Je sais pourquoi il hésite ...

Tout le monde est en apnée... il avait dit "après le 6 juin" .... on est déjà le 10 ..... les journalistes ne quittent pas leur poste ... les téléscripteurs sont en attente ... leurs compagnes, ou compagnons ont cessé de faire réchauffer la soupe ... les enfants restent à la garderie ! Quand, mais QUAND va-t-il enfin parler ?

Je sais pourquoi il tarde. L'explication, je vais vous la livrer : il hésite. Ses conseillers, stressés, hagards, lui ont concocté un texte. Mais pris de remords, ils lui en ont concocté un autre. Et depuis il est dans son bureau. Il lit ces textes et il les relit. Il pèse le pour et le contre. Puis il repèse le contre ... et le pour. 

Que choisira-t-il ? Je ne sais pas, mais j'ai eu communication des deux textes et par souci de la vérité, je vous les livre. Comment ais-je su ? Impossible à dire : protection des sources ! Honneur d'une femme (de ménage) en jeu !

Voici les annonces.

Discours 1

Mes chers compatriotes, mes amis, mes camarades, 

Charlotte Girard a eu raison de le dire : la FI est une expérience. Dans le domaine expérimental, il faut tenir compte des faits. En avril 2017, sept millions de citoyens nous ont fait confiance, à vous, à moi, à notre programme. En Mai 2019, il n'en reste qu'un million et demi. L'expérience est donc ratée. Le responsable n'est pas difficile à découvrir, c'est moi. Je me suis trompé. Inspiré, sans doute, par ce que j'ai vécu au Parti Socialiste durant trente ans, et par la débandade qu'a subi ce même Parti Socialiste, j'ai voulu trouver la formule nouvelle permettant le dépassement de la forme parti. La nouvelle formule, dont j'ai dit qu'elle donnerait un mouvement non démocratique, mais collectif, ni horizontal, ni vertical, mais gazeux, devait, dans mon esprit, permettre d'éviter les conflits, les exclusions ou départs, les discussions sans issue, le "blabla". C'est pourquoi j'ai dit "du Combat, pas de Blabla". Finalement, en récusant le "blabla" j'ai empêché tout débat, j'ai tenu les militants complètement à l'écart de la discussion des orientations politiques. Dans ce contexte "hors sol", les camarades qui m'entouraient ne pouvaient pas avoir avec moi de véritables discussions d'orientation, eux non plus. Ceux qui émettaient un doute relatif à mes actions ou décisions, j'en venais à les considérer avec méfiance, comme "non fiables". Ce qui s'est produit a été le contraire de ce que je projetais : nous avons été déchirés par des conflits, des exclusions et des départs. Surtout, je me suis trouvé en position de décider de tout ! Et comme il est naturel, j'ai fait des erreurs. Impressionné par le fait que depuis prés de cent cinquante ans, le "socialisme" n'a jamais vraiment réussi dans un pays industrialisé (les cas de la Chine et de la Russie étant particuliers) j'ai adopté, également comme expérience, le "populisme" qui me paraissait prometteur. Aujourd'hui, je ne sais plus. De même, faut-il chercher des alliances, avec le PCF, ou avec les débris de l'ancien PS, je ne sais pas trop. Et le pire : concernant l'Union Européenne, faut-il envisager, menacer de la quitter en cas d'échec des négociations ? Faut-il vraiment un "Plan B" ? Ou pas ? Nos électeurs, et c'est bien compréhensible, ont été déroutés et presque 80% d'entre eux nous ont abandonné.

Quand une expérience est ratée, il faut en tirer les leçons. Le programme LAEC nous reste : c'est décisif. Ce que je propose, c'est de vous rendre la main. J'ai été un grand candidat, et un mauvais animateur politique. Fondons une France Insoumise démocratique. Prenons comme mot d'ordre : "En Commun" ! Que les militants, si possible sans hargne ni rancune débattent et élisent leurs délégués. Que ces délégués se réunissent dès la fin de l'été dans un congrès de fondation. Que ce congrès élise une direction collective équilibrée. Comme le dit, encore, Charlotte Girard, ne gardons pas le nez uniquement sur la prochaine élection ! Partons avec patience et humilité à la conquête des exploités et des opprimés. Quant à moi, il est certain que je reste concerné, au premier chef, par notre avenir commun, mais je quitte le premier rôle, et même le premier plan. Je ne participerais pas à la direction collective que j'appelle de mes voeux. Mes chers compatriotes, mes amis, camarades, le combat ne cesse pas. Je sais que vous allez tous vous engagez dans l'échéance nouvelle : pour le référendum contre la privatisation des ADP. C'est une bataille fondamentale. Elle nous remettra en selle ! En avant !

 

Discours deux.

Mes amis, mes camarades, chers concitoyens.

Nos résultats à l'élection européenne ont été assez décevants, même s'ils sont comparables à ceux qu'avait obtenu le Front de Gauche à l'échéance précédente, alors même qu'il y a cinq ans, ce même score a été obtenu avec le soutien du PCF. Il s'agit d'une élection, on le sait, difficile pour nous. Notre électorat ne se sent pas très concerné par l'élection des députés européens, même si on peut le regretter. Alors devant ce résultat un peu décevant, comme ils sont nombreux ceux qui, déjà, sabrent le champagne pour fêter ce qu'ils croient être la fin de Mélenchon et la fin de la France insoumise ! Toutes les forces de la réaction se sont mobilisées contre nous, relayées par le cartel médiatique des milliardaires. Et certes, certains ont cédé à la pression. Les uns, ou les unes, mu(e)s par une évidente ambition se sont dit : "c'est le moment de débarquer le "vieux" ! ". D'autres ont manqué de fermeté, cédé au découragement. Nous en sommes tristes, mais il faut regarder les choses en face : ce n'est pas SI important. Ils se sont précipités, tout ceux de l'ancien monde, pour réclamer un vieux parti, des motions, des scissions, tout ce dont ils sont tellement friands qu'ils ne peuvent pas s'en passer !

Ils seront déçus ! Notre mouvement va continuer à se structurer, à son rythme, avec ses méthodes, même si ça doit frustrer les partisans d'un grand bond en arrière. Quel modèle nous proposent les partisans d'un grand bouleversement ? Le modèle russe ? Le modèle chinois ? Ils sont restés coincés dans un autre siècle ! 

Ils spéculent sur l'effacement de Mélenchon, sa fatigue, son découragement. Ils seront encore déçus ! Certes, ma position n'est pas confortable ! C'est sur moi que tombent les coups et les boules puantes ! Mais tant que je le pourrai, je tiendrai bon, avec vous. 

Non, nous n'allons pas nous livrer dans les semaines qui viennent à des introspections et des justifications : nous avons combattu, nous avons pris des coups, il s'agit de se relever et de continuer le combat ! J'y tiendrai ma place, toute ma place, au premier rang jusqu'à ce que je puisse raisonnablement laisser la place à qui aura atteint la taille politique convenable.

Maintenant, l'essentiel est de se préparer aux élections municipales. pas une minute à perdre ! En avant !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.