En moyenne et en général, la génération des enfants vaut mieux que celle des parents

Comment les sociétés évoluent-elles de génération en génération ? L’évolution se réalise par la transmission des parents vers les enfants, dans quel sens ? En mieux ou en pire ? Y a-t-il une logique dynamique à cette évolution et cette transmission ? L’humanité s’améliore-t-elle ou se dégrade-t-elle en évoluant ?

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Les parents éduquent leurs enfants, on en conclut inconsciemment que le niveau moral des enfants découle de celui des parents, que la qualité morale des enfants est héritée de celle des parents, et ainsi de suite. Pourtant, si l’on considère l’évolution des sociétés depuis leur origine, on se rend compte que c’est impossible.
Parce que cela reviendrait à dire que le niveau moral de l’humanité était à son zénith dès l’origine et comme toute reproduction n’est jamais parfaite, ce niveau moral n’aurait pu que baisser depuis : c’est absurde !

Arbitraire originel

L’humanité s’est extraite péniblement de l’animalité, très laborieusement, avec beaucoup de violence, d’arbitraire, d’oppression, de préjugés, de persécution...
Le sens de l’évolution de l’humanité, dans son ensemble, est celui d’un arbitraire absolu au départ, vers une rationalisation des rapports sociaux, c’est à dire donc vers un respect toujours croissant de la personne individuelle.
En conséquence, la dernière génération est toujours la plus avancée, plus avancée que celle de ses parents.
Et cette avancée du progrès de la génération des enfants s’impose à celle de leurs parents ; on a donc un retournement du sens du progrès : ce sont les enfants qui apportent le progrès moral à leurs parents, qui les éduquent en quelque sorte.

Bien-sûr, ce sont les adultes qui actent ces progrès dans la société, ils les actent donc en faisant effort sur eux-mêmes, en abandonnant des pratiques désormais obsolètes, devenues illégitimes donc immorales.
Et c’est dans ces nouveaux rapports sociaux que les parents éduquent leurs enfants : la génération des enfants les stratifie, alors que la stratification de celle de leurs parents s’était faite à un niveau inférieur.

On pourrait penser que certaines générations ont historiquement été pires que leurs aînées. Prenons l’exemple de la Yougoslavie : la génération qui a commis les abominations de la guerre civile semble pire que la génération précédente qui ne les a pas commises ; mais si elle ne les a pas commises, c’est que les conditions politiques de l’époque ne s’y prêtaient pas : dictature de Tito, équilibre des forces... Pourtant cette génération possédait bien les caractéristiques mentales psycho-sociologiques pour les commettre : la preuve, c’est qu’elles ont été commises après, c’est donc bien que les structures mentales étaient déjà présentes pour le permettre. Par contre, la génération qui suit la guerre civile est en quelque sorte « purgée » de ces mentalités mimétiques persécutrices : il est là le progrès !

Lorsque j’étais enfant par exemple, nous étions tenus de respecter nos parents, comme depuis toujours, mais nos parents n’étaient pas tenus de nous respecter nous, ils pouvaient le faire s’ils le désiraient, mais ce n’était pas une obligation : nous étions donc, nous enfants, tenus de respecter l’attitude de nos parents qui elle-même, n’était pas respectueuse, donc pas respectable !
Ceci donne une idée de la contradiction dans laquelle on enfermait les enfants : respecter qui ne les respectait pas, respecter le non-respect !!

Du respect des enfants aux parents au respect réciproque

Aujourd’hui, le respect des enfants par leurs parents est devenu une obligation, et c’est dans ce cadre nouveau, qu’ils doivent exercer leur autorité parentale, qu’ils doivent faire obéir leurs enfants...
Il me semble qu’on ne prend pas la mesure du changement, ni de l’exigence nouvelle à laquelle il nous contraint.
Ce respect nouveau des enfants par les adultes et les parents implique le respect de leur liberté : comment exercer l’autorité en respectant leur liberté ? Il implique aussi qu’on les considère comme des égaux : comment exercer l’autorité dans une relation d’égalité ?
Ce sont là des questions radicalement nouvelles qui se posent à nous, et on fait comme si on pouvait toujours s’adresser aux enfants de la même manière, comme autrefois.

Quelle morale laïque ?

Et voilà qu’on nous propose encore d’enseigner la « morale laïque » à l’école. Laquelle ? Celle de ceux qui rejettent les immigrés, ou de ceux qui les accueillent ? Celle de ceux qui rejettent les musulmans, ou de ceux qui les accueillent ? Celle de ceux qui sont pour l’égalité des homosexuels, ou de ceux qui sont contre ? Celle de ceux qui sont pour la parité, ou de ceux qui sont contre ?
On le voit, cette morale laïque comprend tous les débats politiques et sociétaux qui ne font pas consensus.
J’ai le sentiment que « l’enseignement de la morale laïque » n’est pas la bonne approche ; il me semble qu’il vaudrait mieux discuter avec les élèves de cette évolution des mœurs, de la position de chacun, et des raisons des positions de chacun pour permettre aux enfants de se situer dans cette évolution.

Jean-Pierre Bernajuzan

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