Le mouvement anti capitaliste existe depuis des siècles, car avant l'ère proprement capitaliste XIXème siècle en France, XVIIIème en Angleterre, existait déjà de l'accumulation capitaliste, c'est à dire le pillage, l'usure, et de la résistance à ces exactions (lire par exemple "La guerre des pauvres" d'Eric Vuillard).
Ce mouvement n'a pour lui que le nombre. Comme le dit François Ruffin "Ils ont l'argent, on a les gens !". Mais la société unit par la coopération (y compris professionnelle) et divise par la concurrence. Ce qui unit vraiment les exploités, c'est la conscience de leur exploitation.
Les moyens adaptés à l'émancipation sont ceux qui peuvent accroître la conscience des exploités, et ainsi leur unité.
Pour le grand révolutionnaire Trotsky : "Il faut dire la vérité aux masses, si amère qu'elle soit".
Les conditions qui permettent un changement de régime allant dans le sens de l'émancipation ne sont pas, au vingt-et-unième siècle en Europe ce qu'elles étaient au début du vingtième siècle dans la Russie tsariste.
Les bolchéviks ont accédé au pouvoir par une insurrection dont la finalité immédiate était la cessation de la participation de la Russie à la boucherie impérialiste de la première guerre mondiale. Insurrection qui a été immédiatement avalisée par le congrès des "soviets" c'est à dire des conseils populaires élus dans les villes, les campagnes, les usines et par des soldats. Dans les vingt années précédentes ils avaient largement utilisé le peu de démocratie existant alors sous le règne des tsars, c'est à dire, en particulier, les élections à la Douma (parlement).
Nous vivons depuis à peu près cent cinquante ans (dont on doit retirer la période pétainiste 1940-1944) dans le cadre d'une démocratie bourgeoise dont le moteur est constitué par différentes sortes d'élections. Dans tous les pays d'Europe les gouvernements et les municipalités sont constitués à partir du résultat des élections au suffrage universel.
Dans tous les pays modernes, l'arsenal de la répression au service des classes parasitaires dominantes est devenu extrêmement puissant. La police et l'armée ont largement la capacité de surveiller et de tenir en respect de larges masses en révolte, sans même avoir besoin de massacrer. On peut à ce sujet méditer la manière dont les israéliens "contrôlent" une population palestinienne qu'ils oppressent, dont ils volent la terre, l'eau et les ressources.
Mais ce qui rend à mon avis impossible d'attendre le changement d'une insurrection,c'est que la plus grande partie de la population admet qu'un gouvernement doit être issu du suffrage universel.
Une autre preuve de ce fait est, pour moi, dans l'expérience de la grève générale de 1968. Ce fut une grève aussi générale que possible, avec des occupations, des comités de grève, un large soutien de la population. Mais à cette grève n'a été associé aucun projet proprement politique comme par exemple le projet d'un gouvernement populaire, comprenant des ouvriers et des paysans. Comme le pays était totalement bloqué, il a suffit au Général de Gaulle de provoquer des élections. Aucun parti ne faisant campagne pour tirer les conséquences de l'immense grève, les élections n'ont pu que reconduire le pouvoir des classes parasitaires dominantes.
Le camp du travail doit donc gagner les élections pour constituer un gouvernement légal et légitime.