Une panique … qui n’est pas innocente.

Impossible de ne pas le remarquer : la collapsologie a le vent en poupe. De quoi s’agit-il ? Du discours suivant lequel notre civilisation va s’effondrer.

Impossible de ne pas le remarquer : la collapsologie a le vent en poupe. De quoi s’agit-il ? Du discours suivant lequel notre civilisation va s’effondrer. D’içi peu, le réchauffement climatique va s’emballer, l’empoisonnement des eaux des océans brisera le premier maillon de toutes les chaînes alimentaires (le plancton marin), les incendies de forêts tropicales vont modifier la composition de l’atmosphère en oxygène, la fonte du pergélisol va libérer dans l’air des milliards de tonnes de méthane, etc.

Une émission scientifique de France Inter très écoutée : « La tête au carré » vient d’être transformée : « La Terre au carré ». Elle se consacre au récit de cette apocalypse. L’horaire a été modifié pour se rapprocher de l’heure de plus grande écoute : 13h30.

Le 9 octobre, cette émission donne la parole à Yves Cochet. Ancien ministre de Lionel Jospin, partisan du OUI au référendum sur le traité européen, fervent partisan de l’UE, fondateur des Verts avec Daniel Cohn-Bendit, Yves Cochet se présente aujourd’hui comme éminent collapsologue. Il prévoit l’effondrement de la civilisation entre 2020 et 2030, avec comme première conséquence la mort des quatre septièmes des humains : trois milliards d’hommes, de femmes et d’enfants, environ, survivront, selon lui, en 2030.

Yves Cochet n’est qu’une voix dans le chœur. Greta Thunberg en est une autre : elle veut alerter la jeunesse. Tous les jours nous entendons ce message sous mille formes depuis l’extinction des abeilles pollinisatrices et la fonte des glaciers des Alpes jusqu’à la destruction de l’Amazonie.

Y a-t-il dans ce discours des faits que les socialistes contestent ? Non. Pour l’essentiel, tout est vrai. Léon Trotski posait avec force et sans aucune ambiguïté l’alternative au début des années 1930 : Socialisme ou Barbarie. Marx le notait déjà : le capitalisme épuise les hommes et la terre. Le capitalisme, l’extrême concentration de la richesse à un pôle et de la misère à l’autre, la dictature parasitaire des détenteurs du capital, la voracité des actionnaires et des fonds de pension, ont fini par mettre directement en péril l’humanité et l’environnement naturel global de la planète.

Tout, dans ce discours catastrophiste est vrai. Il y manque même le pire : le capitalisme aux abois porte en lui, plus que jamais, avec le chaos, la guerre (« comme la nuée porte l’orage », suivant Jaurès).

Et pourtant, cette entreprise de panique n’est pas innocente. Il s’agit d’un vaste écran de fumée produit par les pouvoirs en place pour camoufler les agents et les causes du désastre. Ce n’est pas un hasard si les gouvernements relaient avec force un discours dont l’implicite est à la fois : « Mobilisons-nous tous ensemble » (soto voce : avec le gouvernement), et : « Faites ce que vous pouvez, à votre place… triez vos déchets ».

Non ! Les gouvernements de pyromanes ne sont pas qualifiés pour éteindre l’incendie ! Les empoisonneurs ne sont pas qualifiés pour soigner la société ! Ils sont déjà résignés à la mort de quatre milliards d’êtres humains et leur souci, c’est simplement d’être parmi les survivants ! 

Rien n'est possible sans une issue politique. On le voit bien, par exemple, dans les révoltes de masse en France, en Algérie, en Egypte, à Hong Kong, en Irak : sans changement au niveau de l'Etat, le business must go on, et la marche au chaos aussi.

Le premier pas vers la sauvegarde de l’humanité c’est le renversement de la dictature du Capital et la mise en place de gouvernements de travailleurs.

Seuls les damnés de la Terre peuvent sauver la Terre, et ceux qui veulent y vivre et y travailler.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.