'est construite par la société occidentale, continûment depuis l'origine au IVe siècle. Cette légitimité des individus s'est développée par la volonté de l'Église catholique dans un « effet collatéral », car il n'est qu'un effet pervers de son véritable objectif : remplacer la filiation charnelle par une filiation spirituelle qu'elle contrôlerait.
L'effet réel déterminant a en été une individualisation toujours croissante, car elle a délégitimé les rapports de parenté qui n'ont plus été primo-structurants, à la différence de toutes les autres sociétés du monde. Le culte des ancêtres a disparu, alors qu'il constituait la religion ancestrale quasi commune à l'humanité entière.

Plus l'individualisation croissait, plus les individus devenaient légitimes et plus leur vote pouvait avoir de la valeur : c'est ainsi que la démocratie a pu advenir en Occident. Mais c'est un très long processus.

Arbitraire russe persistant

Contrairement à l’Église catholique, l’Église orthodoxe n’a pas fait la même lecture des Saintes Écritures, elle n’a pas voulu changer la filiation charnelle par une filiation spirituelle, elle n’a donc pas initié une révolution sociale, le processus individualiste n’a pas eu lieu dans l’aire orthodoxe, donc en Russie non plus. En conséquence de quoi, la légitimité des individus ne s’est pas développée. Le servage a été aboli unilatéralement par un ukase du tsar en 1861, sans qu’aucune évolution sociale n’est été entreprise auparavant, alors qu’à la même date l’Occident avait 15 siècles d’évolution individualiste derrière lui.

En conséquence, tandis que l’Occident vivait dans une légitimité toujours accrue de ses individus, l’Orient orthodoxe russe vivait dans un arbitraire, à la fois tsariste au sommet et dans la mentalité russe pour toute la population : la base sociale individualiste de la démocratie n’est toujours acquise en Russie. L’arbitraire y règne donc toujours.

(Les termes d’Occident et d’Orient ont été déterminés dès la fin de l’empire romain, par les empires auxquels se sont rattachés les Églises catholique (Rome-Occident) et orthodoxe (Byzance-Orient)

Marxisme occidental et bolchevisme soviétique oriental

L’idéologie marxiste et communiste est occidentale, elle se situe dans le cours du développement de la pensée individualiste de l’Occident et du processus de la socialisation individualiste.

Lorsque les bolcheviques s’emparent de l’idéologie marxiste, ils sont eux-mêmes orientaux, ils ne possèdent pas la mentalité ni le sentiment de la légitimité des individus, l’individualisme est considéré contre-révolutionnaire. Ils appliquent donc l’idéologie marxiste dans leur propre arbitraire russe, ils continuent et perpétuent l’arbitraire tsariste.

C’est ce sur cette base qu’il faut comprendre le Goulag soviétique, où les individus étaient traités sans la moindre considération, on disposait d’eux sans aucun respect parce qu’il n’avaient pas de légitimité. Le droit tsariste ne la leur accordait pas, le régime bolchevique pas davantage. Mais l’idéologie marxiste accordait la légitimité au peuple, les Bolcheviques mentaient systématiquement car ils ne la respectaient pas.

Nazisme occidental et communisme soviétique oriental

Avec le film récent « Goulag - Une histoire soviétique », la question de la nature des camps soviétiques et la comparaison avec les camps nazis est revenue sur le tapis.

Si les Soviétiques étaient Orientaux, les Nazis, eux, étaient Occidentaux : leur motivation était donc tout autre que celle des Soviétiques.

L’idéologie nazie était occidentale, réactionnaire et radicale, contre la civilisation occidentale : les Nazis voulaient détruire leur propre civilisation occidentale. Ils étaient clairs, ils mentaient beaucoup moins que les soviétiques en revendiquant leurs actes. On n’est donc pas dans la même situation psycho-socio-politique chez l’un et chez l’autre. Les Nazis étaient dans l’auto-destruction réactionnaire ; les Soviétiques prenaient une idéologie étrangère qui ne correspondait pas à leur société ni à leur mentalité.

Les Soviétiques mentaient : or, la solidité d’un pays, d’un État et d’une société, c’est-à-dire d’un système, se construit sur la vérité qui vérifie sans cesse la validité des décisions, des affirmations et de leurs conséquences. Faute de vérité, et de liberté qui la permet, ce sont des constructions non viables qui s’établissent. D’où la ruine de l’URSS.
Tandis que les Nazis se sont opposés à l’ensemble des forces occidentales défendant leurs valeurs fondamentales avec leurs alliées : les Nazis ont été vaincus, d’abord, par les Occidentaux humanistes et démocrates.
L’arbitraire, la dictature et le totalitarisme s’exercent, soit dans le cadre occidental en opposition à son évolution séculaire, soit hors de lui dans un stade d’évolution pré-humaniste et pré-démocratique, pré-individualiste.


Aujourd’hui, les citoyens russes n’ont toujours pas acquis leur légitimité individuelle, le pouvoir russe demeure arbitraire, une caste le confisque. La démocratie est empêchée, avec toutes les conséquences de l’absence de contrôle citoyen sur le pouvoir politique qui mène à toutes ses dérives inhérentes, autocratisme ou dictature et violence d’État, corruption et mafia, et nationalisme comme compensation à l’insatisfaction des populations, mais extrêmement dangereux !

Et la démocratisation reste toujours à faire…

Jean-Pierre Bernajuzan

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.